En Côte d'Ivoire, la réconciliation nationale se consolide

Les ayants droit des victimes de la crise post-électorale ivoirienne, provoquée par le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire d'Alassane Ouattara à la présidentielle du 28 novembre 2010, ont commencé à retrouver « le sourire », selon deux associations de victimes.

Personne n'a dit que la réconciliation nationale irait de soi en Côte d'Ivoire. Mais 8 ans après la crise post-électorale, qui a meurtri le pays et déchiré son unité, les efforts du président Alassane Ouattara à l'égard des victimes commencent à porter leurs fruits. Il y a quelques jours, la Plateforme des associations de victimes de Côte d'Ivoire (PAVCI) et l'Association des victimes du grand Ouest (AVGO) annonçaient d'ailleurs la tenue, au mois de mars prochain, d'une « cérémonie d'hommage au chef de l'Etat ivoirien pour ses bienfaits à l'endroit des victimes des différentes crises survenues » dans le pays. Car selon les responsables des deux organisations, Bruce Touohouli et Tieu Kapieu Paul, « le processus d'indemnisation à l'endroit des victimes se poursuit normalement, contrairement à certaines allégations que des personnes font croire ».

« Quelqu'un doit bien être responsable »

Il existe effectivement en Côte d'Ivoire des personnes qui n'ont pas intérêt à ce qu'Alassane Ouattara parvienne à pacifier le pays et à permettre à nouveau sa cohésion. Les partisans de son prédécesseur, Laurent Gbagbo, donnent de temps à autre de la voix pour tenter de ressusciter l'ancien chef de l'Etat dans la mémoire collective, alors que celle-ci préférerait tourner cette page sombre de l'Histoire nationale récente. Les victimes de la crise post-électorale de 2010/2011 – qui avait fait 3 000 morts – aimeraient cesser d'avoir les yeux rivés vers le passé, qui est pourtant revenu les hanter il y a quelques jours. Jugés devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité commis il y a 8 ans, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, son ancien ministre de la Jeunesse, viennent d'être libérés sous conditions restrictives.

Cette libération est considérée comme une « injustice... inadmissible » par un grand nombre d'Ivoiriens, qui après un premier verdict rendu mi-janvier, avaient manifesté contre une telle issue. Pour rappel, la crise était née du refus de M. Gbagbo de reconnaître la victoire de son rival, Alassane Ouattara, lors du scrutin présidentiel de 2010. Des vagues de crimes ainsi que de nombreux cas d'exactions s'étaient ensuite étalés sur 5 mois, envoyant d'ailleurs plusieurs dizaines de sympathisants du clan Gbagbo devant les tribunaux ivoiriens. Invité à réagir sur le verdict de la CPI, en marge du sommet de l'Union africaine (UA), les 10 et 11 février derniers, l'actuel président ivoirien a simplement dit espérer « que la justice fera la lumière sur [la crise]. C'est ce que les victimes demandent ». Car « quelqu'un doit bien être responsable de ces 3 000 morts », a-t-il ajouté.

« L'indemnisation des victimes se poursuit »

Tandis que le procès continue – la présidence ivoirienne ayant fait savoir qu' « il y aura sans doute appel au niveau du procureur [de la CPI] » –, l'exécutif s'attèle donc toujours à l'indemnisation des victimes. Il s'agit d'un vaste processus, lancé le 4 août 2015, destiné selon lui « à apporter le soutien et la compassion du gouvernement aux victimes et à promouvoir la réconciliation nationale et renforcer la cohésion sociale ». En 2016, la ministre de la Solidarité, Mariatou Koné, qui encadrait alors le processus d'indemnisation, avait lancé la première phase, concernant quelque 4 500 victimes (dont 1 000 blessés), et assuré que « toutes les victimes » soient « prises en compte », promettant d'autres « séances d'indemnisation ». Mme Koné a félicité également la prise en charge médicale et psychologique des victimes, louant la « mutualisation des efforts » du personnel soignant.

A ce titre, tout comme elles ont souligné le rôle important d'Alassane Ouattara dans l'indemnisation des victimes, la PAVCI et l'AVGO ont loué, dans leur déclaration publiée il y a quelques jours, la ministre de la Solidarité pour ses efforts consacrés au processus de réconciliation nationale. Cette réconciliation « n'a jamais connu d'arrêt », selon elles. « A ce jour, l'indemnisation des victimes se poursuit sur l'ensemble du territoire selon les modalités fixées [en 2015]. […] Aucune œuvre humaine n'est certes parfaite, mais il faut reconnaître tout de même les nombreuses actions de la ministre Mariatou Koné depuis que le chef de l'Etat ivoirien a décidé de [consacrer un ministère à l'indemnisation des victimes] », ont-elles indiqué, soulignant également un « bilan positif » qui a « redonné le sourire aux ayants droit de victimes ».

Une réconciliation nationale longue, douloureuse et qui commence tout juste à porter ses fruits.

 

 

 

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