Le siège de Miami

Les températures montent, et avec elles le niveau de la mer.

 Ce texte est une traduction d'un article d'Elizabeth Kolbert publié dans The New Yorker le 21 décembre 2015.

Miami, octobre 2015 © Emily Michot, Miami Herald Miami, octobre 2015 © Emily Michot, Miami Herald
 

Les inondations dans la ville de Miami Beach sont si prévisibles que, par curiosité ou pure perversité, on peut faire coïncider son séjour avec l'une d'entre elles. Sachant que les grandes marées auraient lieu aux environs de la « super lune de sang », je me suis arrangée pour que ma rencontre avec Hal Wanless, le président du département de géologie de l'Université de Miami, ait lieu fin septembre. Wanless, à 63 ans, a passé près d'un demi-siècle à étudier la façon dont la Floride du Sud s'est formée. Il en a conclu qu'une grande partie de la région n'en avait plus que pour un demi-siècle.

Nous avons pris notre petit-déjeuner dans un café près du bureau de Wanless, puis traversé le MacArthur Causeway. (Les non-résidents pensent souvent que Miami Beach est une partie de Miami, mais elle est située sur une île à part, à quelques kilomètres de la côte.) C'était une journée chaude, suffocante, avec un ciel bleu étincelant. Wanless a pris une rue de traverse et nous nous sommes bientôt retrouvés face à une flaque d'eau de la taille d'un étang. L'eau se déversait sur la route et dans un garage souterrain. Nous nous sommes arrêtés devant un immeuble de quatre étages, entouré d'une pelouse bien entretenue. L'eau semblait jaillir du gazon. Wanless a retiré ses chaussures et chaussettes et a enfilé une paire de bottes en polypropylene. Alors qu'il descendait de la voiture, une femme s'est précipitée vers lui. Elle a demandé s'il travaillait pour la ville. Il a dit que non, une réponse qui a semblé la décevoir mais pas la décourager. Elle a fait signe vers le palmier qui s'élançait depuis l'herbe inondée.

« Regardez notre jardin, notre aménagement », a-t-elle dit. « Le palmier nous a coûté super cher. » Elle continuait, « c'est dingue – c'est de l'eau de mer. »

« Bienvenue dans le changement climatique », lui a dit Wanless.

D'après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le niveau de la mer pourrait grimper de près d'un mètre d'ici la fin du siècle. Le corps des ingénieurs de l'armée des Etats-Unis prévoit qu'il pourrait croître d'un mètre et demi ; la NOAA prévoit jusqu'à deux mètres. D'après Wanless, toutes ces projections sont probablement basses. Dans son bureau, Wanless garde un verre d'eau fondue qu'il a récoltée sur l'inlandsis du Groenland. Il aime à faire remarquer qu'il y en a beaucoup plus là-bas.

« Nous sommes de nombreux géologues à envisager la possibilité d'une élévation de 3 à 9 mètres d'ici la fin du siècle », m'a-t-il dit.

 Nous sommes remontés dans la voiture. Conduisant d'une main, Wanless prenait de l'autre des photos à travers la vitre. « Regardez ça », a-t-il dit. « Mon Dieu ! » Nous étions arrivés dans un quartier de maisons à plusieurs millions de dollars où l'eau s’immisçait sous les portails et remontait les allées de garage. Des Porsch et des Mercedes étaient inondées jusqu'au châssis.

« Ca c'est aujourd'hui », a dit Wanless. « Ce n'est pas avec 60 cm d'élévation du niveau de la mer. » Il voulait faire de meilleures photos, et s'est engagé dans une autre rue de traverse. Il m'a tendu l'appareil pour que je prenne une photo de lui se tenant au milieu d'une route submergée. Wanless a tendu ses bras, comme un magicien qui viendrait de faire apparaître un lapin. Quelques ouvriers à l'arrière d'un pickup s'approchaient en cahotant. En avançant ils plongeaient régulièrement dans l'eau une jauge de profondeur. Un camion du département des travaux publics de Miami Beach s'est arrêté. Le conducteur a demandé si nous avions appelé la mairie. Apparemment, un des résidents avait pris la marée haute pour une rupture de canalisation. Alors que nous discutions avec lui, une femme âgée penchée sur un déambulateur a tourné au coin de la rue. Elle a regardé le lac qu'était devenu la rue et a gémi, « Qu'est-ce que je suis censée faire ? » Les hommes dans le pickup ont accepté de la ramener chez elle. Ils ont plié son déambulateur et l'ont hissée dans la voiture.

Pour faire face à ses inondations répétées, Miami Beach a déjà dépensé une centaine de millions de dollars. Elle prévoit de dépenser plusieurs centaines de millions de plus. De tels sommes sont, aux yeux de Wanless, autant d'argent jeté par les fenêtres. Tôt ou tard – et probablement tôt – il y aura trop d'eau à affronter. Même avant que cela n'arrive, pense Wanless, les assureurs arrêteront de vendre des polices pour les luxueux appartements qui bordent la baie de Biscayne. Les banques arrêteront d'accorder des prêts immobiliers.

