Une synthèse sur la situation politico-médiatique italienne

La raison pour laquelle les médias italiens n'utilisent pas le mot "régime" pour décrire le côntrole que Berlusconi exerce sur l'Italie, est que ce contrôle marche parfaitement.

La raison pour laquelle les médias italiens n'utilisent pas le mot "régime" pour décrire le côntrole que Berlusconi exerce sur l'Italie, est que ce contrôle marche parfaitement.

 

Actuellement, l'un des seuls journalistes italiens qui combattent ouvertement l'homologation berlusconienne est Marco Travaglio, à qui l'association de la presse allémande a délivré par conséquent son prix annuel. Il est un libéral rigoureux que la droite italienne traite de "communiste", car elle utilise désormais ce mot comme un insulte contre tous ceux qui critiquent sa politique. Travaglio écrit sur un blog, qui est l'un des plus consultés dans le web italien (http://www.voglioscendere.ilcannocchiale.it). Il fait partie d'un front de résistance médiatique sur internet qui comprend également le comédien écologiste Beppe Grillo (http://www.beppegrillo.it), l'ancienne revue de gauche Micromega (http://temi.repubblica.it/micromega-online), le blog du juge Antonio Di Pietro (http://www.antoniodipietro.it), le blog du vidéoactiviste Piero Ricca (http://www.pieroricca.org/) et d'autres plus petits (y compris le mien http://linguaditerra.blogspot.com).
Malheureusement, la gauche est désormais presque absente de la scène politique et médiatique italienne. La gauche modérée du Partito Democratico (anciens communistes et chrétiens de gauche) est lourdement compromise avec Berlusconi et se conduit par conséquent de façon très ambigue. D'une part, elle n'a jamais fait de lois pour limiter le conflit d'intérêts de Berlusconi, afin d'obtenir à son tour un petit peu de contrôle médiatique dans la télévision publique. D'autre part, elle a expéré blanchir son passé, face aux patrons, en s'alliant avec Berlusconi pour réformer le système parlementaire. Elle a ainsi fait en sorte d'éliminer du Parlement toutes les forces qui se trouvaient à sa gauche (communistes et verts), tandis que Berlusconi n'a pas du tout éliminé ce qui se trouvait à sa droite (néofascistes et ligue nord).
Il en dérive qu'actuellement la seule opposition parlamentaire est faite par le petit parti centriste (5%) du juge Antonio Di Pietro ("L'Italie des valeurs"). Di Pietro est le seul qui ne renonce pas à rappeler à Berlusconi que son avocat, Cesare Previti, a été condamné à 6 ans pour corruption judiciaire; que le co-fondateur de son parti, Marcello dell'Utri, a été condamné à 9 ans pour ses rapports avec la mafia; que Berlusconi lui-même ne s'est sauvé de ces condamnations qu'en modifiant pendant les procès les lois qu'il avait violées; et qu'actuellement une cinquantaine de ses parlementaires sont condamnés ou enquêtés pour des délits souvent très graves (corruption, mafia, fraude fiscale).
Cette situation grotesque ne pèse pas sur le processus électoral surtout parce que, sur sept télévisions nationales, Berlusconi en possède trois (Canale 5, Rete 4, Italia 1) et en contrôle politiquement deux (Rai 1, Rai 2). Deux autres restent relativement plus indépendants, mais son influence s'exèrce néanmons indirectement à travers le contrôle du marché publicitaire (Rai 3, La 7). Berlusconi possède en outre l'un des hébdomadaires les plus populaires (Panorama) et l'un des quotidiens les plus populaires (il Giornale). La gauche modérée contrôle une télévision (Rai 3), un hébdomadaire (l'Espresso) et un quotidien important (La Repubblica). Un troisième pôle de pouvoir médiatique est représenté par les industriels et les banques, qui contrôlent une télévision (La 7) et deux journaux importants (Corriere della Sera, La Stampa). Enfin, un courant de l'Eglise relativement indépendant contrôle l'hébdomadaire le plus vendu en Italie (Famiglia cristiana).
Le contrôle médiatique a permis à Berlusconi d'imposer ses valeurs sur une population dont, suivant l'OCSE, 66% n'est pas à mesure de lire un journal ou d'aller sur internet. Une Italie ignorante et illégale, parfois ouvertement fasciste et mafieuse, a grandi pendant vingt ans dans ce contexte et se reconnaît désormais dans le message et dans l'exemple de Berlusconi. C'est une Italie qui, après avoir renoncé à ses valeurs traditionnelles catholiques, a désormais perdu même ses valeurs républicaines et constitutionnelles: solidarité et démocratie, légalité et respect de l'autre, ne sont plus que des mots. C'est une situation extrèmement dangereuse, que personne n'ose dénoncer en craignant qu'une déscprition impitoyable puisse faire soudainement devenir le pays ce qu'il est déjà.

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