Éducation nationale et maltraitance

La colère. Continuellement en colère contre ma hiérarchie, contre mon ministère de tutelle - et ce ministre que je ne peux plus voir en peinture, sentiment partagé par une immense majorité de mes collègues. Et écœurée.

Je vais commencer par parler argent, une fois n’est pas coutume. Et parce que tout travail mérite salaire à ce qu’on dit...
Tout d’abord une anecdote qui révèle le mépris dans lequel nous sommes tenus : les heures supplémentaires effectuées en novembre et décembre ne sont toujours pas payées en février. C’est vrai que le rectorat dont je dépends n’avait pas jugé bon de débloquer des heures pour nous payer mes collègues et moi. Il a fallu menacer de ne pas assurer les heures d’aide aux devoirs pour que cela bouge. Quand seront-elles versées ? Mystère. 
Autre exemple : la prime informatique. Un bon foutage de gueule ça aussi. Un avantage historique vanté dans les « grands » médias par ce ministre que toute la profession déteste. Une aumône de 150 euros par an pendant 3 ans. 450 euros sur 3 ans pour renouveler son matériel informatique. On était tout retournés de tant de générosité dans les salles des profs. Petit détail : la somme n’est toujours pas versée en janvier malgré les promesses et les coups de menton. En février je ne sais pas si les collègues l’ont touchée. Moi non, je suis une « dame des livres », alors je n’entre pas dans la case. Je suis pourtant prof, mais mon ministre a bien dit devant le sénat que la prime était réservée aux personnels devant élèves. Hein ??? Et on pourrait encore parler du point d’indice gelé depuis plus de 10 ans...

Pourtant j’aime mon métier, j’aime travailler avec les ados, et je suis profondément attachée au service public de l’éducation. Services publics que Blanquer, Macron et tout le gouvernement s’emploient à détruire, parce que cela représente des parts de marché. Et je le vois dans l’éducation nationale. 33 postes supprimés dans le département où je travaille rien que pour le niveau collège. Dans le même temps, on nous attribue l’équivalent en heures sup (payées à coups de lance-pierres). Toujours plus d’heures pour les profs avec des conditions de travail dégradées, et parallèlement, de plus en plus de contractuels sous-payés, à peine formés et surtout malléables et corvéables à merci.

Petit à petit je vois mon métier changer et jamais en bien. Maintenant, pour chaque projet organisé pour les élèves, il faut faire de la com : site du collège, presse et la sacro-sainte page Facebook. Logique de concurrence, logique managériale qui nous envahit de plus en plus. Les dotations budgétaires diminuent chaque année au bénéfice d’appels à projet qui mettent les établissements en concurrence. La réforme du lycée, dont on voit les effets destructeurs sur les élèves et sur les profs, participe de la même logique. Le « Grand Capital » est au pouvoir et c’est une véritable arme de destruction massive. Zut, je parle comme une islamo-gauchiste...

Je pourrais multiplier les exemples, surtout en ces temps de pandémie où notre ministre nous prend carrément pour des imbéciles, mais je vais m’arrêter là. Pour conclure je vois que l’ensemble de la profession est de plus en plus épuisée, démotivée et écœurée. Heureusement, et n’en déplaise aux adeptes du prof-bashing, il nous reste encore les vacances. Mais pour combien de temps ?

 

 

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