Alors, vous n'aimez pas la musique ?

Alors, vous n’aimez pas la musique, c’est une affirmation sûre d’elle que j’entends, dans les associations que je fréquente, lorsque je dis, en réponse à leurs questions sur mes goûts musicaux, que je n’aime pas la soupe déversée par tonneaux entiers dans nos oreilles par tous les médias.

 Alors, vous n’aimez pas la musique ?

 

 

Alors, vous n’aimez pas la musique, c’est une affirmation sûre d’elle que j’entends, dans les associations que je fréquente, lorsque je dis, en réponse à leurs questions sur mes goûts musicaux, que je n’aime pas la soupe déversée par tonneaux entiers dans nos oreilles par tous les médias.

 

Je suis en général très discrète sur mes choix musicaux, ayant appris par l’expérience que l’expression de ceux-ci provoquaient incompréhension au mieux, plus souvent quolibets voire franche hostilité. C’est comme  si l’on se devait de suivre absolument les goûts du plus grand monde, ou plutôt, ce que les médias imposent au plus grand monde comme choix obligé, toute tentative de rechercher et trouver par soi- même les musiques qui nous correspondent étant impitoyablement sanctionnée et l’individu en question mis au ban de la société.

Mais lorsque l’on me questionne avec insistance et que je déclare ne pas aimer cette soupe internationale, vient toujours la question fatidique, qui sonne comme une affirmation : « Alors, vous n’aimez pas la musique ? ». C’est comme si mon interlocuteur ignorait qu’un autre type de musique puisse exister, qu’’il n’ait jamais eu la volonté ou le désir d’aller chercher ailleurs, au-delà des sentiers archi-rebattus.

Quand surmontant sa première incompréhension, mon interlocuteur me demande ce que j’écoute, la réponse le stupéfie encore plus. Il existe donc un autre genre de musique que celle dont  il est constamment abreuvé, une musique que l’on peut écouter et apprécier ! Et quelle réponse en plus, révélant  à lui des mondes totalement inconnus, et l’inconnu effraye souvent.

Je réponds donc que j’écoute de la musique classique, du jazz et des musiques du monde. La musique classique, ça il sait que c’est, au moins par ouï-dire et par les standards qui sont parfois repris par les spots publicitaires. C’est bizarre mais bon, au moins, c’est quelque chose de connu et de répertorié. Mais le jazz et les musiques du monde !!!! Kekeksa , quelles sont ces drôles de bêtes dont il n’a aucune notion, même pas de leur existence !!!!

C’est de la musique ça et ça consiste en quoi ? Et là, un abîme, une faille, une rupture épistémologique s’ouvre ! C’est comme vouloir faire entendre à un sourd ou voir un aveugle, aucune communication n’est possible, on a changé de paradigme !

Oui, il existe des gens, pour les musiques du monde, qui n’ont pas été encore envahis par la soupe mondialisée et qui jouent encore des musiques de tradition orale, des musiques de leur région, qui leur ont été  léguées par leurs ancêtres et qu’eux même interprètent à leur façon. Pour les personnes qui m’ont posé la question de mes goûts musicaux, ce sont des choses impossibles à entendre et à comprendre, ils ne sont pas armés conceptuellement pour ça, car ils n’ont jamais reçus la moindre éducation musicale à l’école et que les médias se préoccupent de tout, sauf d’éduquer l’oreille de leurs auditeurs.

Et je ne parle même pas des enregistrements des audionaturalistes , des enregistrements des sons de la nature, que j’écoute aussi fréquemment. Là, ce n’est pas dicible aux gens qui n’ont aucune culture musicale et ne sont pas attentifs à leur environnement. Il faudrait parler du paysage sonore et de l’attention à ce qui nous entoure, du statut du silence dans notre société, toutes choses dont la plus grande partie de nos contemporains ne se préoccupent guère et même, pour le cas du silence, tentent d’éviter à tout prix. Or le silence tisse aussi nos vies et tout musicien et tout preneur de sons savent que le silence est une partie indissociable de la musique et du son en général. Mais ce sont des notions qui exigent d’avoir une réflexion sur notre environnement et l’empreinte qu’on y laisse, qui exigent d’avoir une curiosité de l’oreille et de l’œil, toutes choses dont tout dans notre société est fait pour nous en protéger. Surtout ne pas devenir des gens qui réfléchissent sur l’écoute et le statut du son dans notre société, sur le rôle de l’indispensable silence, il faut demeurer un consommateur à l’oreille asservie et au cerveau embrumé par ce qui nous est délivré sous le nom de musique, par tous les canaux possibles et par camions entiers, surtout ne pas réfléchir et se questionner  car dieu seul sait alors ce qui pourrait arriver, un auditeur actif, conscient et citoyen, l’horreur quoi !

Alors, oui, je n’aime pas LA musique, j’aime les musiques, la richesse des musiques du monde entier, y compris, celle du monde de  la nature. C’est mon bonheur, ma richesse et mon salut et je n’en veux pas d’autre.

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