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Billet de blog 15 avr. 2020

Cancer: «d'une vingtaine d’opérations par jour, nous sommes passés à une ou deux»

Reports d’opérations, d’examens de suivi, et réticences à se rendre à l’hôpital…le manque de personnels soignants préoccupe les patients atteints de cancer. Les médecins jonglent entre services Covid et de maladies chroniques. Et ne peuvent éviter une baisse considérable des interventions.

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Habituellement, une vingtaine de patients sont opérés par le service d’oncologie de l’un des hôpitaux de la région parisienne. Depuis quelques semaines, ce nombre est descendu à un ou deux. Les 9 médecins en charge redoublent d’efforts pour traiter les cas les plus urgents, mais doivent établir un ordre de priorités. « Nous avons conservé a chirurgie d’ablation de tumeurs lorsque le risque est haut ou intermédiaire. Les autres patients devront attendre d’être reprogrammés, d’ici 6 à 7 mois dans certains cas, ce qui pourrait rendre les soins moins efficaces puisqu’on serait obligé de procéder à des chimiothérapies au lieu d’opérer », explique Julien, l’un des médecins de l’hôpital intervenant en oncologie.

Les soins reportés, difficiles à quantifier, concernent notamment les IRM, biopsies, ablations du rein pour kyste malin, ablations de la prostate, etc. Pour Julien, l’explication est claire : « Nous avons moins d’anesthésistes et d’anesthésiants, de personnels infirmiers, de radiologues, de réanimateurs. Le nombre de salles disponibles a diminué : les lits des salles de réveil et unités de soins intensifs pour AVC ont été mobilisés pour le Covid-19. »

En France, 20 millions de personnes sont atteintes de maladie chronique : cancer, diabète, etc. Selon un sondage réalisé par Carenity, un réseau social de mise en relation de patients atteints de maladie chronique (échantillon de 1647 personnes entre le 17 et le 30 mars), 41% des interrogés ont vu leur consultation ou intervention chirurgicale annulée ou reprogrammée, et 25% peinent à trouver un médecin disponible.

Chaque jour, la Ligue contre le cancer reçoit des centaines d’appels de patients à ce sujet. « Nous avons eu affaire à un jeune homme atteint d’un cancer hémorragique. Les médecins n’arrivaient pas à le placer à l’agenda. Nous sommes intervenus afin de lui trouver un lit », raconte Axel Kahn, président de l’organisation. Pour faire face à l’urgence, des centres de soins anti-cancéreux ont été maintenus, qui n’acceptent pas les malades infectés par le Covid-19 : l’Institut Gustave Roussy à Villejuif, le centre Paoli-Calmette à Marseille, l’Institut Curie à Paris, etc.

« Certains ne peuvent pas entamer de processus de soins » 

L’inquiétude touche aussi ceux qui ont guéri du cancer, mais doivent effectuer un suivi chaque semestre. C’est le cas de Sylvia, 51 ans, remise en juin 2019 d’un cancer du sein. Traitée à l’hôpital de Montfermeil (93) par de la chimiothérapie et de la radiothérapie, elle devait subir des examens en avril. « J’ai des ordonnances. Mon oncologue m’a prescrit une échographie mammaire et une pelvienne. J’ai déménagé en début d’année près de Bordeaux et je ne trouve pas de place. Cela peut peut-être attendre deux mois, mais plus, je ne sais pas. »

Pour les personnes dépistées peu de temps avant le confinement ou ayant des doutes sur leur état de santé, la situation est similaire. « C’est problématique pour les personnes qui constatent l’apparition d’un grain de beauté se transformant en mélanome par exemple. Ou pour les femmes qui sentent une boule dans leur sein. Certains ne peuvent pas entamer de processus de soins », analyse Axel Kahn.

La crainte d’entrer à l’hôpital

Parallèlement, «beaucoup ont annulé leur consultation », raconte Julien. Les médecins mobilisés pour des cas de cancers le sont aussi pour le Covid. Et pour cause : « les hôpitaux n’ont pas séparé les personnels soignants Covid positifs et Covid négatifs. Moi-même je soigne chaque semaine des cancers et des patients Covid ». Si les médecins font preuve d’une grande prudence, la crainte d’entrer à l’hôpital reste bien présente chez les patients.

Agnes Perpere, psychologue au sein de la Ligue contre le cancer, organise des groupes de paroles entre patients. Elle souligne que « ceux-ci sont conscients que les médecins déploient des efforts surhumains : la souplesse dont ils font preuve, l’adaptation aux horaires des patients, les suivis par téléphone, l’augmentation de leurs propres horaires de travail, le maintien in extremis des chimiothérapies et examens malgré la surcharge de travail, etc. » Surcharge à laquelle s’ajoute l’anticipation de « l’après Corona », laissant déjà entrevoir des embouteillages dans les blocs.

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