« Si nous ne nous préparons pas à cela », m'a-t-il dit, une fois revenus dans la voiture, roulant vers l'hôtel Fontainebleau, « ces gens sont les prochains Okies ». J'essayais d'imaginer Ma et Pa Joad migrant vers le nord, sacs de golf et machines à expressos attachés à leurs Range Rovers.

 

Le montant d'eau sur la planète est fixe (depuis des milliards d'années). Sa distribution, quant à elle, est sujette à toutes sortes de réarrangements. Au plus froid du dernier âge glaciaire, il y a environ vingt mille ans, les calottes polaires accaparaient tellement d'eau que le niveau de la mer était presque cent vingt mètres plus bas qu'il ne l'est aujourd'hui. Miami Beach, au lieu d'être une île, était alors à vingt-quatre kilomètres de la côte atlantique. Sarasota était à cent soixante kilomètres de ce qu'était alors le golfe du Mexique, et les contours de l’État du soleil dessinaient plus un gros talon qu'un doigt maigrelet.

Alors que l'âge glaciaire prenait fin et que la planète se réchauffait, les côtes du monde ont adopté leur configuration présente. Il y a un certain nombre de preuves – la plupart maintenant submergée – que ce processus n'a pas eu lieu lentement et régulièrement, mais plutôt par à-coups. A partir de 12500 av. J.-C., lors d'un événement appelé l'impulsion de fonte 1A, le niveau de la mer a augmenté d'environ quinze mètres en trois ou quatre siècles, un taux de plus de trente centimètres par décennie. L'impulsion de fonte 1A, comme les impulsions 1B, 1C et 1D, a été, très probablement, le résultat de la fonte des calottes polaires. Les uns après les autres, les énormes glaciers se sont désintégrés et ont déversé leur contenu dans les océans. On a supposé – bien que les indices soient minces – qu'une inondation soudaine de la Mer Noire à la fin de l'impulsion de fonte 1C, il y a environ 7500 ans, avait inspiré l'histoire du déluge dans la Genèse.

Alors que les températures montent à nouveau, le niveau de la mer fera de même. Une des raisons est que l'eau, en se réchauffant, s'étend. Le processus de l'expansion thermique obéit à des lois physiques bien connues, et ses conséquences sont relativement faciles à calculer. Il est plus difficile de prévoir la façon dont les calottes polaires actuelles vont se comporter, et cette difficulté explique les écarts entre les projections.

Les prévisions basses, comme celles du GIEC, supposent que la contribution des calottes polaires restera relativement stable jusqu'à la fin du siècle. Les projections hautes, comme celles de la NOAA, supposent que la fonte des glaces s’accélérera avec la hausse des températures (qui, dans tous les scénarios envisageables, continuent d'augmenter, au moins jusqu'à la fin du siècle, et probablement après). En attendant, des observations récentes tendent à confirmer les scénarios les plus inquiétants.

Les dernières données sur l'Arctique, collectées par deux satellites extrêmement sensibles, montrent que lors de la dernière décennie, le Groenland a perdu plus de glace chaque année. En août, la NASA a annoncé que, pour compléter les mesures satellitaires, elle lançait un nouveau programme de surveillance appelé – par provocation – Oceans Melting Greenland, ou OMG. En novembre, des chercheurs ont rapporté qu'avec la perte d'une plate-forme de glace au nord-est du Groenland, une nouvelle « brèche » dans l'inlandsis s'était ouverte. Au total, la glace du Groenland contient assez d'eau pour faire monter le niveau de la mer de six mètres.

A l'autre extrémité de la Terre, deux groupes de chercheurs – l'un au Jet Propulsion Lab de la NASA et l'autre à l'Université de Washington – ont conclu l'année dernière qu'un segment de l'inlandsis Ouest-Antarctique était en « déclin irréversible ». Le segment, appelé le secteur de la Mer d'Amundsen, contient assez d'eau pour faire monter le niveau de la mer de cent vingt centimètres, et sa fonte pourrait déstabiliser d'autres parties de la calotte polaire, qui détient assez de glace pour y ajouter trois autres mètres. Même si ce « déclin » devrait prendre des siècles, il peut aussi arriver bien plus tôt. La NASA se prépare déjà pour le jour où une partie du centre spatial Kennedy, à Cape Canaveral, se retrouvera sous les eaux.

 

Miami Beach, septembre 2015 © Emily Michot, Miami Herald Miami Beach, septembre 2015 © Emily Michot, Miami Herald

Le jour où j'ai visité Miami Beach avec Hal Wanless, j'ai aussi assisté à un débat au centre de conférence de la ville, intitulé « Surveiller la montée des eaux ». La discussion était organisée par le gouvernement français à l'approche du sommet du climat à Paris, qui aurait lieu deux mois plus tard. Parmi les intervenants, se trouvait le scientifique français Eric Rignot, professeur à l'Université de Californie à Irvine. Rignot est l'un des chercheurs membres de OMG, et dans un entretien téléphonique avec des journalistes pendant l'été, il avait déclaré qu'il était « sidéré » par la vitesse à laquelle l'inlandsis du Groenland était en train de changer. Je l'ai croisé alors qu'il s'apprêtait monter sur scène.

