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Billet de blog 18 août 2020

Le classement de Shanghaï, une obsession made in France

La nouvelle est tombée: l’Université Paris Saclay est classée 14ème université mondiale au classement de Shanghaï. L’occasion de faire le point.

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Première université française et européenne à paraître dans ce classement, la nouvelle a de quoi rendre fier dans les locaux de Saint Aubin la présidence de l’université. En cause: pour la première fois, la super-fusion académique dont elle a été « victime » est prise en compte dans le classement. L’université Paris Saclay n’existe qu’officiellement depuis le 1er janvier 2020, alors pourquoi un tel classement?

En cause: la méthodologie du classement de Shanghai. En effet, seule la performance de recherche des établissements est prise en compte: nombre de publications, de prix Nobel, de médaillés Fields… La recherche en sciences humaines et sociales n’est pas prise en compte, ce qui fait la part à cette université spécialisée en sciences dures. Le classement fait fi de toute prise en compte académique et étudiante: pas d’indicateur de la qualité de l’enseignement dispensé, de la qualité de la vie de campus, du coût de la vie étudiante…
Avec l’introduction au 1er janvier 2020 de grandes écoles comme l’ENS, CentraleSupélec ou AgroParisTech, et des instituts de recherche comme le CNRS, le CEA, l’INSERM, l’INRIA ; la nouvelle Université Paris Saclay s’assure une base solide de chercheurs associés, et donc fait gonfler artificiellement le nombre de publications qu’elle abrite. Mais d’où vient cette idée de super-fusion d’établissements?


Janvier 2008: le Plan Campus


En janvier 2008, le gouvernement Sarkozy lance le plan campus, qui a pour objectif de faire émerger 12 pôles universitaires d’excellence au niveau international. Le projet de super-établissement à Saclay obtient une dotation de 850 millions d’euros, qui est la plus grosse des douze dotations attribuées. Paris-Saclay reçoit une deuxième dotation Idex (Initiative d’excellence) de 950 millions d’euros en 2012: le plan de fusion est acté, et l’université Paris Saclay sera un établissement d’excellence ou ne sera pas. Sous un dispositif expérimental qui permet de déroger à la loi, le crash test de la future organisation de l’enseignement supérieur.

La question de l’École Universitaire Paris Saclay

Sous un dispositif expérimental voué à durer dix ans, la présidence en profite pour remettre une couche de sélection: pour monter encore plus haut, il faut lâcher du lest. L’idée de l’école universitaire est simple: regrouper les licences non sélectives, les DUT : en somme les losers de l’université, ceux qui font descendre le taux de réussite à cause du taux de redoublement que l’on connaît bien en première année. Le diplôme sera estampillé « École Universitaire Paris-Saclay ». De l’autre côté, ceux qui ont le droit d’obtenir un diplôme estampillé Université Paris Saclay sont ceux qui ont été sélectionnés: double diplômes de licence sélectifs, masters, doctorats.
La poursuite en master, elle, se voit menacée quand on a obtenu le diplôme sauce école universitaire: les étudiants dans des licences sélectives trustent les places et sont prioritaires sur les meilleurs masters. Des licences à deux vitesses: reprenant les mots de la présidente, Sylvie Retailleau « une licence TER et une licence TGV ».

Le nombre d’étudiants augmente chaque année, mais le budget par étudiant lui, baisse chaque année. Conséquence du manque de budget: une sélection par l’échec généralisée en France, mais l’université Paris Saclay va elle plus loin, en allouant les moyens nécessaires à la réussite d’études longues (qui mènent prioritairement vers un doctorat et sont adossées à la recherche, suivez mon regard…) à ceux qu’elle a sélectionnés dès Parcoursup. Une judicieuse économie et de quoi relativiser sur l’égalité des chances républicaine dans les prochaines années.

Les français mal classés, la faute au vieux système universitaire?

Le classement de Shanghai « a une importance considérable dans le débat public français, alors que ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, où les établissements universitaires sont pourtant très bien classés. Ni en Allemagne, où ils sont mal placés, pour des raisons similaires à la France. » selon Hugo Harari Kermadec, maître de conférences à l’ENS Paris Saclay.
Ce qui a entraîné des choix politiques franco-français de fusion d’établissements, c’est bien coupler un nombre croissant d’étudiants, un rayonnement international qui passe par un classement adossé à la qualité de recherche, un budget qui ne décolle pas et l’ambition de former à l’excellence le plus grand nombre. Pour résoudre ce casse-tête, la réponse gouvernementale a été la sélection, quand allouer plus de budget aurait été suffisant.

Au final on fait plus avec de moins en moins, et surtout, en favorisant, à terme, la reproduction sociale, et la polarisation sociale: d’un côté les favorisés dans les pôles d’excellence, de l’autre les « autres » dans l’université-licence ou dans les facultés non attractives, qui, elles, n’auraient pas fait le jeu de la concurrence inter-établissements française.

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