2666, de Roberto Bolaño, chef-d’œuvre apocalyptique et utopique #1

Début d’une étude, en trois parties, du chef-d’œuvre posthume de Roberto Bolaño, 2666, roman prophétique, rêverie hallucinée sur 100 ans d’Histoire occidentale, plongée au cœur du mal, et vision d’une réponse utopique, onirique et poétique à celui-ci. Aujourd'hui : Le roman-frontière d’un monde globalisé, de la Seconde Guerre Mondiale jusqu'aux charniers du féminicide de Ciudad Juarez.

« Si hemos de pecar de convencionales, écrit Jorge Volpi, convengamos con que la edad de oro de la literatura latinoamericana comienza en los sesenta, cuando García Márquez […] pregunta: qué vamos a hacer esta noche? Et que Fuentes […] responde: lo que todas las noches, Gabo, conquistar el mundo. Y concluye, cuarenta años más tarde, en 2003, [con] ese monstruo o esa quimera o ese delirio que se llamara, desafiantemente, 2666 » [1]. On ne pouvait mieux mettre en lumière l’importance de cette œuvre majeure de la littérature hispano-américaine (et, sans doute, universelle) du XXIe siècle qu’est le roman auquel Bolaño a consacré ses dernières années, et qui soulève des problématiques fondamentales relatives à la fois à l’histoire littéraire et à la crise sociétale (économique, sociale, politique, culturelle) que traverse l’occident postmoderne -ce début d'année 2018, et les mois qui ont précédé, nous l'ont assez prouvé.

Fait assez inédit dans l’histoire de la littérature, ce roman se pense en effet lui-même comme dernier roman du XXe siècle et comme roman annonciateur des œuvres à venir au XXIe siècle, œuvres que les romans d’Archimboldi, dont nous ignorons tout et qui sont « comme en suspension dans la littérature universelle » (comme dirait Marcel Bénabou[2]), incarnent ; une littérature qui est comme ce géant que le prisonnier à perpétuité Klaus Haas sent approcher de Santa Teresa depuis sa cellule, et dont les pas immenses se font entendre.

2666 est ainsi la mise en scène démentielle, par un narrateur comme venu du futur (et qui n’est pourtant que le héros de Los detectives salvajes, Arturo Belano) des derniers jours du monde, récit nécessaire à la recréation de l’épopée du siècle nouveau. En cela, on pourrait dire qu’elle vient déjà après la postmodernité, au sens où elle la résume et la dépasse. Car la littérature d’Archimboldi, tout comme les délires vertigineux d’Amalfitano, qui réitère un geste de Duchamp, sont les représentants d’un idéal dont les héros positifs du roman, d’une façon ou d’une autre, finiront pas être les dépositaires, le couple formé par le noir Oscar Fate et la Chileno-espagnole Rosa, fille d’Amalfitano, avant tout autres.

Ils sont une incarnation de la culture dans un monde qui a oublié ce qu’est réellement la culture : à savoir une éthique, une aventure, une leçon de courage et un saut dans l’abîme.

Ce qui sera l’objet de mon étude en trois parties. Aujourd’hui :   

Le roman-frontière d’un monde globalisé, de la Seconde Guerre Mondiale au féminicide de Ciudad Juarez, au Mexique

Oscar Fate, le journaliste noir de la troisième section de 2666, ambitionne de faire un reportage sur Santa Teresa qui serait comme « un retrato del mundo industrial en el Tercer Mundo …, un aide-mémoire de la situación actual de México, una panorámica de la frontera, un relato policial de primera magnitud, joder »[3]. De même, on peut lire dans le roman de Bolaño une volonté de retranscrire par la fiction, avec des emprunts constants à la non-fiction, toutes les particularités économiques et sociales d’une ville perçue comme le symbole même des excès et des travers du monde postmoderne, dont le Mexique serait le plus extrême des bas-fonds, au travers d’une vaste fresque sociale que la critique Cecilia Lopez Badano a pertinemment rapproché des travaux du muralisme mexicain [4].

Mais, avant toute chose, il va sans doute nous falloir faire un résumé (si la chose est seulement possible) de l’œuvre, afin de mieux saisir en quoi elle se veut un ambitieux et exhaustif portrait de la postmodernité –quand Los detectives salvajes était l’épopée d’un projet haut-moderniste agonisant, celui de l’infrarréalisme.