« Je vais ficher une sacré frousse aux gens dans la salle », m'a-t-il dit. Ses interlocuteurs étaient un géologue français, un climatologue de l'Université de Miami et le maire de Miami Beach, Philip Levine. Levine a été élu en 2013, après avoir diffusé une pub qui jouait sur la frustration des électeurs devant la constance des inondations. Elle le montrait se préparant à rentrer chez lui en kayak après le travail.

« Certaines personnes sont propulsées à leur poste », a plaisanté Levine quand ça a été son tour au micro. « Je dis toujours que j'y suis arrivé en dérivant. » Il a décrit les mesures que son administration avait prises pour combattre les effets de la montée des eaux. Elles comprennent l'installation d'énormes pompes souterraines qui absorberont l'eau des rues et la rejetteront dans la baie de Biscayne. Six pompes ont été construites, et cinquante-quatre autres sont prévues. « Nous devons augmenter les redevances liées aux tempêtes pour être capable de payer la première tranche de cent million de dollars », a dit Levine. « Voyez le tableau : vous êtes élu et la première chose que vous dîtes aux gens c'est « Au fait, je vais augmenter vos taxes ». »

Il a ajouté, « Quand vous faîtes ça, il n'y a pas de manuel, il n'y a pas de Comment protéger votre ville de la montée du niveau de la mer, allez au chapitre 4. » Donc la ville devra écrire le sien. « Nous avons une équipe qui va de régler ça, qui va protéger la ville », a dit le maire. « Nous ne pouvons pas laisser la confiance des investisseurs, la confiance des habitants, la confiance en notre économie, commencer à s'effriter. »

John Morales, le chef de la météorologie à NBC pour la Floride du Sud, animait la discussion. En réponse au maire, il a repris l'argument que j'avais entendu énoncé par Wanless – que les pompes d'aujourd'hui seront submergées par les eaux de demain.

« Ca ne peut être qu'une solution de fortune », a dit Morales.

« Je crois à l'innovation humaine », a répondu Levine. « Si, il y a trente ou quarante ans, je vous avais dit que vous seriez capable de communiquer avec vos amis à l'autre bout du monde en regardant votre montre ou avec un iPad ou un iPhone, vous auriez pensé que je perdais l'esprit. » Dans trente ou quarante ans, a-t-il dit, « nous allons avoir des solutions innovantes pour contrer la montée du niveau de la mer que nous ne pouvons même pas imaginer aujourd'hui ».

 

Parmi les plus grandes villes du monde, beaucoup se trouvent sur le littoral, et elles sont toutes, à un degré ou à un autre, menacées par la montée des eaux. Des pays entiers sont en danger – les Maldives, par exemple, et les Iles Marshall. Globalement, on estime qu'une centaine de millions de personnes vit à moins d'un mètre du niveau d'eau moyen et qu'une autre centaine de millions vit à moins de deux mètres. Des centaines de millions de plus vivent des dans zones qui risquent d'être touchées par des tempêtes de plus en plus destructrices.

Face à cette situation, la Floride du Sud se démarque. La région a été appelée « le patient zéro de l'élévation du niveau de la mer ». Elle a aussi été décrite comme « la tête de gondole des impacts du changement climatique », l'« épicentre de l'étude des effets de l'élévation du niveau de la mer », un « scénario catastrophe » et « la nouvelle Atlantide ». De toutes les villes du monde, Miami se classe seconde quant au montant des capitaux vulnérables à la montée des eaux – la numéro 1 est Guangzhou – et quant au nombre de personnes elle se classe quatrième, après Guangzhou, Mumbai et Shanghai. Un récent rapport sur l'intensification des tempêtes aux Etats-Unis place quatre villes de Floride parmi les huit les plus à risque. (Sur cette liste, Tampa est numéro 1.) Ces dernières années, le niveau d'eau journalier maximum dans la région de Miami n'a cessé de grimper avec un taux de presque deux centimètres et demi par an, près de dix fois supérieur au taux moyen de l'élévation du niveau de la mer. On ne sait pas l'expliquer exactement, mais on suppose que cela a à voir avec des changements dans les courants océaniques qui produisent une accumulation des eaux le long de la côte. En parlant du changement climatique dans les Everglades à la dernière journée de la Terre, le président Obama a dit, « L'impact sera plus grand ici, en Floride du Sud, que partout ailleurs. »

Les problèmes de la régions viennent d'abord de sa topographie. Traverser la Floride du Sud est comme traverser le centre du Kansas, sauf que la Floride du Sud est plus verte et bien plus basse. Dans le comté de Miami-Dade, l'altitude moyenne est juste de cent-quatre-vingt centimètres au-dessus du niveau de la mer. Le point le plus haut du comté, excepté les constructions humaines, est juste de sept mètres et demi, et personne n'a l'air de vraiment savoir où il se trouve. (L'humoriste Dave Barry s'est un jour mis au défi d'escalader la plus haute montagne de Miami-Dade, et a fini au sommet de la benne du coin surnommée pour l'occasion le Mont Trashmore.) Le comté de Boward, qui comprend Fort Lauderdale, est également plat et bas, et le comté de Monroe, qui comprend les Keys, l'est encore plus.

