covid-19. Pouvait-on prévoir l'évolution ? Un lien avec la rentrée des classes ?

Pouvait-on prévoir l'évolution de l'épidémie de covid-19 ? Que peut-on imaginer dans les jours qui viennent pour les services de réanimation ? Les écoles, collèges et lycées restent pour l'instant ouverts, mais jouent-il un rôle dans l'épidémie ? Une analyse à partir des données publiques en provenance des hôpitaux.

Dans la profusion des chiffres et indicateurs sur l'évolution de la covid-19, il est difficile d'y voir clairement. Beaucoup d'indicateurs, liés à la gestion de la pandémie, semblent plutôt incertains.

Il est cependant possible d'observer le nombre de personnes admises à l’hôpital et en réanimation. Supposer que l'évolution de ces nombres représente l'évolution de l'épidémie, revient à faire l'hypothèse que parmi l'ensemble des personnes contaminées, une proportion constante développe une forme grave qui nécessite d'aller à l’hôpital. Cela parait assez raisonnable.

Or ces données sont publiques, à l'adresse suivante :

https://www.data.gouv.fr/fr/datasets/donnees-hospitalieres-relatives-a-lepidemie-de-covid-19/

 Voici un représentation de ces données pour la France métropolitaine, jour par jour, à partir du 18 mars 2020.

Représentation des données hospitalières, France métropolitaine, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet Représentation des données hospitalières, France métropolitaine, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet

 Les points bleus indiquent le nombres de personnes à l’hôpital pour cause de covid, les points oranges ceux en réanimation, les points noirs ceux qui sont décédés durant une journée et les barres rouges le nombres d'admission en réanimation d'un seul jour. Des dates importantes sont indiquées par les traits violets. Enfin l'échelle verticale (des ordonnées) est logarithmique. Les croissances et les décroissances exponentielles y apparaissent comme des portions de droites. Ainsi, une évolution rectiligne indique une tendance représentative de la vitesse avec laquelle les personnes se contaminent entre elles.

A partie de cela, on peut supposer que l'épidémie a la même évolution depuis la rentrée du premier septembre et que l'engorgement des services de réanimation ne peut pas être une surprise. La ligne bleue est une fonction exponentielle ajustée sur le nombre de personnes en réanimation, en commençant 10 jours après la rentrée.

Si on extrapole cette ligne, le maximum (celui atteint lors de la première vague) arrivera vers le 25 novembre. de plus, on serait tenté d'observer que les courbes ont commencé à remonter en gros avec la rentrée. Cependant, il faut garder à l'esprit que tout changement de comportement dans la population prend 10 jours à se voir. ET surtout les données sur la France entière ne sont pas représentatives des situations très diverses selon les régions. En réalité, la reprise de l'épidémie semble commencer avant la rentrée dans les départements (urbains ?) comme Paris ou Marseille (Bouches du Rhône) :

Représentation des données hospitalières, Paris, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet Représentation des données hospitalières, Paris, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet

Représentation des données hospitalières, Marseille, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet Représentation des données hospitalières, Marseille, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet

 En observant cette dernière courbe du nombre de personnes en réanimation, on peut assez clairement supposer que les contaminations ont été moins fréquentes à partir de la rentrée (changement de pente juste 10 jours après) dans les Bouches du Rhône. Mais que là-bas, les services de réanimations atteindraient leur maximum le 19 novembre, la courbe étant tout de même croissante.

A contrario, dans d'autres départements (plus ruraux ?), la reprise semble concomitante avec la rentrée des classes. Exemple dans le Calvados (la ligne bleue est toujours un ajustement de la courbe, 10 jours après la rentrée) :

Représentation des données hospitalières, Calvados, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet Représentation des données hospitalières, Calvados, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet

 Plutôt inquiétant ...

Un département intermédiaire, la Seine et Marne :

Représentation des données hospitalières, Seine et Marne, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet Représentation des données hospitalières, Seine et Marne, 29 oct. 2020 © Ludovic Gaudichet

 

La rentrée correspond également à la fin des vacances pour tout le monde et à la reprise des habitudes de chacun. Peut-on affirmer que l'épidémie est liée aux établissements scolaires, au moins en partie ? Il est difficile de nier que les élèves passent leur temps à se croiser par centaines dans les établissements scolaires, dans et en dehors des classes.

Par exemple, les enseignements de spécialités (les plus importants) pour les élèves de première et terminale (apparemment de jeunes adultes pour ce qui est de l'épidémie) ne peuvent pas être organisés par groupe classe, puisque chaque élève peut avoir une combinaison différente. Ces élèves vont donc nécessairement rejoindre des groupes différents pour chaque enseignement ...

 

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