2666 est composé de cinq romans plus ou moins indépendants. Le premier, La partie des critiques, qui par moment semble parodier les « romans universitaires » de David Lodge (Un tout petit monde ou Jeu de société par exemple, qui situent leur action dans des campus) traite de quatre critiques donc, Jean-Claude pelletier (français), Piero Morini (italien), Manuel Espinoza (espagnol), et Liz Norton (anglaise), tous traducteurs et spécialistes de l’œuvre du mystérieux écrivain allemand Benno von Archimboldi, et qui se rencontrent pour la première fois lors d’un colloque à Brême, en 1994. Ils deviennent amis ; un triangle amoureux se forme même entre l’Anglaise, le Français et l’Espagnol. Ayant appris, grâce à un jeune thésard mexicain, qu’un policier surnommé le Porc (El cerdo) avait aperçu leur auteur, dont personne ne semble connaitre le visage, à Santa Teresa, ils s’envolent (sauf Morini, qui est malade et en fauteuil roulant) vers le Mexique où ils échouent dans une ville en proie à des crimes atroces. Ils sont accueillis par un universitaire chilien au comportement bizarre, Amalfitano, et commencent eux aussi à sombrer dans une étrange folie, alimentée par l’ennui et le mezcal.

Dans la deuxième section, La partie d’Amalfitano, assez courte et construite comme une nouvelle fantastique, nous assistons à la lente dégradation mentale d’un professeur, Amalfitano donc, venu s’installer au Mexique avec sa fille de dix-sept ans, Rosa, après s’être séparé de sa femme (qui était elle aussi devenue folle). Peu à peu il se met à entendre une voix et, entrant en plein happening dadaïste, à dresser d’étranges listes d'apparence délirante, composées de noms de philosophes, et accroche à sa corde à linge un livre de géométrie.

La partie de Fate, la troisième section, est un Roman Noir (avec des emprunts à la Blaxploitation) dont le personnage principal, Oscar Fate, est un journaliste Noir de trente ans qui, travaillant pour un périodique « de frères » new-yorkais, est chargé d’aller suivre un match de boxe à Santa Teresa après la mort du chroniqueur sport. Mêlé, de fil en aiguille, aux milieux mafieux de la ville, aux côtés de la journaliste du DF Guadalupe Roncal, il rencontre Rosa Amalfitano, qui elle aussi fréquente ces individus crapuleux et dangereux. Une histoire d’amour se tisse entre les deux jeunes gens, qui finissent par s’enfuir de la ville, étant sous le coup d’une sourde menace reliée d’une façon ou d’une autre aux meurtres de femme de Santa Teresa ; ils vont d’ailleurs voir dans sa prison le prisonnier Klaus Haas, injustement accusé de tous les crimes, avant de partir pour les États-Unis.

La quatrième section, La partie des crimes, est la plus terrible, parfois jusqu'à l'insoutenable : consacré au féminicide de Santa Teresa / Ciudad Juarez, avec des emprunts à la littérature policière et au thriller, elle relate un par un tous les crimes, de janvier 1993 (Esperanza Gomez Saldaña) jusqu’à la victime retrouvée le jour de noël de 1997. En parallèle, d’autres histoires sont développées : celle de Lalo Cura, jeune homme entré à la police et qui, en duo avec le flic Epifanio Galindo, gravite autour des personnages ambigus que sont Pedro Negrete, chef de la police, et Pedro Rengifo, narcotrafiquant ; de Sergio Gonzalez, journaliste envoyé par le journal El Razon ; de Juan de Dios Martinez, inspecteur au début chargé d’enquêter sur l’affaire d’un profanateur d’église, qui vient uriner dans tous les lieux sacrés de la ville ; de Elena Campos, directrice d’un hôpital psychiatrique qui devient l’amante de l’inspecteur ; de l’enquêteur intriguant Harry Magaña ; d’Albert Kessler, célèbre profiler du FBI venu donner son opinion sur le féminicide ; de la députée Esquerel Plata ; de Florita Almada, une voyante illuminée, et des femmes activistes du MSDP, un groupe qui réclame que cesse l’impunité des crimes ; mais surtout de Klaus Haas –et de son avocate-, un Allemand dirigeant un magasin informatique qui, suspecté d’être le cerveau du féminicide, est arrêté et retenu dans la grande prison de Santa Teresa, où il assiste à l’horreur carcérale mexicaine (viols, meurtres, guerre des gangs), noue des liens avec des trafiquants de drogue et s’efforce de se battre afin de faire éclater la vérité et prouver son innocence.