Mais les problèmes de la Floride du Sud viennent aussi des profondeurs. Toute la région – la majorité de l’État – est faite de calcaire qui s'est déposé pendant les millions d'années où la Floride se tenait au fond de la mer. Le calcaire est rempli de trous, et les trous sont, pour la plupart, remplis d'eau. (Près de la surface, c'est en général de l'eau douce, moins dense que l'eau de mer.)

Jusqu'aux années 1880, quand les premiers canaux ont été tracés dans la région par des dragues à vapeur, la Floride du Sud était une vaste zone humide – les Everglades. Les premières tentatives pour drainer la région n'ont pas eu le succès escompté ; les migrants venus du Nord, aguichés par des arnaques immobilières au tournant du siècle, se sont rendu compte que les bonnes terres qu'ils avaient achetées étaient plus adaptées à la baignade.

« J'ai acheté des terres à l'hectare et j'ai acheté des terres au mètre ; mais, grand Dieu, je n'avais jamais acheté de terres au litre », se plaignait un arrivant de l'Iowa.

Même aujourd'hui, alors que les Everglades sont réduites à la moitié de leur taille originelle, l'eau dans la région est constamment combattue. Le département de gestion des eaux de la Floride du Sud, une agence de l’État, affirme qu'elle régit le « plus grand système de gestion de l'eau au monde », comprenant trois mille sept cents kilomètres de canaux, soixante-et-une stations de pompages et plus de deux mille « bâtiments de gestion des eaux ». Les Floridiens au sud d'Orlando dépendent de ce système pour éviter que leurs gazons ne se noient et que leurs seuils ne se transforment en quais. (L'inondation des sous-sols n'est pas un problème en Floride du Sud, car personne n'a de sous-sol – la nappe phréatique est trop haute.)

Quand le système a été conçu – reconçu, plutôt – dans les années 1950, le niveau d'eau dans les canaux pouvait être maintenu au moins quarante-cinq centimètres au-dessus du niveau de la mer pendant les marées hautes. Grâce à cette différence d'altitude, l'eau s'écoulait des terres vers la mer. Et il y avait suffisamment d'eau douce qui sortait pour éviter que l'eau de mer n'entre. A cause en partie de l'élévation du niveau de la mer, l'écart s'est depuis réduit d'environ vingt centimètres, et la région voit se profiler des tempêtes pendant lesquelles elle se trouvera inondée non seulement le long des côtes, mais aussi à l'intérieur des terres, l'eau de pluie n'ayant nulle part où aller. Des chercheurs à l'université Florida Atlantic prétendent qu'avec seulement quinze centimètres de plus d'élévation du niveau de la mer, la région perdra près de la moitié de sa capacité à endiguer les inondations. Dans le même temps, ce qu'on appelle le front d'eau avance. Une ville – Hallandale Beach, au nord de Miami Beach – a déjà dû fermer la plupart de ses puits, car l'eau y est trop salée. Beaucoup d'autres villes craignent de devoir faire de même.

Jayantha Obeysekera est le chef de la modélisation au département de gestion des eaux, son travail consistant donc à prévoir l'avenir de la Floride du Sud. Un matin, je l'ai retrouvé dans un bâtiment de contrôle des inondations appelé S13, qui se trouve sur un canal appelé C11, à l'ouest de Fort Lauderdale.

« Nous faisons face à trois contraintes », dit-il. « L'une est l'élévation du niveau de la mer. Une autre est le fait que la nappe phréatique remonte elle aussi. Et dans cette région, plus la nappe phréatique est haute, moins il y a de place pour absorber l'eau de pluie lors des tempêtes. La troisième contrainte est l'éventualité que les extrêmes de précipitation changent, et deviennent plus extrêmes encore. Il y a probablement d'autres contraintes que je n'ai pas mentionnées. Quelqu'un a dit l'autre jour, « L'eau vient de six côtés en Floride. » »

 

Miami, octobre 2010 © Steve Rothaus, Miami Herald Miami, octobre 2010 © Steve Rothaus, Miami Herald

Un mois après la super lune de sang, la Floride du Sud a connu une nouvelle série de grandes marées – les « marées royales », comme les Miaméens les appellent. Cette fois, je suis sortie pour en voir les effets avec Nicole Hernandez Hammer, une chercheuse en études environnementales qui travaille pour l'Union des scientifiques engagés. Hammer avait regardé des cartes du relief et conclu que dans le quartier de Shorecrest, environ huit kilomètres au nord du centre-ville de Miami, nous étions susceptibles de trouver des inondations. C'était une autre matinée bleue et chaude, et alors que nous roulions dans la Honda de Hammer, on pouvait d'abord croire qu'elle s'était trompée. Puis, tout à coup, nous sommes arrivées à un carrefour submergé. Nous nous sommes garées et avons marché vers une rue de traverse, elle aussi submergée. Nous nous tenions devant un petit immeuble, nous demandant ce qu'il nous restait à faire, quand l'un des habitant en est sorti.

