Quel bilan pour le Président, Monsieur Vladimir Poutine en Russie?

Le Président, Monsieur Vladimir Poutine gouverne depuis maintenant 21 ans en Russie. Cette Tribune permettra de faire un bilan général sur ses 21 années à la tête de la Russie. Les sondages montrent qu'il est populaire au sein de la population Russe entre 60% et 80% de cote de popularité.

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Depuis l’an 2000, le Président Vladimir Poutine gouverne la Fédération de Russie. Toutefois, fort peu de personnes dans le monde connaissent vraiment cet homme politique.

Vladimir Poutine a débuté sa carrière comme simple fonctionnaire du service des renseignements, autrefois appelé KGB. C’est au sein de cette institution Russe qu’il a fait ses armes. Ce fils d’ouvrier, natif de St Pétersbourg, ne fait pas partie de la haute élite ou de l’oligarchie de son pays.

Les Russes sont satisfaits de la politique intérieure menée par leur président. La majeure partie de la population est ainsi satisfaite de l’autorité dont fait preuve Vladimir Poutine. Ils apprécient particulièrement le sentiment de sécurité qui règne dans le pays.

Le peuple russe retient surtout des éléments positifs de premier plan : le rattachement de la Crimée, reconnu sur la scène internationale, ainsi que  la stabilisation de l'État qui a permis une normalisation de la vie des habitants.

Mais des éléments moins positifs sont également apparus ces dernières années : les Russes commencent à subir des difficultés économiques dans leur quotidien, avec en particulier une baisse de leur pouvoir d’achat. La réforme des retraites a été contestée, à l’instar des réformes du service public, de la santé et de l'école.

La question est aujourd’hui présente dans l’esprit des Russes, comme dans l’entourage de l’actuel locataire du Kremlin : après 21 ans au pouvoir, Vladimir Poutine abandonnera t-il bientôt sa charge ?

Le pays serait-il déstabilisé par son départ ou bien, au contraire, pourrait-il retrouver un plus grand dynamisme et de nouvelles ambitions ?  

Un retour des communistes est envisageable, les conservateurs restent dans la course, mais dans tous les cas une période de déstabilisation paraît incontournable. Il paraît difficile d’imaginer une transition en douceur, après cette longue période de pouvoir d'une personnalité aussi puissante et charismatique.

La volonté de la population de voir maintenir un pouvoir conservateur se heurte à un manque de représentation politique forte en ce sens. 

C’est à partir de cette analyse claire et fondée, que le 04 avril 2021, Mr Vladimir Poutine a signé une loi lui permettant de se présenter aux élections durant deux mandats supplémentaires.

La popularité du Président Poutine reste stable et les Russes sont le soutiennent majoritairement, même si certaines réformes leur paraissent injustes et restent incomprises. Ils ont toutefois conscience que la Russie a besoin de se réformer et que l’héritage des années communistes doit être modernisé. 

Une personnalité aussi forte que celle de Vladimir Poutine est polarisante. Ses partisans, comme ses opposantes sont susceptibles de réagir avec vigueur et émotivité. Sans doute est-il nécessaire de préparer au mieux la transition. Pour gouverner, ses successeurs auront besoin de se distinguer de la figure du commandeur, tout en respectant son héritage. Nous ne pouvons qu’espérer qu’ils feront preuve de sagesse et de maturité politique. L’avenir serein de la Russie est à ce prix.

La situation politique en Russie ne doit pas faire oublier les tensions en Tchétchénie. Cette petite république, rattachée à la Fédération de Russie, cristallise les inquiétudes. La majorité des Russes n’oublient pas les attentats subis depuis 1999. La question de la Tchétchénie reste centrale pour l’avenir de la Russie. 

La Russie est un grand pays, multi-ethnique et multiculturel. Sa politique tient compte des spécificités locales et respecte certains particularismes. En contrepartie, le pouvoir central exige le respect des règles de la Nation. L’entente commune impose ce délicat équilibre.

Le Président actuel de la fédération de Russie, Mr Vladimir Poutine n'est pas arrivé en 1991, mais en 2000, après que le peuple russe ait donné mandat aux "libéraux" pour sortir le pays du modèle communiste. Les Russes espéraient construire un nouveau pays, sur le modèle occidental… ce fut un échec cuisant. 

Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir, car il répondait à un besoin populaire de conservatisme, tout en protégeant les élites libérales. Sans sa protection, ces dernières seraient aujourd’hui inexistantes, n'ayant aucun appui majeur dans la population en dehors des grandes villes. 