Dans la dernière section, La partie d’Archimboldi, nous suivons la vie d’Archimboldi, de son vrai nom Hans Reiter, né en Prusse en 1920, d’une mère borgne et d’un père resté estropié par la guerre 14-18. Il a une petite sœur, Lotte, qu’il adore. Hans arrête ses études en 1933, et entre comme domestique dans la maison du baron Von Zumpe, se liant d’amitié avec le neveu de ce dernier, Hugo Halder. En 1936, la maison ferme et, après avoir vivoté comme travailleur précaire de-ci de-là, il finit par être employé dans une papeterie à Berlin, avant d’intégrer l’armée. Il est envoyé sur différents fronts, en Allemagne et en Hongrie, et arrive finalement dans les Carpates, où il assiste notamment à un mystérieux rassemblement de haut gradés nazis et revoit la baronne Von Zumpe, fille de son ancien employeur, qui est la maîtresse du célèbre général Roumain Entrescu. Bientôt déserteur, il se retrouve dans le petit hameau de Kastejino, sur les rives du Dniepr, dont les habitants ont été éliminés par le passage d’un détachement de l’Einsatzgruppe C, et où il découvre le journal d’un écrivain juif, Boris Abramovitch Ansky, né en 1909 –journal qu’il apprend par cœur. Revenu en Allemagne à la fin de la guerre, il est retenu par les américains dans un camp de prisonniers allemands, où il étrangle Léo Stammer, un homme qui lui avait confessé avoir fait exterminer plusieurs dizaines de juifs dans le village qu’il dirigeait. Resté à Berlin il décide de devenir écrivain et rencontre Ingeborg Bauer, qu’il épouse. Ses livres sont finalement édités par la prestigieuse maison d’édiction hambourgeoise de M. Bubis, dont la femme, qui  devient son amie (et son amante), n’est autre que la baronne Von Zumpe. Il se fait désormais appeler Archimboldi et, avec sa femme gravement malade, il part sur les routes d’Europe, jusqu’en en Italie où Ingeborg meurt en se noyant dans l’Adriatique ; à partir de là, il mène une vie errante, écrivant ses romans dans des endroits divers et exerçant notamment le métier de jardinier. Cependant, un jour, sa sœur reprend contact avec lui et le tient au courant de la situation tragique de son fils, le neveu d’Archimboldi donc, qui n’est autre que Klaus Haas. L’écrivain s’envole donc vers Santa Teresa.                           

On le voit, le récit de 2666 (par ailleurs traversé de plusieurs dizaines d’incises plus ou moins anecdotiques), qui s’étend de 1920 à 1997, plonge ses racines très profondément dans l’histoire occidentale ; et dans cet ordre d’idée, le fait que Hans Reiter arrête l’école, signant ainsi le début d’une vie accidentée qui le mènera jusqu’au métier d’écrivain, l’année de l’accession de Hitler à la chancellerie, est loin d’être anodin.

Ce récit s’articule autour de deux puits, deux « soleils noirs » : l’œuvre d’Archimboldi, à laquelle nous nous intéresserons plus loin, et Santa Teresa, reflet exact de Ciudad Juarez, ville-frontière typique soumise aux lois de la globalisation économique et des deux purs produits de cette globalisation que sont d’une part le libéralisme sauvage des maquiladoras et des bidonvilles, d’autre part les cartels de narcotrafiquants, revers illégal de la médaille capitaliste, à en croire des sociologues comme Bauman ou François de Bernard.

Carlos Burgos Jara, dans son article intitulé Los Crimenes de Santa Teresa : Estado, globalizacion y mafia en 2666, insiste très justement sur l’importance que prend ce contexte globalisé dans le récit posthume de Bolaño. Il écrit ainsi, à propos des cadavres de femmes, véritable révélateur des forces à l’œuvre au cœur de l’époque postmoderne et moteur dans le roman de la reprise des codes du genre policier : « Esos cuerpos con frecuencia apuntan, como señala el mismo Bolaño, a la proyección de un retrato del mundo industrial mexicano, una panorámica de la problemática situación de la frontera y los múltiples actores que confluyen ella, un relato policial de primera magnitud porque justamente apuntan a la culpabilidad de uno o varios sujetos. 2666 es, a su manera, un relato policial también, pero cuyo énfasis no está en la búsqueda del culpable, sino más bien en el espacio donde se inserta la narración, en indagar las redes que lo constituyen. También, como puede verse desde el titulo, su énfasis está en la dimensión temporal, la manera en que el nuevo siglo se abre y se proyecta en la ciudad fronteriza » [5].

