Que reste t-il de viable en Libye, après la chute du colonel Kadhafi ?

2011 est passé par là, 2021 est arrivé, sous quel objectivité, quelle perspectiviste pour le devenir de la Libye? Entre le jeu politique et diplomatique des pays en question, sans oublier au centre du jeu la Turquie et la Russie jouera t-elle un rôle important pour la reconstruction ou pas en Libye? Et l'Europe absente..

thumbs-b-c-ef615192d7ee98177d14c371cea773a5
'' Depuis 2011 et l’intervention occidentale ayant entraîné la chute du Colonel Kadhafi, l’Italie a perdu du poids dans les relations diplomatiques et stratégiques, malgré les relations géopolitiques entre les deux pays. Il faut en effet savoir que seuls 300 Km séparent les cotes italiennes des cotes libyennes.''

Pour l’Italie, grande perdante dans la nouvelle donne diplomatique, cela ne fait aucun doute : la France est la première responsable de guerre ayant entraîné la déstabilisation durable de la situation en Libye. 

Les conséquences de conflit ont déclenché la venue de milliers de migrants vers l’Europe.

À la mi-février 2011, la révolution gagnait du terrain et éclatait dans la capitale libyenne à Benghazi, dans l’Est du pays. La pression de la propagande qatarie d’Al-Jazeera était forte. Silvio Berlusconi n’avait plus d’autre choix que de s’aligner sur la position franco-américaine.

N’oublions pas que l’Italie avait investi 5 milliards de dollars sur vingt-cinq ans dans des grandes infrastructures libyennes. Rome recevait en échange l’assurance du colonel Kadhafi de son maintien de la lutte contre l’émigration clandestine et du renouvellement des accords pétroliers et gaziers.

La France déjà très présente en Libye avec la société Total, s’engageait justement contre Kadhafi, afin d’accroître son influence sur les parts de marchés pétroliers.

Aujourd’hui, les choses sont claires : Rome et Paris soutiennent deux camps opposés. L’Italie soutient réellement le gouvernement d’union nationale de Fayez el-Sarraj (reconnu par l’ONU) qui contrôle Tripoli, l’ancien fief du colonel Kadhafi (dans l’ouest du pays).

La France soutient très discrètement, comme elle le fait toujours, l’autoproclamée armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, bien implantée autour des champs pétrolifères de la Cyrénaïque (dans l’est du pays). Ceci, soit disant, pour éradiquer les milices djihadistes…

Le couple franco-italien est inexistant en Lybie, chaque pays joue en solo.

En 2017, le Président Macron organisait un sommet franco-libyen sans même prévenir les Italiens. L’objectif était d’éviter que l’Italie ne saborde le sommet. Au final, la réunion bilatérale n’a donné aucun résultat.

À force de se mettre des bâtons dans les roues, la France et l’Italie, ont mis l’Europe hors-jeu et laissé le champ libre à la Turquie et à la Russie.

Tout juste à la fin 2019, la capitale turque Ankara est arrivée à l’aide de Tripoli avec ses milliers de militaires, afin de repousser l’offensive de Khalifa Haftar.

Dès le début de l’année 2018, la Russie était implantée avec des mercenaires et des militaires, dans l’est du pays ou elle défend depuis les positions d’Haftar. 

Moscou et Ankara sont en Libye pour y rester. Ces pays veulent conquérir le pays, afin d’imposer leur puissance et leur autorité en compagnie des Émirats Arabes Unis.

Ces trois pays se livrent à une guerre d’influence, ce qui contribue à déstabiliser encore plus la Libye et à permettre au terrorisme de grignoter des territoires.

Les Émirats souhaitent surtout empêcher l’instauration d’un Islam politique, encouragé par le président turc Erdogan. La Russie, quant à elle, cherche à conclure des contrats visant des centrales électriques, des ventes d’armes et le contrôle des ports, point stratégique pour Moscou pour le transit de matériel. 

Ankara se base sur les mêmes positions que la Russie, mais à un détail près : si la Russie se fiche de l’Islam politique cherche le seul business, la Turquie, cherche, elle, à imposer un islam politique, avec les grands risques que cela comporte.

La Libye pourra retrouver un certain équilibre, à la seule condition que des interlocuteurs et des pays puissants, ouverts et respectueux de la démocratie l’aident. Ceux qui eux veulent que la Libye devienne un pays libre et relance ses échanges commerciaux. En contrepartie, la Libye devra s’engager à réguler le flux des immigrés en Europe.

Aujourd’hui, la situation est catastrophique. La diplomatie est au point mort : avec qui négocier réellement en Libye ? L’avenir nous le dira lors des prochaines échéances électorales…

Pour information complémentaire, vous pouvez retrouver la conférence de presse en complément avec cet article sur le Club de réflexions, Meydane Panthéon-Sorbonne, traitant du sujet de la Libye

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.