« Je me suis demandé : mais d'où vient cette eau ? », a-t-il dit. « Ca sèchera et puis ça recommencera. » Il s'était plaint au super-intendant de l'immeuble. « Je lui ai dit, « Il faut faire quelque chose pour cette eau. » Il dit qu'il essaiera. » Un fourgon muni d'une nacelle s'est approché en laissant une longue traîne dans son sillage, puis a calé.

L'eau dans la rue était si profonde qu'il était en effet difficile de savoir d'où elle venait. Hammer a expliqué qu'elle émergeait des drains qui servaient en cas de tempête. Au lieu d'acheminer l'eau de pluie jusqu'à la baie, comme ils étaient censés le faire, les drains dirigeaient l'eau de la baie jusque dans les rues. « L'infrastructure que nous avons est conçue pour un monde qui n'existe plus », a-t-elle dit.

Aucune de nous deux ne portaient de bottes, ce que, en nous baladant, nous avons regretté. Je ne pouvais m'empêcher de penser à ces histoires sur les égouts hors d'âge de Miami, qui fuient tellement qu'ils donnent lieu à de fréquents procès. (Pour parvenir à un arrangement dans une affaire portée par la gouvernement fédéral, le comté a accepté de payer 1.6 milliard de dollars pour mettre le système d'eaux usées à jour, bien que de nombreuses questions demeurent sur la prise en compte de l'élévation du niveau de la mer dans les réparations prévues.) De l'autre côté du carrefour inondé, devant une maison individuelle, un homme d'âge moyen déchargeait les courses de sa voiture. Lui aussi nous a dit qu'il ne savait pas d'où venait l'eau.

« J'ai entendu aux infos que c'était parce que la lune était devenue rouge », a-t-il dit. « Je n'ai pas plus de détails. » Ce dernier mois, a-t-il ajouté, « c'est arrivé très souvent ». (Pour ne rien arranger, Miami a connu l'automne dernier plusieurs très grandes marées à des moments du mois où, astronomiquement parlant, elles n'auraient pas dû avoir lieu.)

« Honnêtement, parfois, quand je parle aux gens, je me dis que j'aurais dû suivre plus de cours de psychologie », m'a dit Hammer. Une grande partie de son travail consiste à se rendre dans les bas quartiers comme Shorecrest, pour aider les gens à comprendre ce qu'ils voient. Elle leur montre des cartes du relief et des projections climatiques, et leur explique que la situation ne va faire qu'empirer. Souvent, m'a dit Hammer, elle a l'impression d'être un médecin : « On entend qu'ils essaient d'enseigner ces compétences à l'école de médecine, pour les encourager à avoir de meilleurs relations avec les patients. Je crois que je devrais essayer ce genre de formation, parce que c'est vraiment dur d'apporter les mauvaises nouvelles. »

C'était le jour de ramassage des ordures, et devant une maison des bennes du comté voguaient dans une eau huileuse. Deux jeunes femmes surveillaient la scène depuis l'allée qui faisait office de jetée.

« C'est horrible », nous a dit l'une d'entre elles. « Parfois l'eau sent vraiment mauvais. » Elles sont deux sœurs, originaires de Columbia. Elles voulaient vendre la maison, mais, comme l'a remarqué l'autre sœur, « personne ne va vouloir l'acheter comme ça ».

« J'ai appelé la ville de Miami », a dit la première sœur. « Et ils ont dit que c'était juste la lune. Mais je ne crois plus que ce soit la lune. »

Après deux minutes, leur mère est apparue. Hammer, qui est née au Guatemala, a commencé à discuter avec elles en espagnol. « Oh », entendis-je la mère s'exclamer. « Dios mío! El cambio climático! »

 

Marco Rubio, le sénateur de Floride, qui se place troisième dans les sondages pour la primaire républicaine, a grandi près de Shorecrest, à West Miami, qui malgré son nom n'est pas un quartier mais une vraie ville. Pendant plusieurs années, il a été membre de la Chambre des représentants de la Floride, et sa circonscription comprenait l'aéroport inondable de Maimi. Apparaissant au printemps dernier dans « Face au pays », il a été demandé à Rubio d'expliquer une déclaration qu'il avait faite sur le changement climatique. Il a proposé ceci : « Ce que j'ai dit, c'est que les humains ne sont pas responsables du changement climatique de la façon dont on essaie de nous le faire croire, pour la raison suivante : je crois que le climat change parce qu'il n'y a jamais eu de moment où le climat n'a pas changé. »

