En nommant Laurence Boone en conseillère économique,
quels choix économiques fait François HOLLANDE pour la deuxième partie du mandat ?
"Ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est la reconquête de la démocratie contre la technocratie : il faut en finir avec la tyrannie des "experts", style Banque mondiale ou F.M.I., qui imposent sans discussion les verdicts du nouveau Léviathan (les "marchés financiers", et qui n'entendent pas négocier mais "expliquer" ; il faut rompre avec la nouvelle foi en l'inévitabilité historique que professent les théoriciens du libéralisme ; il faut inventer les nouvelles formes d'un travail politique collectif capable de prendre acte des nécessités, économiques notamment (ce peut être la tache des experts , mais pour les combattre et, le cas échéant, les neutraliser."
Pierre Bourdieu - Discours aux cheminots grévistes, 12 décembre 1995
François Hollande a décidé de virer quelques uns de ses conseillers dont Emmanuel Macron qui avait été en tant que conseiller économique de l'Elysée et de François Hollande à l’origine des idées comme le CICE et le pacte de responsabilité.
Pour le remplacer François Hollande fait appel à Laurence Boone qui n'est pas une inconnue du microcosme de la finance et des banques puisqu'elle était rien de moins que chef économiste Europe de la Bank of America Merrill Lynch et de plus livrait des chroniques au journal L'Opinion dont tout le monde sait qu'il est franchement de droite libérale.
Dans les milieux autorisés, on s'autorise à penser que c'est là une excellente nouvelle, les éditocrates de la finance s'en donne à coeur joie.
Il faut dire qu'elle a tout pour plaire aux libéraux de plateaux que BFM Business et ailleurs, qui sont en transe. Laurence Boone n'a t-elle pas tiré à boulets rouges sur la politique économique de Hollande à travers sa tribune « Arrêtons le massacre » le 26 Mai 2014 (1) ?
Voilà ce qu'elle écrivait le 26 mai, il y a tout juste 15 jours :
"L'absence totale de politique économique, qui va conduire la France dans 3 ans à mettre droite et gauche classiques au 3e rang derrière le FN. Les choix de politique économique sont quasiment inexistants. La déclaration de politique générale de Manuel Valls l'annonçait (...) Les réductions de dépenses sont un énième coup de rabot synonyme de non-choix"
Bref, après deux déculottées aux élections municipales et européennes, François Hollande, avec une popularité à 15%, au lieu de se tourner vers le coeur de son électorat, les classes populaires, qui se considère oublié depuis 2 ans, préfère faire appel à une libérale bon teint pour le conseiller d'aller plus vite?
Après tout, que le FN soit en tête aux élections avec un fort vote des classes populaires, ne semble pas du tout émouvoir l’Elysée puisque ce qu'il change ce sont des conseillers dont le conseiller éco en choisissant une libérale la plus libérale qu'il soit.
Laurence Boone le conseillera certainement de continuer à saigner à coup de milliards encore les Français pour absolument respecter les fameux 3% de déficit du traité de Maastricht après lesquels on court éperdument .... comme si la vie des Français n'était pas plus importante que quelques milliards de déficit en plus ou en moins?
Sans doute France Hollande préfère limiter les petites retraites et ne pas donner de coup de pouce au SMIC et dans le même temps exonérer de quelques 40 milliards les patrons de charges sociales diverses et variées, après tant d'espérance du peuple de gauche !!
Le compte n'y est pas, même si il vient de s'apercevoir tardivement des conneries de Moscovici et Ayrault qui ont soumis à l'impôt sur le revenu tant de centaines de milliers de personnes aux revenus modestes.
Alors du coup le voilà qui fait un rétropédale pour plus de 3,5 millions de personnes qui verront leur impôt supprimé ou baissé, en clair, revenir à la situation précédente avant les méfaits de Moscovici.
Franchement je pense qu'on attendait autre chose d'un président de gauche et d'un gouvernement du même bord.
Alors qu'ils acquiescent à la politique menée me semble parfaitement incompréhensible même si l'un et l'autre se démènent comme ils peuvent pour faire avancer leurs idées au sein du gouvernement et de leur ministère.
