Sortie du nucléaire : quel avenir pour l’emploi ?

Avec 58 réacteurs répartis sur 19 sites nucléaires, la France dispose du parc nucléaire le plus important du monde en proportion de sa population. Jusqu’à quand ? Alors que certains prônent la sortie de l’atome, les conséquences sur l’économie et l’emploi inquiètent, surtout en région.

A quelques mois des échéances électorales, on entend à nouveau des voix qui promettent la fin du nucléaire, et cela sonne comme une vieille musique trop connue pour émouvoir. En 2012, François Hollande s’engageait en effet à réduire de 50 % la part du nucléaire dans la production d’énergie française, et promettait de fermer la centrale de Fessenheim avant « la fin de l’année 2016 ».

Mais la plus vieille centrale nucléaire de France est toujours active et le spectre de sa fermeture semble devoir s’éloigner un peu plus chaque jour. En outre, s’il est vrai que la loi de transition énergétique prévoit la réduction de la part du nucléaire dans la production d’électricité de 75 % à 50 %, l’atome garde un avenir en France, comme le confiait Ségolène Royal à L’Usine nouvelle en 2015. « L’énergie nucléaire est un atout […] Elle nous permet de réaliser la transition énergétique, car […] elle assure une sécurité énergétique », affirmait la ministre de l’Environnement à l’hebdomadaire.

Le groupe EDF l’a compris, qui investit massivement dans le parc nucléaire hexagonal tout en mettant le turbo sur les renouvelables. L’électricien s’apprête à investir quelque 55 milliards d’euros d’ici à 2025 dans son programme « grand carénage », qui doit rendre possible l’exploitation des centrales nucléaires au-delà de 40 ans. Mais les ambitions du groupe en matière d’énergies renouvelables n’en sont pas moins importantes. Dans le cadre de sa stratégie CAP 2030, il espère doubler la puissance installée nette dans ce domaine, passant de 28 GW à plus de 50 GW en moins de 15 ans.

Deux millions d’emplois fragilisés en cas de sortie du Nucléaire

Mais si les acteurs de la filière nucléaire continuent à miser sur l’avenir de cette énergie, ce n’est pas seulement parce qu’ils considèrent qu’elle n’est pas contraire aux objectifs de la transition énergétique, mais parce qu’elle reste un grand actif industriel de la France. Ainsi, dans une étude de 2014, l’Insee souligne « l’inscription territoriale » de la centrale nucléaire de Fessenheim et alerte sur les conséquences négatives de sa fermeture sur l’emploi dans la région. Selon l’organisme de statistique, l’arrêt de la centrale affecterait près de 2 000 emplois et pourrait influer de manière négative sur les revenus de plus de 5 000 personnes.

Et Fessenheim n’est pas de ce point de vue un cas isolé. Toujours selon l’Insee, les sites du Tricastin et de Marcoule ont quant à eux « un impact important sur plus de 200 communes ». Le tissu économique local se voit ainsi renforcé par une industrie qui emploie directement 125 000 personnes sur l’ensemble du territoire français. Pour Areva, « en prenant en compte les emplois indirects ainsi que les emplois induits par le pouvoir d’achat des employés, le secteur soutient au total 410 000 emplois, soit près de 2 % de l’emploi français ».

Une éventuelle sortie du nucléaire a dès lors tout pour inquiéter les Français. L’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden) voit encore plus grand, estimant à deux millions le nombre d’emplois qui seraient fragilisés dans l’Hexagone en cas d’abandon de l’atome. Le syndicat prend en compte dans ses calculs « les emplois directs, indirects et induits (industriels ou de services) des principaux secteurs sensibles au prix de l’électricité », comme la métallurgie, la chimie, le verre ou le papier.

Il est vrai que certains espèrent que la fin de l’atome puisse créer à son tour de nouveaux postes. C’est notamment le cas de Jean-Luc Mélenchon, qui affirmait sur le plateau de « L’Emission politique », le 23 février 2017, que « 700 000 emplois seront crées par la sortie du nucléaire ». Un chiffre optimiste, que contredit l’étude de l’International Renewable Energy Agency (IRENA) selon laquelle les créations d’emplois dans les énergies renouvelables connaissent une forte progression sur le continent asiatique, mais accusent déjà un léger ralentissement dans l’Hexagone.

En effet, alors que ce secteur employait plus de neuf millions de personnes dans le monde en 2014, la France ne comptait plus que 176 000 salariés, contre 184 000 en 2012, soit un recul de 4 % en deux ans. Une tendance qui devrait se prolonger avec la baisse des investissements et le fléchissement des politiques gouvernementales incitatives.

Le nucléaire, en revanche, continue de créer de l’emploi et stimule le développement d’un tissu économique local. Comme le souligne Areva, « certaines régions ont développé des compétences spécifiques, comme le Rhône-Alpes dans l’enrichissement de l’uranium ou la Bourgogne dans la fabrication des gros composants pour réacteurs ».

A Fessenheim, « aucun moteur d’emploi ne se dégage naturellement pour remplacer la centrale », reconnaît l’Insee. Une fois la centrale fermée, « les piliers de l’emploi de la zone deviendraient deux entreprises de transports à Ensisheim et Algolsheim, la prison, la mairie, l’hôpital et le collège d’Ensisheim, et le supermarché de Fessenheim », ajoute l’organisme.

L’Insee n’a sans doute rien contre le collège d’Ensisheim ou le supermarché de Fessenheim, et encore moins contre les énergies renouvelables. Mais les régions françaises auront besoin d’une industrie autrement plus puissante et stable pour assurer des emplois et un niveau de vie digne à leurs habitants.

 

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