Nous sommes toujours là !

À Bordeaux, l’accueil de jour à l’Athénée Libertaire a fermé ses portes depuis le 31 août. Nous sommes toujours là !

 

Depuis le 9 juillet un accueil de jour inconditionnel a été mis en place à la suite de la multiplication des expulsions de plusieurs squats (lieux de survie) à Bordeaux et dans sa métropole, mettant ainsi en relief la grande précarité des populations migrantes dans notre région.

Dans l’urgence, un élan de solidarité est né, proposant un accueil de jour, tout d'abord dans les locaux de la CNT Bordeaux puis dans ceux de l’Athénée Libertaire. Parallèlement, la Bourse du travail a été réquisitionnée avec le soutien de camarades syndiqué.e.s pour une mise à l’abri d’environ 80 personnes.
Des centaines d’anonymes de tous horizons, laïc.que.s comme croyant.e.s, engagé.e.s, militant.e.s ou simplement se sentant concerné.e.s, sont venu.e.s apporter des dons, proposer des coups de main, certain.e.s ne faisant que passer, d’autres s’engageant sur le long terme dans l’organisation du lieu.
Chaque jour 300 repas soit 13000 petits déjeuners et dîners ont été servis, des ateliers (recherche d’emploi, cours de français) ont été mis en place afin de faciliter l'insertion dans le monde du travail.
Des permanences juridiques, administratives, (aux alentours de 500 entretiens), de santé (autant, sinon plus), se sont constituées avec l’aide de bénévoles et de professionnel.les.s agissant bénévolement et ont ainsi permis de répondre aux énormes besoins immédiats et quotidiens de ces personnes jetées à la rue. Des commissions ont travaillé sur le relogement solidaire d’urgence, l’organisation d’activités pour les enfants et les familles, la création d’un espace de parole et de réflexion sur la question des femmes…

Toutes ces actions, ces partages entre bénévoles et migrant.e.s ont donné à ces populations l’envie et la possibilité de redevenir actrices de leur propre vie. Si nous ne savons pas encore quelle forme prendra la suite du mouvement, nous savons que ces deux mois d’été auront permis la cohésion et la création de liens de solidarité durables entre bénévoles, associations et migrant.e.s et nous continuerons d’essayer de construire ensemble un avenir pour tous et toutes.

Pour autant nous ne sommes pas dupes, nous ne sommes pas innocent.e.s, nous ne découvrons pas soudainement que la politique libérale menée depuis de nombreuses années est responsable de cette misère et grande précarité.
La préfète, Fabienne Buccio, ex préfète de la jungle de Calais, obéit aux ordres et elle le fait avec beaucoup de zèle. Elle n’est pas la seule en France à suivre aveuglement cette politique abjecte. Dans plusieurs autres villes aussi (Lyon, Caen, Nantes, Rennes, Paris, Marseille, etc), l’Etat choisit de traiter la question migratoire en expulsant, marginalisant, criminalisant des personnes qui quittent tout pour leur survie.
Si au lieu de multiplier les obstacles aux parcours migratoires, les pouvoirs publics accueillaient dignement ces personnes, en leur permettant d’avoir accès au travail et à un logement, les hébergements d’urgence ainsi que tous les services sociaux ne seraient plus aussi engorgés et en incapacité de répondre aux besoins fondamentaux de toutes et tous. Nous avons tout à gagner collectivement en construisant une société basée sur la solidarité, l'accueil, l'empowerment.
Cet été, cette politique d’exclusion aura donné à voir des personnes habituellement invisibilisées : familles, hommes seuls, adolescent.e.s, femmes seules avec enfants, personnes âgées, handicapées, mutilées...