A la même période, on a révélé que le bureau du gouverneur de Floride, Rick Scott, lui aussi républicain, avait demandé aux employés de l’État de ne pas parler du changement climatique, ni même d'utiliser l'expression. L'administration Scott, d'après le Centre de Floride pour le journalisme d'investigation, a aussi essayé d'interdire tout discours sur l'élévation du niveau de la mer ; les employés de l’État étaient censés parler, à la place, d' « inondation incommodante ». Scott a nié avoir imposé de telles restrictions orwelliennes, mais j'ai rencontré plusieurs personnes qui m'ont dit s'y être heurtées. L'une d'elles était Hammer, qui, il y a quelques années, travaillait sur un rapport pour l’État sur les menaces pesant sur le système de transport de Floride. Elle m'a dit qu'il lui avait été demandé d'y supprimer toute référence au changement climatique. « A certains endroits, c'était impossible », se souvint-elle. « Comme lorsque nous parlions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, qui étudie bien le « changement climatique ». »

Les scientifiques qui étudient le changement climatique (et les journalistes qui les suivent) se demandent souvent quand le débat sur le sujet prendra fin. Si la Floride montre l'exemple, la réponse semble être jamais. Pendant les marées royales de septembre, l'ancien vice-président Al Gore a passé une matinée à patauger dans les rues inondées de Miami Beach avec le maire Philip Levine, un démocrate. J'ai rencontré Gore le lendemain, et il m'a dit que les bottes qu'il avait portées s'étaient avérées trop basses ; l'eau s'était infiltrée par au-dessus.

« Quand le gouverneur de l’État est un climato-sceptique patenté, l'ironie est affreusement amère », a observé Gore. Il a indiqué qu'il pensait que la Floride devrait « se joindre aux Maldives et à certains des petits Etats insulaires qui pressent le monde à adopter des restrictions plus fortes sur la pollution climatique ».

Au lieu de ça, l’État fait tout le contraire. En octobre, la Floride a porté plainte contre l'Agence de protection de l'environnement, en vue de bloquer de nouvelles mesures visant à limiter le réchauffement via la réduction des émissions des centrales électriques. (Vingt-quatre Etats participent à cette plainte.)

« Le niveau de déconnexion avec la réalité est assez profond », m'a dit Jeff Goodell, un journaliste qui travaille sur les impacts de l'élévation du niveaux de la mer pour un livre. « On est plutôt habitué à ça dans le monde du climat. Mais en Floride il y a de vraies conséquences. L'eau est bel et bien en train de monter. »

Pendant ce temps-là, les gens continuent d'affluer en Floride du Sud. L'aire urbaine de Miami, qui comprend Fort Lauderdale, est l'une de celles qui grandit le plus vite dans le pays ; entre 2013 et 2014, en termes absolus, elle a gagné plus d'habitants que San Francisco et, en proportion, elle surpasse Los Angeles et New-York. Actuellement, dans le centre-ville de Miami, il y a plus de vingt-cinq mille nouveaux appartements, déjà disponibles ou en construction. Une grande partie de cette explosion est financée par les « évasions de capitaux » provenant de pays comme l'Argentine et le Venezuela ; environ la moité des ventes immobilières récentes à Miami s'est faite en espèces.

Et tous ceux qui peuvent se le permettre achètent au bord de l'eau. Il n'y a pas si longtemps, Kenneth Griffin, un milliardaire à la tête d'un fonds d'investissement, a acheté un penthouse à Miami Beach pour soixante millions de dollars, la plus grande somme jamais versée pour une maison individuelle dans le comté de Miami-Dade (et dix millions de dollars de plus que le prix demandé au départ). Le penthouse, un bâtiment neuf appelé La maison de la faena, jouit de huit chambres et d'une piscine de vingt mètres sur le toit. Quand j'ai pris connaissance de la vente, j'ai rentré l'adresse de la maison dans un programme astucieux appelé la Boîte à outils de l'élévation du niveau de la mer, créé par des étudiants et des professeurs de l'Université internationale de Floride. D'après le programme, avec un peu plus de trente centimètres d'élévation, les routes autours de la maison seront fréquemment inondées. Avec soixante centimètres, la plupart des rues seront sous l'eau, et avec un mètre il semble que, si La maison de la faena est encore habitable, il faudra s'y rendre en bateau.

 

J'ai posé la même question à tous les gens concernés par l'élévation du niveau de la mer que j'ai rencontrés en Floride du Sud : que peut-on faire ? Plus d'un quart des Pays-Bas est sous le niveau de la mer et ces zones abritent des millions de gens ; vivre dans une région basse est donc certainement possible. Mais la géologie de la Floride du Sud est particulièrement retorse. Construire une digue sur du calcaire poreux revient à mettre une barrière au-dessus d'un tunnel : cela modifie le parcours, mais pas nécessairement le débit.

« Vous ne pouvez pas construire de digues sur la côte et arrêter l'eau », le formule autrement Jayantha Obeysekez. « L'eau viendrait alors par en-dessous. »

Certaines personnes m'ont dit que la seule réponse réaliste pour la Floride du Sud était le repli.

