La révolte des gueux

Les masses ont choisi le jaune pour étendard, elles se détachent des affiliations politiques communes et créent leur propre révolte.

Ciel Jaune / Hélicoptère de la Gendarmerie © Moe Lesné Ciel Jaune / Hélicoptère de la Gendarmerie © Moe Lesné

 

Tandis que les feux s’allument au sein des grandes cités bourgeoises, les grands canaux médiatiques susurrent à l’oreille de la manne fascisante.  S'y déploient les murmures du danger prolétaire. De la "colère des gueux". Le pauvre ne sait plus où la pousser, cette colère. Alors il la crache. Il la montre. Il l’étend dehors - chaque samedi - depuis le mois de novembre 18. Il ne démord pas et les assauts des Forces de l’Ordre à son encontre encouragent sa révolte.

Il a fait le choix d’un étendard jaune. Cette couleur a l’avantage de n’appartenir à personne d’autre qu’à la sécurité routière. Pas d’affiliation politique. Habile détournement ou bordel sans futur ? Jaune comme le cocuage ou le soleil ? Bonnes questions… Mais la réalité nous rattrape. Désormais, le jaune est associé directement à cette révolte des masses, à ce gilet fluo que chaque automobiliste est tenu de détenir dans son véhicule. Habile les Gilets. Mon sentiment sur ce mouvement était controversé. Mais y avoir pris part m’a secouée et j'en ai eu des frissons - tant par la disparité des profils sociaux des GJ que par la violence sans vergogne de la Police dite Républicaine. Cette dernière a passé un échelon majeur et nous sommes des centaines de milliers à l’avoir perçu. Elle a créé un "Nous", ce n'est pas peu dire...

Les images relayées des dérives fascistes des manifestants à l’égard des arabes ou des gays se révèlent être le produit d’une utilisation journalistique biaisée en faveur des dirigeants de la scène politico-médiatico-financière française. Une loupe sur des faits mineurs. Pour un sacré loupage. Bien sûr, les cortèges sont peuplés de personnes qui votent FN, Mélenchon ou usent de ce papier blanc qui ne sert à rien d’autre qu’à fermer nos gueules. Bien plus encore ont voté Macron… La culture politique des dernières décennies est d’une nullité impressionnante. Certes, tout n’est pas rose chez les GJaunes. Pourtant, l’acte même de se réunir chaque week-end provoque davantage de cultures du politique que toutes les chaînes et journaux d’actualités réunis. Cela provoque de l’entraide, des discussions, de l’ouverture à l’autre, du lien social. Et énormément de mixité sociale dans cet espace public qu’est la rue.

Un résultat apparaît clairement : la cible des masses a viré de camp, elle ne se dirige plus vers les autres franges de la population qui souffrent, bossent, cherchent à s’en sortir (les migrants, les SDF, les chômeurs, les ouvriers, les travailleurs pauvres, les familles nombreuses - tous ces visages de couleurs différentes que l’on désigne comme le fléau pour la Sécurité ou pour l’Économie de la « Nation »). La cible des gueux se nomme Macron... et s'élargit à ceux qu’il représente - les puissants, les dominants, les riches, les collabos, les nantis, les bourgeois, l’élite, les grands patrons, les donneurs d’ordre, les monnayeurs de morale, les soit-disant experts de cette société qui n’a de démocratique que l’injustice sociale dont elle fait preuve. Et quelque part, ils l'ont bien cherché.

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