Commerce avec la Malaisie : la France doit changer d’approche sur l’huile de palme

Le développement des échanges commerciaux est indispensable à la prospérité et au bien-être d’un pays et de sa population. Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian le rappelait récemment : « dans le domaine économique, une France ambitieuse est une France capable de faire valoir ses intérêts et sa capacité à conquérir de nouveaux marchés ».

Accroître ses échanges ne peut être que l’effet d’un effort de long terme. Le ministre Le Drian, qui s’est rendu en Malaisie à trois reprises dans ses fonctions antérieures, le sait, la réussite d’une politique commerciale nécessite des liens de confiance mutuelle sur la durée. Elle exige aussi que ces relations ne soient pas contrariées par les soubresauts des agendas politiques intérieurs.

Les relations entre la France et la Malaise illustrent parfaitement la manière dont le commerce peut prospérer entre deux pays, à condition toutefois que des décisions politiques court-termistes ne viennent pas instiller de défiance entre eux.

En 2016, les échanges économiques ont atteint 3,7 Mds€, hors matériel militaire, ce qui fait de la Malaisie le cinquième partenaire commercial de la France en ASEAN. Les ventes de la France ont progressé de près de 8% en un an, principalement dans le domaine aéronautique (49% des exportations en 2016), tandis que ses importations sont restées relativement stables. Sans parler de la présence économique française en Malaisie, qui est significative avec 270 filiales implantées, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 4 Mds€ en 2015.

Pour autant, ces bonnes relations ont risqué d’être perturbées par des débats récurrents en France. Et c’était notre principale denrée d’exportation, l’huile de palme, qui en était la cible. L’huile de palme peut constituer le sujet d’un débat mineur en France, vue de Malaisie, elle constitue une ressource existentielle pour nos familles, nos campagnes et notre développement. 650 000 petits producteurs et 2 millions de Malaisiens vivent de cette filière.

Sous la précédente législature avait ainsi été envisagée à plusieurs reprises l’adoption d’une « Taxe Nutella ». Le nouveau ministre de l'Environnement, Nicolas Hulot, lui, affirme désormais vouloir bannir l’huile de palme, en particulier dans les biocarburants. Une mesure dans ce sens est aujourd’hui débattue à Bruxelles dans le cadre de la Directive sur les énergies renouvelables. Si celle-ci devait être soutenue par le ministre, il pourrait s’agir d’une erreur stratégique de la part de la France pouvant nuire à ses intérêts économiques de long terme.

Le gouvernement français ne peut pas raisonnablement espérer développer des relations avec la Malaisie si, en même temps, il prend des mesures hostiles contre l’une de nos principales ressources. Il ne tarderait alors pas à en voir les effets pénalisants pour les consommateurs et travailleurs français.

Une telle orientation ne ferait pas honneur à la tradition de la diplomatie française, et ce à plusieurs titres : davantage fondée sur l'émotion que la raison, injuste pour tout un pays et toute une population, défavorable au développement et enfin unilatérale. La diplomatie française au contraire se distingue depuis toujours par une approche rationnelle, au service de la justice et du développement, et multilatérale.

Les enjeux environnementaux doivent être pris en compte et ils le sont. Mais au lieu de susciter de nouvelles taxes préjudiciables à tous, ces préoccupations devraient être abordées de manière positive, dans un esprit de coopération.

L’élaboration d’une norme malaisienne pour l’huile de palme durable (MSPO) est une initiative prise en ce sens par mon ministère. Celle-ci s’inspire des meilleures pratiques internationales en matière de normalisation, comme le souligne le rapport Durabilité de l'huile de palme et des autres huiles végétales, rédigé, entre autres, par Marie-Hélène Aubert, ex-Eurodéputée Europe Ecologie Les Verts, et Directrice générale de l’Administration du Développement Durable.

Le gouvernement malaisien veut désormais collaborer avec ses partenaires européens pour faire de la norme MSPO une référence internationale. Sa reconnaissance par la France constituerait une avancée déterminante pour répondre à l’enjeu de la déforestation. Le dialogue, au lieu d'interdictions. La coopération, plutôt que la taxation.

La question est désormais de savoir si nos gouvernements peuvent avancer ensemble sur ce sujet. Les gains potentiels sont considérables : il faudra de la clairvoyance et du courage politique pour les concrétiser.

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