« J'habite en face d'un parc », m'a dit Philip Stoddard, le maire de South Miami – également une ville à part entière. « Et il y a une partie plus basse qui se remplit quand il pleut. J'y promenais mon chien ce matin, et j'ai vu des poissons dedans. Mais bon sang, d'où sont venus ces poissons ? Ils sont venus du sous-sol. On a des poissons qui se baladent sous terre ! »

« Cela signifie qu'on ne peut pas repousser l'eau », a-t-il poursuivi. « Donc à terme cette région doit être évacuée. Mon but est de travailler à une évacuation lente et sans heurt, plutôt que d'en avoir une brusque et catastrophique. »

Plus souvent, j'entendais des échos de la formule du maire Philip Levine sur sa montre Apple. Qui a idée des extraordinaires avancées que l'avenir apportera ?

« Je crois que les gens sous-estiment l'incroyable imagination innovante dans le monde du design de l'adaptation », m'a dit Harvey Ruvin, greffier du comté de Miami-Dade et président de sa Mission sur l'élévation du niveau de la mer, quand je suis allée le rencontrer dans son bureau. Une citation de Buckminster Fuller était affichée au mur : « Nous sommes tous des passagers du vaisseau Terre. » Ruvin a commencé à s'intéresser à Fuller dans les années 1960, après avoir lu que Fuller avait dessiné le plan d'une ville flottante dans la baie de Tokyo.

« Je reconnais que les choses ne peuvent pas continuer ainsi », m'a dit Ruvin. « Mais nous pouvons évoluer vers du mieux. »

 

« Je dis toujours aux gens : « c'est mon patient » », indiquait Bruce Mowry, un ingénieur de la ville de Miami Beach. « Je ne peux pas perdre mon patient. Si je ne fais pas tout ce qui est possible, Miami Beach pourrait disparaître. » C'était une nouvelle journée de ciel bleu éclatant et d' « inondations incommodantes », et je marchais avec Mowry dans l'un des quartiers les plus bas de Miami Beach, Sunset Harbour.

Si Miami Beach est sur un brancard, alors le rôle de Mowry est peut-être de lui faire un massage cardiaque. Son travail est de faire en sorte que la ville reste viable, et puisque personne n'est encore apparu avec une innovation dans le genre de la montre intelligente, il est forcé de s'en remettre à des moyens plus primitifs, comme les pompes et l'asphalte. Nous avons tourné au coin d'une rue et sommes arrivés devant un escalier qui menait en contrebas à des restaurants et des boutiques. Jusqu'à récemment, m'a expliqué Mowry, les boutiques et la rue avaient été au même niveau. Mais la rue avait récemment été surélevée. Elle était maintenant presque un mètre au-dessus de l'allée.

« J'appelle ça mon programme en cinq étapes », a-t-il dit. « Quelles sont les cinq étapes ? » Il a compté les marches alors que nous descendions : « Une, deux, trois, quatre, cinq. » Certains restaurants avaient installé des tables dans le fond, près de ce qui était le coin de la rue mais qui, maintenant, avec l'élévation de celle-ci, est un mur d'un mètre. Les voitures passaient à hauteur des yeux des clients. J'étais déconcertée par l'aménagement, comme si j'avais soudainement rapetissé. Mowry m'a dit que certains commerçants, qui s'étaient plaints quand la rue se trouvait inondée, se plaignaient maintenant parce qu'ils n'avaient pas d'accès direct à la route : « Y a-t-il une solution miracle ? »

Plusieurs rues alentour avaient aussi été surélevées, d'environ trente centimètres. Les chaussées surélevées étaient plus hautes que les allées privées, qui désormais donnaient toutes en contrebas. Le parking d'une agence de location de voitures se trouvait dans une sorte de cavité.

J'ai abordé le problème du calcaire. « C'est ce qui nous fait le plus peur », a dit Mowry. « La Nouvelle-Orléans, les Pays-Bas – tout le monde comprend l'installation de barrières, de digues, de pompes. Très peu de gens comprennent : que fait-on quand l'eau sort du sol ? »

« Ce que j'aimerais vraiment faire, c'est soulever la ville, déposer une membrane sur le sol, et la remettre en place. Je pensais à Villes invisibles de Calvino, où une telle ingénierie fantastique est la norme. »

Mowry a dit qu'il se demandait s'il pouvait trouver un type de résine qui pourrait être injectée dans le calcaire. La résine comblerait les trous, durcirait et servirait de bouchon. Ou, a-t-il suggéré, peut-être qu'un jour la ville demanderait aux constructeurs, avant d'édifier une maison, de déposer un écran étanche en-dessous, comme un campeur pose une bâche sous sa tente. Ou peut-être qu'une sorte d'argile pourrait être injecté dans le sol et combler les interstices.

