Le limogeage du préfet Nacer Meddah soulève des questions

Le limogeage « précipité » de Nacer Meddah, préfet de la région de Franche-Comté, mercredi en conseil des ministres, laisse un goût amer à de nombreux élus de la région. Nommé à ce poste le 19 avril 2010, il sera remplacé par Christian Decharrière ancien directeur de cabinet d'Eric Besson au ministère de l'immigration.

Le limogeage « précipité » de Nacer Meddah, préfet de la région de Franche-Comté, mercredi en conseil des ministres, laisse un goût amer à de nombreux élus de la région. Nommé à ce poste le 19 avril 2010, il sera remplacé par Christian Decharrière ancien directeur de cabinet d'Eric Besson au ministère de l'immigration.

La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans la capitale régionale où Nacer Meddah avait fait très bonne impression en très peu de temps. Plusieurs personnalités politiques de gauche notamment ont déploré ce départ et la manière de procéder. Ils trouvent cette décision comme une sanction. Car le Préfet Meddah a établi des liens forts avec eux, des liens non partisans. Ce qui lui a valu, semble-t-il, d’être soupçonné de sympathies avec la gauche.

Comme beaucoup d’élus de la région, le président de l’association des maires ruraux du Doubs, Daniel Cassard, maire de Belmont, a tenu à réagir dans un communiqué à ce départ prématuré du préfet déclarant que: « L’Association des maires ruraux du Doubs regrette le départ de M. Nacer Meddah, préfet de la région de Franche-Comté, préfet du Doubs. Nous avions trouvé en ce haut fonctionnaire de l’État, un homme de dialogue avec les élus de base que sont les maires. Une volonté réciproque de travailler pour le développement de nos territoires s’était affirmée et suscitait beaucoup d’espoir. Les élus du département et de la région regrettent ces changements répétés de préfets qui laissent peu de temps aux personnes en place pour entreprendre et mener à bien conjointement avec les collectivités territoriales et locales de grands projets ».

Brillant étudiant, Nacer Meddah, , réussit à intégrer l'ENA, puis les Cabinets ministériels, avec Elisabeth Guigou, puis la cour des comptes dont il a été secrétaire général adjoint. Il a été également à l'Elysée aux côtés de Bernard Bajolet, coordinateur national à la sécurité. En 2006, il a été nommé préfet pour la première fois dans le département de l'Aube. En décembre 2008, il est affecté en Seine-Saint-Denis. Un peu plus d'un an après, il est remplacé pour être envoyé en Franche-Comté.

« Nacer Meddah était-il considéré comme trop ouvert sur les questions sociales, ce qui aurait pu hérisser le poil de certains élus UMP ? » se demande un journal local, qui note aussi qu’« à la veille des cantonales, le Préfet s’était montré conciliant avec les collectivités locales de gauche qui ont salué l’ouverture dont il faisait preuve ». Difficile de savoir. Mais le député socialiste du Doubs, Pierre Moscovici, le confirme : « il s'agit d'un limogeage politique voulu par les députés UMP de la région ».

Même « regrets » du côté du président socialiste du Conseil général du Doubs et sénateur Claude Jeannerot sur cette annonce du départ du préfet. Il s'est dit, lui aussi, étonné dans un communiqué « d'une telle décision qui entraîne le remplacement du représentant de l'Etat au bout de sept mois, alors que la continuité est nécessaire à la gestion ». « Cette méthode erratique ne traduit-elle pas une forme de désinvolture à l'égard des territoires et des élus locaux ? », s'est-il interrogé, appuyant le « sens du dialogue », « de l'écoute et de la concertation » du préfet Meddah, qui avait « pris soin d'organiser des rencontres régulières avec les responsables politiques, économiques et sociaux de notre département ».

En revanche pour les élus UMP dans la région, à l'image par exemple d'Edouard Sassard et Michel Omouri, eux, disent regretter «l’attitude déplacée de certains élus» qui « politisent inutilement le débat». Affirmation qui n’est pourtant pas de l’avis de cet autre élu UMP , Marcel Bonnot, député UMP du Doubs, qui ne cache pas son malaise. Et il affirme même « apprécie[r] peu cette brutalité dans le changement » qui « reste inexpliquée ». Selon le député Marcel Bonnot, Nacer Meddah avait « pris la mesure des hommes et des territoires sans esprit partisan ». Ce qui a pour nom : l’impartialité de l’Etat.

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