Son mandat de départ a été respecté.

Sur le plan international et diplomatique, il affirme la position de la Russie et gagne le respect de son peuple et de nombreux autres pays étrangers. Malheureusement, sa politique réaliste et dynamique, lui vaut des inimitiés. Des tensions se créent alors avec l’Europe ou les États-Unis. Les positions fermes de la Russie ont d’ailleurs déclenché les représailles de certains pays, avec la prononciation d’injustes sanctions et même le non-respect de certains traités !

Ces sanctions sont inaudibles et stériles aux yeux des Russes. Certains experts en géopolitique mettent d’ailleurs régulièrement en doute leur pertinence… Nous vous conseillons d’ailleurs la lecture de l’analyse du Pr Emmanuel Dupuy sur  des exemples tels que la Syrie, la Libye, l’Afrique. Sa synthèse est excellente et résume parfaitement la position diplomatique de la Russie dans ces pays.

Les positions politiques et diplomatiques de la Russie s’appuient sur 5 principales raisons, comme l’explique le Pr Emmanuel Dupuy dans ses interventions :

- Perspectives économiques favorisées par des populations jeunes, en rupture avec modèles démocratiques occidentaux, dans des pays partageant le legs soviétique et le centralisme démocratique.

- Concurrence avec des adversaires systémiques (anciennes puissances coloniales et USA) perçue comme un moyen aisé et rapide de « marginaliser » l’Occident en déclin.

- Volonté de diversifier les approvisionnements stratégiques (or, diamants, pétrole, gaz, terres rares).

- Nécessité pour Vladimir Poutine de concurrencer des leaderships traditionnels affaiblis (capitalisme étatiste en Chine et ultra-libéralisme aux USA).

- Présence en Afrique pour peser politiquement et bénéficier plus tard des « commons » de demain (forêts, eaux souterraines, ressources halieutiques, terres arables, énergies renouvelables).

Analysons maintenant la situation financière de la Russie en 2021, mais aussi la santé des entreprises étrangères et le marché de l’emploi russe.

Le Président Vladimir Poutine a toujours été attentif au développement des entreprises sur l’ensemble de son territoire, ainsi qu’au nombre de demandeurs d’emploi et ceux en activité. Il a toujours considéré la santé économique de la Russie comme un atout majeur. En effet, c’est elle qui génère des investissements importants dans le gaz et le pétrole, des ressources primordiales essentielles dont le pays dispose.

Malheureusement, depuis 2013 les sanctions européennes et américaines sont été édictées. L’impact sur la Russie a été violent. Économiquement, le pays se porte moins bien, mais continue de résister aux sanctions sur le dossier ukrainien. Politiquement, la Russie résiste vaillamment aux affaires celles de Messieurs Navalny ou Skripal, mais les relations diplomatiques avec l’occident ont été durement ébranlées.

Les sanctions sont un instrument à double tranchant. À la fois, elles ont impacté l'économie russe, mais elles l'ont obligée à réagir et à développer sa production au lieu de développer ses importations.

Depuis l’an 2000, la Russie a su évoluer avec son temps, elle a su se remettre en cause, que ce soit sur les questions judiciaires ou démocratiques.

La Russie est un pays libre où la démocratie est présente, où la liberté de la presse existe, mais les lois doivent y être respectées. Nul n’est supérieur à la loi. Chaque citoyen doit répondre de ses actes délictueux.

La Russie tient son rang mondial grâce à ses forces diplomatiques et militaires. Effectivement, certaines entreprises d’armements apportent d’importantes contributions sur le plan économique au pays. Il faut le reconnaître. En ce qui concerne l’échiquier mondial, la prééminence de la Russie est évidente dans bien des dossiers. Citons par exemple ses décisions justes, comme en Syrie ou en Libye par exemple.

L’ours* est encore en bonne santé pour diriger la Russie encore quelques années, il veut maintenir la stabilité du pays et éviter un changement radical de politique qui pourrait mettre en faillite le pays et mener à la perte des fondements de la constitution.

Remerciements pour leur soutien:
Pr Emmanuel Dupuy, Président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)
Karine Bechet-Golovko, Docteur droit public, Pr invité Universitaire d'Etat de Moscou

L'Ours*: surnom donné à Mr Vladimir Poutine, un animal redoutable et imprévisible et affectueux

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