Quand la Mairie de Bordeaux évoque la mise à disposition d’un gymnase insalubre alors que tant de logements sont vides (22000 à Bordeaux et dans sa métropole),
Quand le Conseil Départemental ouvre son hall climatisé avec fontaines à eau, mais omet dans le même temps de mettre à disposition ses locaux vacants alors qu’il est en devoir d’accueillir et de protéger les mineur.e.s isolé.e.s,
Quand diverses municipalités nous font miroiter le prêt d’un local mais se rétractent pour cause de « pressions préfectorales » alors qu’elles peuvent faire le choix de porter assistance à personnes en danger,
Quand les services sociaux envoient à la Bourse du travail le soir, de nouveaux groupes de personnes à mettre à l’abri, alors même que nous appelons à l’aide,
Quand un bidonville est en train de s'étendre à Bordeaux-Lac au vu et au su de tou.te.s (recensé par les services sociaux et les ONG),
Et bien nous constatons que l’Etat, le Conseil Départemental, les diverses municipalités ne font pas leur boulot, se moquent de nous et surtout de toutes ces personnes jetées sur les routes.

Si ce sont les seules réponses apportées aux questions migratoires, alors c’est que ce système est en train de craquer de toutes parts, que les pansements sociaux appliqués sont arrivés au bout de leur capacité. Cela pointe du doigt la nature et les buts de cette politique : refouler les populations victimes qui fuient les effets néfastes du néo-colonialisme, du libéralisme et du capitalisme et non une politique respectueuse de l’humain. Cette politique est une négation de la solidarité, du partage, de l’entraide. Elle va à l’encontre des valeurs que la France affiche aux yeux du monde : « La France des droits de l’Homme ».

Cet été, nous avons répondu à la défaillance de l’État dans l’urgence mais en conscience. L’hiver et le printemps derniers, beaucoup d’entre nous avions arpenté les rues de Bordeaux pour crier notre colère face à la politique libérale et capitaliste.
Cet été, nous avons mis en application toutes ces valeurs de solidarité, d’entraide qui nous animent et font que nous sommes des individus entiers pensants et agissants.
Alors nous saluons et encourageons toutes les initiatives à Bordeaux, comme à Nantes, Paris, Baïgorri, comme tant d’autres villes en France et en Europe.

Nous demandons à tou.te.s les travailleur.euse.s, syndiqué.e.s, militant.e.s de se mobiliser et d’ouvrir leurs revendications, leurs lieux de réunions, d’inclure les demandes et les revendications de tous les invisibles dans leurs luttes. Parce que la politique globale française et européenne n’épargne au final que les puissants, il s’agit bien d’une lutte de classe.
Nous demandons à tous et toutes les anonymes, à ceux et celles que cette situation inhumaine révolte, d’ouvrir leurs réseaux, de partager, d’informer, d’enjoindre leurs élu.e.s à se positionner.
Nous rejetons la priorisation et la hiérarchisation dans la misère. Migrant.e.s économiques, réfugié.e.s politiques, exilé.e.s climatiques, même combat !
Nous rejoignons les revendications des collectifs de soutien aux migrants qui naissent et luttent partout en France, en agglomération ou en milieu rural.
Nous exigeons « un toit et des papiers pour toutes et tous » ainsi que la régularisation inconditionnelle de tou.te.s les sans-papiers.

Des bénévoles et des militant.e.s de l’accueil de jour à l’Athénée Libertaire ;
Anaïs, Gérome, Flo, Isa, Julien, Margo, Samia, Jeff, Hugues, Lukas, Nico, Magali, Nadia, Jacqueline, Tom, Sandrine, Myriam, Pauline, Jérome, Julianne, Kristell, Alia, Mathias, Aurélie, Barbara, Antoine, Fanny, Sophie, Natacha, Fred, Patricia, Laure, Claire, Camille, Boris, Delphine, François, Juline, Alice, Anne-Charlotte, Guillaume, Raphaèle, Cédric, Ben, Betty, Jorge, Celia, Charles, Chloe, Julie, Christelle, Claire, Clara, Eliane, Eric, Fabienne, Helene, Jules, Marina, Mari, Manu, Virgine, Lenna, Leo, Luciel, Maitane, Malika, Marise, Mathilde, Maud, Melina, Mika, Seb, Paloma, Pierrette, Sandra, Sara, Sonia, Vero, Veleda, Emilie, Vincent, Sylvie, Lucile, Monique,etc.

 

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