« Est-ce que ça tiendra ? », s'est demandé Mowry à propos de l'argile. « J'en doute. Mais cela fait partie des choses que nous explorons. » Il était difficile de savoir à quel point il prenait ces idées au sérieux ; même si l'une d'entre elles s'avérait réalisable, l'effort requis pour, en effet, colmater l'île entière semblait inouï. A un moment, Mowry a déclaré, « Si nous pouvons envoyer un homme sur la lune, alors nous pouvons trouver un moyen de garder Miami Beach au sec. » Il songeait aussi au fait que la ville puisse revenir à ce qu'elle était à l'origine, une mangrove. « Je suis sûr que si nous avions des poètes, ils écriraient sur la descente dans la mer de Miami Beach. »

Nous avons fait demi-tour vers le bureau de Mowry quand la marée haute atteignait son maximum. Les rues surélevées étaient encore sèches, mais sur le chemin de la mairie un tronçon de route inchangé prenait l'eau. A l'évidence, la situation avait été prévue, car deux pompes mobiles, de la taille et de la forme d'un camion de glace, étaient postées près du bassin en expansion. Aucune n'était en marche. Après avoir passé deux coups de fil, Mowry s'est résolu à essayer de les mettre en route lui-même. Alors qu'il jouait avec les commandes, j'ai réalisé que nous n'étions pas loin du palmier inondé que j'avais vu lors de mon premier jour à Miami Beach, et qu'il était encore une fois sous l'eau.

 

A environ vingt kilomètres à l'ouest de Miami, la terre s'efface, et commence alors ce qu'il reste des Everglades. Le meilleur moyen de se déplacer dans cette partie de la Floride est l'aéroglisseur, et un matin de ciel gris je suis partie dans l'un de ces engins avec l'hydrologue Christopher McVoy. Nous avons loué le bateau dans une concession dirigée par des membres de la tribu Miccosukee, qui, avant l'arrivée des Européens, occupait de grandes bandes de terre en Georgie et dans le Tennessee. Les colons ont chassé les Miccosukee plus au sud, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent avec quelques centaines de kilomètres carrés de terres, pour la plupart inondées, entre Miami et Naples. Sur une barrière en face du quai, un panneau indiquait : « Attention : Alligators sauvages et dangereux. Ne pas nourrir ni provoquer. » Notre guide, Betty Osceola, nous a donné des casques pour nous protéger du bruit des turbines, et nous avons filé.

On parle souvent des Everglades comme d'une « rivière d'herbe », mais on pourrait tout aussi bien les décrire comme une prairie d'eau. Le bateau faisait son chemin en eau libre, mais le paysage était surtout clairsemé – interrompu de touffes de cladiums et de quelques arbres. Nous n'étions pas sortis depuis longtemps quand il a commencé à pleuvoir. Alors que le bateau se hâtait à travers la pluie, on aurait dit conduire dans une tempête de sable.

Les caractéristiques qui rendent la Floride si vulnérable – sa platitude, la hauteur de sa nappe phréatique, ses fortes pluies – sont celles-là même qui ont fait naître les Everglades. Avant que les canaux de drainage ne soient creusés, l'eau coulait du lac Okeechobee, à environ cent-dix kilomètres au nord de Miami, à la baie de Floride, environ soixante-cinq kilomètres au sud de la ville, s'écoulant paisiblement dans un large lit de rivière. Aujourd'hui, une grande partie de l'eau est déviée, et l'eau réussissant à atteindre les zones humides est retenue, de telle sorte que ce vaste écoulement continuel est de l'histoire ancienne. Il existe un plan de restauration global des Everglades, qui répond à l'acronyme CERP, mais il a été remisé après une série d'accrocs politiques, et le changement climatique s'ajoute maintenant au nombre des obstacles. Les Everglades forment un écosystème d'eau douce ; et déjà, à la frontière sud du parc national des Everglades, l'eau est en train de devenir salée. Les cladiums en sont repli, et la mangrove avance. Dans les décennies à venir, il y aura probablement une demande de plus en plus forte pour l'eau douce qui restera. Comme le formule McVoy, « Vous avez trois gros groupes, l'agriculture, la population et les réserves naturelles, qui sont tous en concurrence pour les mêmes ressources. »

Le mieux à espérer du projet de restauration est qu'il prolongera la vie de la zone humide et, avec elle, du système d'eau potable de Miami. Mais on ne peut pas échapper à la géophysique. Précipitez les calottes polaires dans un « déclin irréversible », comme nous semblons de plus en plus certainement l'avoir fait, et il n'y aura pas de retour possible. Un beau jour, les Everglades, comme Shorecrest et Miami Beach et une grande partie du reste de la Floride du Sud, seront inondées. Et, si Hal Wanless a raison, on n'en est pas loin.

A mes yeux, l'étendue grise d'eau et d'herbe semblait complètement uniforme, mais Osceola, qui pouvait discerner les plus subtils marques dans le paysage, savait à tout moment exactement où nous étions. Nous nous sommes arrêtés pour manger des sandwichs sur une île suffisamment grande et sèche pour y installer une petite ferme, puis nous nous sommes arrêtés à nouveau à un site de mesures que McVoy avait installé dans la boue. Il y avait une boîte de matériel électrique sur pilotis et un panneau solaire pour fournir le courant. McVoy est descendu du bateau pour collecter des échantillons dans des bouteilles vide. La pluie a cessé, puis a repris.

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