Nous ne sommes plus un état, mais un marché. Partie 2

Rien d’étonnant que plus rien ne fonctionne correctement dans un pays et un continent où le marché régit tout. Pour les ultralibéraux et leurs sous-fifres, l’ultralibéralisme doit administrer tout, et tout se fera à travers le fil tranchant de la finance sans limites. Dès lors si le chaos a une définition, nomme le Capitalisme.

Pendant ce temps et depuis des décennies, une fraction de la société s’est révoltée et s’est placée contre les manœuvres du marché. Pendant qu’une autre part, encore trop grande actuellement, mais ayant enclenché sa diminution, s’est abandonnée dans la chimère du « bonheur consumériste » qu’on lui a susurré à longueur de journée, dans l’ensemble de son environnement, tout en captivant, du levé au couché, tous ses sens humains.

Démontrant et dénonçant le sabotage de notre état, de nos obligations communes et de nos architectures d’entraide, pour les intérêts privés, les solidaires ont tenté de s’harmoniser en ordre d’engagement pour désamorcer difficilement le désastre individualiste. Un des exemples est la singularisation des rapports sociaux dans les entreprises, dans le but de casser les dynamiques d’assistance, de fraternité, de collectif ; tout cela en réprimant les syndicats de travailleurs et les leurs, qui osent clamer leur opposition légitime tout en proposant des alternatives. Si l’on a l’inquiétude d’exprimer un « non » du fait des répercussions potentielles sur son activité professionnelle et par synchronicité du schéma actuel sur sa destinée, dès lors on s’incline pour formuler un « oui ». On obtempère et on finit par embrasser le pas et les thèses de ceux qui pourtant nous broient quotidiennement, sans s’en rendre compte ; cela pour escompter de préférables horizons carrière/salaire, dans l’espérance de générer des perspectives consuméristes pour sa vie personnelle, toujours si l’on demeure dans le projet de société en vigueur.

 

Actuellement, rien n’y fait. Les solidaires ne parviennent malheureusement qu’à ralentir le marché. Aucune manifestation, avec suffisamment de citoyens, n’a fait fluctuer d’un cran la prérogative ultralibérale et encore moins, n’a pu la stopper définitivement. Dès l’instant où une importante fraction du peuple a capitulé dans le consumérisme, cette fraction tourne le regard et prend la défense de ce qui les soumet, face à ceux qui luttent pourtant pour leur subsistance. Cela abandonnant dès lors les vastes colonnes pour les offensives quotidiennes du marché, sans trop d’obstacles, pour lui et ses complices. Pour en arriver là, la nation s’est laissé domestiquer par le prosélytisme financier qui va dans ce sens, par l’amplification et la reproduction de ces discours « extrèmonétaires » obsessionnels des médias mainstream, se faisant racheter et appartenant désormais à des industriels milliardaires au profit de leurs intérêts d’influence, pour le bien de l’économie ultralibérale. On confie les analyses à des « suiveux » sortants d’institutions, qui sont érigés ainsi du fait du tarif que les géniteurs ont versé pour accéder à ces écoles et récolter un diplôme. Pour les ultralibéraux, il faut statuer sur la doctrine selon laquelle le prix payé fait forcément la valeur, même s’ils prétendent le contraire. De telle sorte qu’à la fin d’un processus d’endoctrinement de caste, leurs héritiers possèdent un passe-droit qui leur aménage de possibles captations baptisés « réseaux » ; désignés comme tel pour tâcher de rendre ces procédés plus propres aux regards du grand public. Ces identiques « sachants » sont rongés par l’envie de servir les leurs par espoir d’avance de carrière, de place et de reconnaissance ; se jugeant portés par des idéaux qu’ils n’honorent pas eux-mêmes ; s’estimant impulsés par une destinée hallucinatoire. Le tout appuyé par une minorité d’endoctrineurs « mainstream » présentée comme neutre et soi-disant, appartenant aux meilleurs de la profession (c’est eux même qui font la classification ?). Cette minorité était là pour formater une « classe inférieure » aux services d’intérêts de « classe supérieure ». Pour elle, ces « inférieurs » sont du combustible à profit, qui se reproduisent au bénéfice de ceux qui savent les exploiter ; mis en avant pour leur servilité ; servir de ce fait la propagande d’un capitalisme d’État qu’ils soutiennent puisque dans leurs camps. Toute une sphère avait l’identique nécessité d’un discours à individualiser ; divertir ; culpabiliser ; penser à soi ; faire évoluer sa carrière ; déployer des mots et arguments pros patronaux ; s’acharner par les thèses antisociales ; gratifiant les propos d’hostilité pour dénoncer aux yeux de tous de faux problèmes qu’ils créent pourtant eux-mêmes ; … : l’offre et la demande. Et c’est tout ce petit monde qui se relaye à diriger la machine comme bon leur semble en savourant leur position dans le wagon de tête.