En conclusion, ce qu'on retient des 2 ans de Hollande à l'Elysée c'est :
- au moins 35% d'impôts en plus en 2 ans,
- un chômage galopant,
- des cadeaux au patronat (ANI, CICE, Pacte de responsabilité),
- la suppression des heures sup défiscalisées,
- la fiscalisation des moins aisés,
- la chasse aux Roms
- quelques mesures sociétales
- ..... mais encore ?
Et voilà maintenant que, cerise sur le gâteau, Hollande souhaite voir l'UMP chiraquien Jacques Toubon comme défenseur des droits ...... lui qui a voté contre la dépénalisation de l'homosexualité en 1981 et contre l'abolition de la peine de mort ..... Cette nomination m’afflige encore un peu plus !
(1) Une chroniqueuse de l'Opinion nommée à l'Elysée
La chef économiste Europe de Bank of America Merrill Lynch a été nommée mardi conseillère économie et finances du chef de l'Etat. Retrouvez ici sa chronique du 26 mai dernier où elle critiquait l'absence de politique économique de la France
Arrêtons le massacre
Par Laurence Boone @LaurenceBoone
Publié le lundi 26 mai - L'Opinion
Un bilan économique désastreux. Voilà cinq ans que la crise financière, puis la crise des dettes souveraines a eu lieu. Et où en est-on aujourd’hui ? Le PIB a à peine retrouvé son niveau de 2007 et la croissance est aux abonnés absents. Le taux de chômage est enlisé à 10,4 %. Le pouvoir d’achat, malgré une inflation ultra-basse, stagne. La dette est au niveau record de 92 %, tout comme les prélèvements obligatoires à près de 45% du PIB, alors que les dépenses restent à plus 57 %. Dans le même temps, l’ensemble de la zone euro progresse légèrement, même les pays du Sud récupèrent, quittant un à un la férule du FMI. Le problème ? L’absence totale de politique économique, qui va conduire la France dans 3 ans à mettre droite et gauche classiques au 3e rang derrière le FN.
Les choix de politique économique sont quasiment inexistants. La déclaration de politique générale de Manuel Valls l’annonçait : c’est un programme qui ne vise ni à soutenir la demande à court terme, ni à élever le potentiel de croissance de long terme. Sur le court terme, les marges de manœuvre sont certes limitées : il n’est pas question d’une relance budgétaire. Mais il ne faut pas croire non plus qu’une politique plus expansionniste de la Banque centrale européenne est la clé de la reprise. La politique monétaire peut faire deux choses : stimuler le crédit avec des taux plus bas, espérer que cela fasse baisser un peu l’euro. Les taux sont déjà extrêmement bas en France. Le problème est que ni les ménages, plombés par les perspectives d’emploi, ni les entreprises, anxieuses du manque de consommation, n’ont envie d’emprunter, que ce soit pour financer un logement ou des investissements.
Quant aux choix pour le long terme : ils sont absents du discours de politique économique, comme le reflète le plan d’économies du gouvernement. Les réductions de dépenses sont un nième coup de rabot synonyme de non choix : coup de rabot sur les dépenses, gel des points d’indice des fonctionnaires et gel des prestations. Jusqu’à quand ? Jusqu’à ce que salariés de la fonction publique et bénéficiaires des prestations sociales se révoltent et descendent dans la rue ? Et là, on desserrera la corde, comme vient de le faire le gouvernement sous la pression des députés, pour resserrer deux boulons ailleurs. Mais les projets de réforme de la formation professionnelle abandonnés, les projets de modernisation du système social absents, les perspectives industrielles se résument a des combats d’arrière-garde pour empêcher la réorganisation de certaines entreprises. Quant aux reformes des deux premières années... Celle de l’éducation s’est arrêtée net (mais qui essaie d’orienter efficacement les élèves quel que soit leur niveau ?), celle du logement sera inversée, tellement ses effets ont été spectaculaires : effondrement des demande de permis et des mises en chantier.
Sans changement de politique économique, sans présentation d’une stratégie économique crédible, parce que détaillée, argumentée, avec des objectifs chiffrés réalistes, la France dans trois ans, c’est 3 millions de chômeurs, 3-4% de déficit, une dette à 100% du PIB, des jeunes très diplômés qui continuent de s’installer à l’étranger...
Laurence Boone est membre du Cercle des économistes et directrice des études économiques pour l’Europe à Bank of America Merrill Lynch.