Protagoniste principal de 2666, tout comme le DF de Mexico l’est de Mantra, Santo Teresa constitue donc, en fait, plus que l’arrière-plan de l’œuvre, sa structure même et l’horizon herméneutique de la narration –au sens où tout converge vers elle, et qu’elle est ce qui relie entre eux toutes les bribes de récits, qui se déroulent de façon semble-t-il indépendante. De façon encore plus ambitieuse que Los detectives salvajes, qui se concentrait sur le parcours finalement tragique d’une poignée de jeunes gens porteurs du rêve avant-gardiste, 2666 retrace ainsi l’évolution de la modernité dans son ensemble, jusqu’à cette métaphore organique de la postmodernité qu’est Ciudad Juarez, un lieu semblable à l’enfer pour Bolaño. Avec un souci constant de ne pas sombrer dans l’abstraction formaliste, en suivant au plus près les destinées individuelles des habitants confrontés au féminicide, le chilien tente de construire une chronique journalistique, très documentée, destinée à dévoiler (de façon très benjaminienne) les dynamiques constitutives du XXe siècle finissant.

Ciudad Juarez / Santa Teresa est très représentative de la crise culturelle et politique du postmodernisme : à partir des années 1980 et 1990 en effet, l’État mexicain décide de répondre aux crises économiques auxquelles il a été confronté du fait des politiques libérales « d’endettement productif » en établissant des zones franches sur ses frontières, jouant sur les perspectives offertes par la signature de l’ALENA, un traité dans la droite ligne des théories néolibérale. Les USA purent ainsi profiter de la main-d’œuvre mexicaine bon marché rassemblée dans les maquiladoras, tirant parti d’espaces dérégularisés où toutes les mesures publiques vont dans le sens d’une défense accrue des droits du capital financier et d’une restriction drastique des droits du capital humain. Ceci, en somme, soulignait un retour en force des méthodes des dictatures du Cône Sud, notamment celles du Chili de Pinochet et de son économie dictée par le FMI, qui avaient renforcé et même institutionnalisé l’alliance entre les pouvoirs militaires anti-démocratique et le nouvel ordre économique.

Les Cartels, dont l’essor avait déjà été favorisé par les accords passés avec le PRI (qui s’effondre en 2000, laissant de nombreuses régions en proie au pouvoir des cartels), surent bien entendu profiter de cette situation de non-droit, se substituant à une autorité étatique ayant renoncé à bon nombre de ses prérogatives.

Ces logiques ont ainsi fait de Ciudad Juarez un lieu propice à la violence ; toutes choses que Bolaño décrit avec précision dans 2666. En reconstituant la vie des victimes du féminicide, il permet au lecteur de se rendre compte de ce en quoi consiste l’existence des travailleuses de la ville-frontière, dont bon nombre sont venues d’Oaxaca ou Zacatecas, villes touchées par un fort taux de chômage (notamment pour les femmes), afin de profiter du plein-emploi permis par la déréglementation. « A principios de noviembre, peut-on ainsi lire, mataron a Maria Sandra Rosales Zepeda, de treintaiun años, que solía prostituirse en las aceras del bar Pancho Villa. Maria Sandra había nacido en un pueblo del estado de Nayarit y a los dieciocho años llego a Santa Teresa, donde trabajó en la maquiladora Horizon W&E y en El Mueble Mexicano. A los veintidós años empezó a hacer de puta » [6].

D’un autre côté, en montrant ces meurtres du point de vue de l’enquête menée par la police, la plupart des personnages de la troisième partie étant des policiers, Bolaño met également en lumière les liens de ces derniers avec les narcotrafiquants, eux aussi nombreux dans le roman, leur corruption, leur incapacité, mais aussi leur culture violente et machiste (qui est au demeurant celle du pays dans son entier), comme dans cette scène éprouvante durant laquelle ils se racontent des blagues affreusement sexistes : « En cuantas partes se divide el cerebro de la mujer? Pues depende, valedores! Depende de qué, González? Depende de lo duro que le pegues… O bien decía: las mujeres son como las leyes, fueron hechas para ser violadas. » [7].

Ces blagues, loin d’être anodines, semble vouloir signaler l’auteur, signent en fin de compte la fin, dans la vulgarité, la bêtise et l’ignorance, d’une culture occidentale empêtrée dans une époque  qui trouve sa parabole la plus funeste à Santa Teresa, miroir du XXIe siècle et de son fracassant échec éthique, de Auschwitz jusqu’au féminicide.

Roman-frontière à la lisière entre fiction et descriptions historiques et sociologiques exhaustives, à la manière des œuvres de l’allemand W. G. Sebald, que Bolaño admirait, 2666 est donc, dans sa démesure même et son aspect fragmentaire, l’image saisissante d’un XXIe siècle dans lequel s’entremêlent d’une part les vestiges disparates de l’histoire du XXe, et de l’autre de nouvelles dynamiques qui ont toutes pour particularité de nier l’idéal humaniste dont le projet moderniste était porteur.

