Nous n'avons pas pris la mer, c'est la mer qui nous a dit : « Montez, mes enfants ! »

Nous sommes les voyageurs intempestifs. Nous n'arrivons pas au bon moment. Nous ne choisissons ni l'heure ni le lieu. Nous débarquons, Barbares !

 

Vue Plage de Salé - Maroc © M. M. Vue Plage de Salé - Maroc © M. M.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Nous n'arrivons pas au bon moment.
Nous ne choisissons ni l'heure ni le lieu.
Nous débarquons,
Barbares !
De jour comme de nuit.
Nous faisons peur aux petits enfants.
ON leur raconte d'étranges choses à notre sujet :
ON leur dit que nous venons souiller leur terre,
Cette terre qui est la leur puisqu'elle les a vus naître.
ON leur dit que nous venons manger leur pain,
Et toucher le cul des jeunes filles du pays.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Nous arrivons à la dérive,
Nous arrivons à la ramasse,
À bout de forces.
Nous frappons nos mains pour imiter les palpitations du cœur.
Nous nous calons sur le même tempo :
Un seul cœur pour le chœur des marins.
Nous faisons de la poésie pour ne pas mourir tristes si jamais la mort arrive.
Nous prenons le temps de rire au cas où la mort viendrait nous prendre.
Nous naviguons sans lumière pour pas que la mort nous trouve.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Vous entendez depuis le rivage notre cœur qui bat.
Nous voulons vivre, camarades.
Juste cela.
Simplement vivre.
Ce n'est pas nous qui avons pris la mer, c'est la mer qui nous a vus et qui a dit :
« Montez sur mon dos, mes enfants ! »
Et nous sommes montés.
Voilà tout.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Nous savons qu'ON vous a raconté des histoires,
Les hommes font cela parce que celui qui est nouveau est étrange,
Celui qui est étrange est étranger,
Et l'étranger est plus ou moins barbare.
Mais nous sommes, nous aussi, des enfants,
Nous avons une mère et un père.
Nous avons des sœurs et des frères.
Et si nous avons le visage un peu brûlé, c'est parce que nous n'avons plus de toit depuis un moment.
Nous sommes des frères qui cherchons un toit.
Voilà tout.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Pardonnez notre voix un peu forte : chez nous il faut parler fort pour se faire entendre.
Bien que nous ayons haussé la voix, nous ne nous sommes pas fait entendre.
Alors nous avons essayé de crier.
Nous essaierons de chanter, maintenant.
Nous savons qu'ON vous a raconté des histoires.
Si nous portons des vêtements sales, c'est que nous ne voulions pas arriver nus.
Vous auriez pris peur davantage encore.
Vous auriez cru les histoires davantage encore.
Nous ne sommes pas des bêtes sauvages.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Nous ne vous voulons aucun mal.
Nous naviguons depuis des jours et des jours.
Nous avons les pieds mouillés.
Nous voyons une terre.
Nous voulons mettre pied à terre.
Seulement cela.
Chez nous la terre est ta mère.
Et la mère donne à manger sans séparer les enfants autour de la table.
Chez nous la mère donne à manger dans un gros plat en terre,
Et gare ! gare ! gare à celui qui ne termine pas.

Nous sommes les voyageurs intempestifs.
Nous ne vous voulons aucun mal.
Nous savons qu'ON a médit de nous.
Ce sont des mensonges.
Nous avons les cheveux ébouriffés parce que le vent à soufflé pour nous pousser jusqu'ici.
Nous avons une barbe épaisse parce que chez nous le sable se lève.
Nous sommes vos frères.
Quoi qu'ON vous ait dit.
Nous vous tendons la main.
Et si vous la prenez, nous vous montrerons que lorsqu'on nous frapperons ensemble,
Ce sera un seul chœur qui battra.

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