Rapport Racine : où en est la réflexion sur le statut des auteur.e.s ?

Le rapport de Bruno Racine sur l’état de la création a été rendu le 22 janvier 2020. Il devait permettre la mise en place d’une politique effective en faveur des créateurs et créatrices de divers milieux. Pourtant, un peu plus d’un an plus tard, rien ne semble avoir bougé vraiment en faveur de cette question.

En avril 2019, Franck Riester, ancien ministre de la Culture, confie à Bruno Racine, conseiller maître à la Cour des comptes, une mission sur l’état des mutations des activités de création ces trente dernières années. Il s’agit ici de mettre en place, à terme, des politiques par les pouvoirs publics en faveur des auteurs, créateurs, artistes. Le rapport de Monsieur Racine titré « L’auteur et l’acte de création », est finalement remis au ministère de la culture mercredi 22 janvier 2020. Le monde de la création regroupe ici divers secteurs comme le monde de l’écriture, de la sculpture et le domaine de l’art en général.

Pourtant, un peu plus d’un an plus tard, et alors que le monde culturel français notamment fait entendre sa protestation, le gouvernement a retenu seulement 15 des 23 mesures proposées par le rapport et refusé la création du statut d’artiste-auteur, pourtant largement préconisé. Certes, la politique d’aide massive aux artistes pendant la pandémie a permis de débourser 100 millions d’euros pour venir en aide aux artistes-auteurs (à hauteur de 22 millions d’euros), aux équipes artistiques en région (20 millions) et aux intermittents ne pouvant bénéficier de l’année blanche (10 millions). Plusieurs fonds sont également créés dans ce sens. Seulement, pour de nombreux acteurs de la création, ces mesures apparaissent à contre-temps et seraient uniquement dues à la situation exceptionnelle de crise sanitaire.

Dans le domaine culturel, Lewis Trondheim, dessinateur et auteur de bandes-dessinées a récemment renvoyé sa médaille de chevalier des Arts et des Lettres au ministère de la Culture dans un geste médiatique. Il dénonce l’inexistence du statut d’auteur dans le milieu de la bande-dessinée mais aussi de manière plus générale pour les écrivain.e.s. En creux, la résistance du syndicat de l’Édition, qui serait selon lui, favorable à la précarisation des auteur.e.s. Fin janvier 2021, un appel au boycott est lancé pour boycotter le festival d’Angoulême, face à l’inaction des pouvoirs publics. Signe de la progressive précarisation dans le domaine de la bande-dessinée, le rapport des États généraux de la Bande Dessinée publié en 2017 rapporte qu’1/3 des auteurs et autrices de bande-dessinée vivent sous le seuil de pauvreté (fixé à 1 041 euros par mois en 2017), soit 36 % du total d’auteurs de BD. Selon la même étude, plus de la moitié gagne moins du Smic (53%), celui-ci s’élevant à 1 480,27 euros par mois en 2017. La démission de Samantha Bailly, présidente de la Ligue des auteurs professionnels, intervient comme rappel de la défiance d’une large partie des auteurs vis-à-vis de « l’enterrement » du rapport Racine.

Les conclusions du rapport sont marquantes. Il établit l’ampleur des revenus des auteurs affiliés à l’AGESSA – sécurité sociale des auteurs – et Maison des artistes (MDA) – ils étaient 41 247 en 2017 –, donc ceux les moins précaires, percevant un revenu annuel supérieur à 9 000 euros/an, soit un revenu mensuel supérieur à 750 euros. Les auteurs « assujettis », chargés de payer des cotisations (230 228 en 2016) ont en moyenne un revenu annuel inférieur à ce seuil. Ces auteurs bénéficient d’une aide en fonction de leurs revenus. Le document montre également une baisse du revenu moyen dans tous les secteurs de la création, sauf pour les sculpteurs et plasticiens.

Face à ces observations, le ministère de Roselyne Bachelot, actuelle ministre de la Culture, a annoncé début mars 2021 le détail des mesures en faveur de la création. Premièrement, les artistes continueront de bénéficier du fonds de solidarité de l’État, et de l’aide de 22 millions d’euros mentionnés plus haut. Autre mesure, la prise en compte de la diversité des revenus, qui sont profondément inégaux entre chaque secteur et auteur. Seulement, la majorité des mesures seront mises en place d’ici la fin de mandat, comme la recomposition du Conseil d’Administration de l’organisme de gestion de sécurité sociale des artistes-auteurs et l’amélioration des dispositifs d’aides en faveur des auteurs au sein des différents centres nationaux. Il semble donc bien que l’on soit dans une culture de l’urgence : malgré l’inexistence du statut d’artiste-auteur, des mesures exceptionnelles sont prises dans le cadre de la crise sanitaire.

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