Nous sommes tous des Américains

Devant l’ampleur du désastre aux Etats-Unis, même les républicains virent aux ardents défenseurs de la supériorité de l’Etat sur le secteur privé. Dans leur bouche, le mot tabou commençant par "N" est enfin prononcé.

Devant l’ampleur du désastre aux Etats-Unis, même les républicains virent aux ardents défenseurs de la supériorité de l’Etat sur le secteur privé. Dans leur bouche, le mot tabou commençant par "N" est enfin prononcé.

 

 

"Cette idée de nationalisation des banques n’est pas confortable. Mais je pense que nous avons des actifs si toxiques disséminés dans la communauté financière et bancaire, au niveau mondial, qu’il va falloir faire quelque chose que nous n’avions même pas envisagé il y a un an, que personne ne désire. Selon moi, le secteur bancaire et immobilier sont à l’origine du problème. J’ai bien peur que tout programme pour sauver les banques va nécessiter… Je n’exclus pas l’idée qu’il failler nationaliser les banques", a déclaré le sénateur républicain de Caroline du Sud, Lindsey Graham (à 2' sur la vidéo).

 

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En effet, puisque le système bancaire américain a un besoin abyssal de liquidités que le secteur privé semble bien incapable de combler, vers qui d’autre se tourner ?

 

Parmi les économistes, Nouriel Roubini, l’un des rares à avoir donné de la voix en 2006 pour prévenir du marasme économique à venir, et son collègue Matthew Richardson, également professeur d’économie à l‘université de New York, ont mis les pieds dans le plat dans un édito du 14 février titré "Nationalisons les banques. Nous sommes tous des Suédois maintenant", défendant l’idée du rachat par l’Etat du système bancaire comme l'a fait la Suède dans les années 1990.

 

Le gouvernement américain a pour l’instant pris un contrôle discret sous forme d’actions préférentielles et de "warrants", permettant de rentrer au capital sans diluer les actionnaires. Depuis 2000, les Etats-Unis sont même, mine de rien, devenus propriétaires de 65 banques qui ont fait faillite. Mais si le pays franchit le pas et décide de nationaliser totalement ou partiellement l’une des grandes banques, le trésor américain sait qu’il devra en nationaliser une ribambelle de plus petites, voire l’ensemble du système.

 

En effet, les investisseurs délaisseront assez rapidement un établissement de crédit dont les fonds ne sont pas garantis par l’Etat américain. Sans même parler des banques privées françaises qui accumulent les pertes et n’ont toujours pas fourni la preuve de leur imperméabilité aux actifs toxiques. Le jour où le président français se verra obligé de suivre la voie socialiste du gouvernement Obama n'est peut-être pas si éloigné que ça.

 

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