D'Alger à Paris

Ce vendredi 27 novembre 2015, aux Invalides, un hommage solennel rendu aux victimes des attentats de Paris, un recueillement chargé d'émotion , un discours brillant de François Hollande (même si je ne cautionne ni sa politique nationale, ni étrangère).

J'en pleure !

L'hommage d'une grande nation à un grand peuple !

Comme j'aurais aimé que les dirigeants algériens en fassent autant pour honorer la mémoire des victimes du terrorisme de la décennie noire en Algérie. Hélas quand on n'aime pas son peuple, on ne le respecte ni mort, ni vivant ! Pas étonnant que la terre algérienne ait enfanté tant de terroristes car le mépris, l'humiliation au quotidien engendrent d'abord la haine de soi, puis la haine des autres.

Aujourd'hui, je suis blessée, meurtrie pour ces 130 victimes, pour leurs familles, pour leurs amis,. Que de vies gâchées !

Au désarroi, au deuil, vient s'ajouter la douleur d'une plaie, que je croyais cicatrisée et qui saigne de nouveau en moi. Une hémorragie de questions: Qu'avons-nous fait en Algérie pour nos artistes, journalistes, écrivains assassinés par la barbarie ? Pour ces 200 000 âmes arrachées prématurément à la vie ? Qu'avons-nous dit à leurs proches ? Quelle consolation leur avons-nous apportée ? Quel soutien ? Quelle réponse à leurs questionnements ? Nous avons répondu majoritairement par la résignation, le silence, la fuite...

J'ai moi même répondu par la fuite, même si cela n'a pas été facile et aujourd'hui, j'ai mal, j'ai honte. Cette douleur, cette honte, je les porte comme une seconde peau partout où je vais. Elles m'ont suivie jusqu'en France, ce pays que j'aime (mon pays) qui m'a généreusement accueillie, offert la liberté de penser, d'agir, de choisir, m'a soignée, rassurée, consolée....... Je n'ai , cependant, jamais perdu de vue l'autre pays que j'aime, l'Algérie (mon pays) qui m'a vu naître, grandir , m'épanouir dans le quartier populaire, joyeux et chaleureux de Bab El Oued. De mes jeux de rue improvisés avec d'autres enfants mais aussi sur les bancs de l'école, qui se voulait malgré tout républicaine , j'ai acquis , je crois, les valeurs de solidarité et de simplicité entre les hommes !

Aujourd'hui, plus que jamais, j'ai le devoir (comme une seconde chance que m'octroie la vie), nous avons le devoir de ne rien lâcher, nous avons le devoir de vivre heureux, ensemble, malgré tout, pour nous, pour nos enfants, pour nos morts des deux rives de la Méditerranée, pour qu'ils cessent de mourir, pour hisser haut , et avant la mort, les couleurs de la vie !

Meriem Gouali Amrouche

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