Aucune ville, en effet, n’illustre mieux le cyclique et irrémédiable retour de la catastrophe et le processus de dégradation des valeurs (thème déjà étudié par Herman Broch dans le magistral roman Les somnambules, auquel 2666 ressemble sur bien des points) que ce mouroir à femme culturellement et économiquement exploitées, perdu en plein cœur du désert à deux pas de l’Eldorado capitaliste américain.

C’est là, dans cette béance qui surplombe une fin de siècle apocalyptique sous la menace du signe du démon, que tous les personnages vont fatalement aboutir, comme si le destin de l’occident entier, de la culture européenne dans on ensemble (incarnée par les critiques), avec son extension américaine (incarnée par Fate ou Amalfitano), était de finir par être aspirée dans ce trou noir, peu à peu ; ou comme si cette globalisation dont les hérauts de la culture chantent désormais les bienfaits était elle aussi vouée, de façon inexorable, à sombrer dans la barbarie des charniers de femmes du Sonora.    

(à suivre...)

[1] Jorge Volpi, Bolaño, epidemia, in Edmundo Paz Soldan et Gustavo Faveron Patriau (dir.), Bolaño Salvaje, Editorial Candaya, Barcelona, 2008. « Si nous devons pécher par excès de convention, convenons que l’âge d’or de la littérature latino-américaine commença dans les années soixante, quand Garcia Marquez […] demanda : qu’est-ce que nous allons faire cette nuit ? et que Fuentes […] répondit : comme toutes les nuits, Gabo, nous allons conquérir le monde [allusion à la série animée Minus & Cortex, NB]. Et qu’elle se conclut quarante ans plus tard, en 2003 [avec] ce monstre ou cette chimère ou ce délire qui s’appellera, comme par défi, 2666 ».  Je traduis. Je m'excuse auprès des non-hispanophones pour l'inconfort de lecture... 

[2] Cf. Marcel Bénabou, Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres, Seuil, coll. Textes du XXe siècle, 1986

[3] Roberto Bolaño, 2666, op. cit., p. 373. « Un portait du monde industriel du Tiers-monde .. Un aide-mémoire de la situation actuelle du Mexique, un panorama de la frontière, un récit policier de première envergure, putain ». Nous traduisons

[4] Cf. Cecila Lopez Badano, 2666 : el narcotrafico como anamorfosis muralista, in Roberto Bolaño : ruptura y violencia en la literatura finisecular, Colección Miradas del Centauro, ed. Eón, México, 2010

[5] Carlos Burgos Jara, dans son article intitulé Los Crimenes de Santa Teresa : Estado, globalizacion y mafia en 2666, in Felipe A. Rios Baeza (dir.), Roberto Bolaño : ruptura y violencia en la literatura finisecular, Colección Miradas del Centauro, ed. Eón, México, 2010. « Ces corps, bien souvent, comme le signale Bolaño lui-même, permettent la projection d’un portrait du monde industriel mexicain, un panoramique de la situation problématique de la frontière et des acteurs multiples qui s’y retrouvent, un récit policier de première envergure justement parce qu’il déconstruit les romans policiers traditionnels, qui invariablement reposent sur la culpabilité de unes ou de quelques personnes. 2666 est également, à sa façon, un récit policier, mais qui n’insiste pas tant sur la recherche du coupable que sur l’espace dans lequel s’insert la narration, le dévoilement des réseaux qui le constituent. De même, ainsi que l’indique le titre, il met l’accent sur la dimension temporelle, sur la façon qu’à ce siècle nouveau de s’ouvrir et de se projeter dans la ville-frontière ». Nous traduisons.

[6] 2666, op. cit., p. 653. « Début novembre on tua Maria Sandra Rosales Zepeda, trente et un ans, qui se prostituait habituellement sur le trottoir face au bar Pancho Villa. Maria Sandra était née dans un village de l’État du Nayarit et à dix-huit ans elle était arrivée à Santa Teresa, où elle avait travaillé à la maquiladora Horizon W & E et chez El Mueble Mexicano. À vingt-deux ans, elle avait commencé à se prostituer », trad. R Amutio, op. cit., p. 792

[7] Ibid, p. 689-690. Trad. R. Amutio, op. cit., p. 837 et suivantes : « En combien de parties se divise le cerveau d’une femme ? Eh, bien, les potes, ça dépend ! ça dépend de quoi, Gonzalez ? Ça dépend de combien tu la cognes … Ou bien il disait : Les femmes sont comme les lois, elles ont étés faites pour êtres violées ». 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.