 

Pendant ce temps, trop peu de personnes se refusent encore à s’échapper pour manifester contre ce pouvoir, le Capital, sa finance, leurs privilèges et celles et ceux qui aident cet élégant monde ; ce beau monde privé qui a noyauté l’état, les services publics, afin de combler les appétits d’une classe, d’un marché, d’individus, de leurs carrières, de leurs investissements ; ces individus louangeant l’état, mais le détricotant avec soins, prescrivant la valeur collective au final à la main de l’intérêt du privé, prônant la démocratie alors qu’elle n’est devenue qu’une apparence. Pour que cette trahison cesse, et pour rompre leurs manœuvres contre le bien commun et les faire juger, nous devons nous échapper.

 

Pendant ce temps, par le salaire et les « charges » baissées, les services publics se détériorent par sabotage du privé et les gens suivent alors les accusations médiatiques qui stigmatisent les fonctionnaires, les pauvres, les privés d’emplois, les syndicats de travailleurs non-collaborateurs, les migrants, les croyants, tout ce qui est déclaré comme différent d’eux, contrastés au consommateur de base. Les travailleurs et ceux qui sont privés d’emploi ne connaissent plus leurs droits et finissent par « avaler » que les conquis sociaux sont des « gratifications » que le patronat leur accorde par « gentillesse ». Ça critique hostilement les grévistes qui luttent pour tout ce qui forme un état où chacun peut vivre, et ça adopte le discours de haine du patronat murmuré par leurs écrans de télévision, au travail, dans la presse, dans leurs loisirs, sur leurs smartphones. Puis on est là aujourd’hui, en pleine pandémie, à vingt heures le soir, à ovationner les soignants alors que depuis des années tous ces personnels soignants sont laissés pour compte par individualisme du citoyen devenu consommateur. La plupart des individus qui applaudissent font cela par effet de mode médiatique, même s’ils ne l’avoueront jamais, mais dans les faits l’applaudissement est plus confortable et gratifiant pour soi-même, plutôt que le concret par la lutte à leurs côtés dans la rue. Puisqu’après la pandémie, les personnels soignants redescendront battre le pavé. Et les inchangées personnes qui les « défendaient » en tapant des mains, ne seront pas présents à leurs côtés. Mieux, ils les jugeront négativement. L’individualisme inculqué par l’économie capitaliste a fait son œuvre, le chacun sa gueule « maintenant que ça va mieux pour ma poire » et ce sera le leitmotiv de chacun, jusqu’a que chacun ait subi celui-ci violemment et sans échappatoire.

Ça n’ira pas manifester ni lutter pour les soignants, au pire une fois, pour faire bien, on se sentira mieux. On pourra sortir jusqu’à la destruction de l’hôpital public « moi, je suis allé manifester pour eux ». Avoir manifesté une seule fois et applaudis quelques fois à vingt heures pendant le confinement te fera peut-être t’éprouver légitime pour donner ton avis face au démantèlement de l’hôpital public au profit d’hôpitaux privés, qui serviront une rentabilité selon que tu sois riche ou pauvre. Mais cela ne fera pas de toi un citoyen conscient, juste un opportuniste malhonnête.

Là où ça se battra après le confinement, ce sera pour aller consommer, car pour un peuple converti au consumérisme, les portes de leurs chapelles rouvriront. On s’y précipitera par ce besoin irrépressible de recouvrir sa peine et sa fatalité non avouées, par du jetable, du vite fait, du maintenant, de l’amusement immédiat et succinct. Et tout reviendra à la normale, mais entre-temps ceux qui sont aux manettes, en auront profité pour broyer ce qui reste de nos conquis, pour leur économie. Le prétexte était trop beau pour ne pas le saisir. C’est magnifique le business.

La feuille de route de l’ultralibéralisme est ratifiée chaque jour par notre sang, nos larmes et au pire, les combats citoyens ne feront que retarder les actions à quelques mois ou pour la prochaine mandature.

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