Côte d'Ivoire : pas de réconciliation nationale sans sécurité

La Côte d'Ivoire multiplie les initiatives pour consolider la réconciliation nationale en misant notamment sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme. Preuve en est la récente nomination du général Vagondo Diomandé à la tête du ministère de la Sécurité et de la protection civile.

Alassane Ouattara l’a rappelé le 6 août, veille de l’anniversaire de l’indépendance ivoirienne : « La paix est l’héritage le plus précieux que le président Félix Houphouët-Boigny nous a laissé. Les turpitudes du passé sont derrière nous ».

Mais le chef de l’État a encore du pain sur la planche. Certes, « la Côte d’Ivoire est maintenant en paix », mais « pour que cette paix soit durable, il faut la sécurité, la sécurité de chaque Ivoirien », a-t-il ajouté. C’est sans doute à la lumière de ces déclarations qu’il faut analyser la nomination, le 4 septembre dernier, du général Vagondo Diomandé à la tête du ministère de la Sécurité et de la protection civile.

Chef d’État-Major particulier du président de la République depuis 2013, le général Diomandé est l'un des collaborateurs les plus fidèles d’Alassane Ouattara. Les deux hommes se connaissent depuis 1991, lorsque l’actuel président ivoirien était le premier ministre de Félix Houphouët-Boigny. « Le président Alassane Ouattara aime bien la loyauté. Le général vient d’être payé pour sa loyauté. Il a assuré avec brio [le poste de chef d’État-Major particulier] et aujourd’hui un grand challenge l’attend avec la sécurité de la population », analyse Dion Marc, cadre de Man (ouest).

La Côte d’Ivoire reste en effet vigilante face à la menace terroriste et aux risques sécuritaires. Même si elle « n’est pas aujourd’hui un pays cible, ce qui se passe dans le concert régional que nous connaissons montre qu’il y a toujours un risque », estime le ministre français de l’Intérieur, Christophe Castaner.

A l’issue d’une rencontre avec Alassane Ouattara, le 19 mai dernier, M. Castaner a annoncé que la France contribuerait à hauteur de 18 millions d’euros à la construction de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme. Selon les informations de RFI, celle-ci sera implantée à Jaqueville, près d’Abidjan, et comprendra une école à vocation régionale et un centre d’entraînement. L’Académie constituera également un centre d’analyse et de réflexion sur la menace terroriste dans la région.

Le rôle de la Côte d’Ivoire dans la lutte contre le terrorisme n’a cessé de s’amplifier ces dernières années. Considéré comme une « force sécuritaire incontournable en Afrique de l’Ouest », le pays a par ailleurs été désigné comme pôle de lutte contre le terrorisme par Interpol, dont le bureau pour l’Afrique de l’Ouest est implanté à Abidjan.

Conjuguer les efforts

La capitale économique ivoirienne abrite en outre la base des Forces françaises en Côte d’Ivoire (FFCI). Avec 900 militaires déployés, elles « constituent une plateforme stratégique, opérationnelle et logistique majeure sur la façade ouest-africaine aussi appelée base opérationnelle avancée (BOA) », explique le portail Info-Militaire. Récemment, la Côte d’Ivoire a annoncé le déploiement d’un nouveau contingent de 650 casques bleus pour une mission de paix au Mali. Cela porte à près de 800 le nombre de soldats ivoiriens « parfaitement opérationnels » sur le terrain, selon le colonel français Vincent Giraud.

C’est donc en toute connaissance de cause qu’Alassane Ouattara a fait part de ses réserves concernant les principaux dispositifs internationaux pour la stabilisation au Sahel : « Des pays voisins tels que le Burkina Faso et le Mali, le Niger et le Nigeria connaissent de graves difficultés. Ce sont des dossiers qui nous intéressent au plus haut point. Nous estimons que la Minusma (Mission onusienne au Mali) et le G5 Sahel ne suffisent pas. Nous devons trouver des moyens de coordination plus élargis et efficaces pour aider nos frères à combattre efficacement le terrorisme », a déclaré le président ivoirien en juin, à l’occasion d’un point de presse conjoint avec son homologue sénégalais, Macky Sall. Les deux chefs d’Etat ont annoncé avoir convenu de conjuguer leurs efforts pour combattre le terrorisme et l’extrémisme violent en Afrique.

Alors que l’engagement du Sénégal dans la lutte contre le terrorisme (y compris le terrorisme en ligne) est également salué par la communauté internationale, Macky Sall a insisté sur la nécessité de « développer des solidarités, mais également des synergies en matière de renseignement et de coopération sécuritaire » dans un « contexte marqué par l’insécurité et la présence grandissante des forces du mal », rapporte RFI.

La question de la paix est cruciale pour les Ivoiriens, qui doivent élire un nouveau président en 2020. Pour Alassane Ouattara, ce sera l’occasion de montrer qu’il a réussi à consolider la réconciliation nationale après la crise post-électorale qui a meurtri le pays en 2010-2011.

 

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