L’oligarque Moukhtar Abliazov se rapproche de la Belgique

Milliardaire kazakh recherché par la justice de plusieurs pays européens, Moukhtar Abliazov aurait discrètement tenté d’influencer certaines autorités belges pour obtenir un permis de séjour dans le plat pays. Une façon de préparer son départ de la France, où il serait de moins en moins le bienvenu.

C’est un nouveau rebondissement dans la fuite de Moukhtar Abliazov : après le Royaume-Uni et la France, l’oligarque kazakhe pourrait bien déposer ses valises outre-Quiévrain. Installé dans l’hexagone depuis 2012, le milliardaire serait de moins en moins en odeur de sainteté dans la capitale française.

Celui qui se présente comme un « opposant politique » au régime de son pays est activement recherché par les justices kazakhe, mais aussi ukrainienne, russe et britannique. Un « dissident » plus proche de Bernard Madoff que du Dalaï-Lama, particulièrement encombrant pour les autorités françaises qui font pression pour hâter son départ.

Une situation qui a incité Moukhtar Abliazov à se rapprocher de la Belgique : dès 2017, un accord aurait été conclu avec Dirk Van der Maelen, alors président de la commission d’enquête sur le « Kazakhgate », une vaste affaire politico-financière impliquant de hauts responsables kazakhs. En échange d’informations et de sa connaissance des réseaux de pouvoir de son pays natal lors d’une audition, le milliardaire aurait négocié la nationalité belge et l’immunité de poursuites.

Un accord tombé à l’eau, ce qui n’empêcherait pas l’homme d’affaires de multiplier les rencontres avec plusieurs hommes politiques et hauts fonctionnaires belges ces derniers mois selon le site web « Dispatch Weekly ». Un rapprochement d’autant plus cohérent que l’ONG Open Dialogue Foundation, qui assure la promotion et la communication de Moukhtar Abliazov en Europe, a son siège à Bruxelles. Une organisation qualifiée de « criminelle » par le Sunday Times, après des révélations outre-Manche sur les liens entre cette ONG, le grand banditisme et les services secrets russes.

 

Un road-trip européen

L’installation en Belgique de Moukhtar Abliazov ne serait que le nouveau chapitre d’un roman qui dure déjà depuis 10 ans. En 2009, l’homme d’affaires fuit le Kazakhstan suite à la « disparition » de près de 5 milliards de dollars des comptes de la banque BTA qu’il dirige alors. Depuis, Noursoultan veut traduire en justice l’ancien président et premier actionnaire de la banque, accusé de détournement de fonds. Une accusation qui s’ajoute depuis 2018 à celle de meurtre, depuis que la justice de son pays le suspecte d’avoir assassiné l’un de ses anciens associés en 2004, un certain Yerzhan Tatishev.

Moukhtar Abliazov se réfugie alors au Royaume-Uni, dans sa résidence du très chic quartier de Bishop's Avenue, à Londres. Mais en 2012, la justice britannique émet un mandat d’arrêt contre l’oligarque : la banque BTA, qui a été nationalisée après le scandale du détournement de fonds, a saisi la Haute Cour de Londres pour récupérer une partie de ses actifs. La justice britannique donna raison à la banque kazakhe, saisissant les propriétés et les biens de Moukhtar Abliazov, sans pouvoir mettre la main sur l’oligarque déjà réfugié discrètement dans le sud de la France.

Après 18 mois de cavale et un avis de recherche international d’Interpol, Moukhtar Abliazov est arrêté près de Grasse dans les Alpes-Maritimes en juillet 2013. Et si la France ne prévoit aucune procédure d’extradition vers le Kazakhstan, des traités en prévoient pour l’Ukraine ou la Russie. En effet, ces pays ont aussi engagé des procédures judiciaires contre l’homme d’affaires suite à la ruine de bon nombre de leurs concitoyens provoquée par « la disparition » des milliards de dollars de la BTA.

Un bras de fer judiciaire s’engage alors entre les avocats de celui qui se présente comme un opposant politique au régime de Nazarbaïev et la justice française. En 2016, le camp Abliazov célèbre une première victoire, lorsque le Conseil d’État annule en première instance la décision d’extradition vers la Russie, estimant que cette demande était motivée par des « raisons politiques ». Un succès temporaire qui permet à Moukhtar Abliasov, qui se présente désormais comme un « opposant politique en exil », de prolonger son séjour en France en attendant une prochaine décision de justice.

Dernier rebondissement en date : en juillet 2017, le Kazakhstan a officiellement porté plainte contre Moukhtar Abliasov à Paris, estimant que la justice française était habilitée à juger un étranger dont l’extradition a été refusée pour des motifs politiques pour un crime commis hors de France.

Condamné en Angleterre, incarcéré en France durant trois ans et demi après treize mois de cavale, recherché par la justice de près de quatre pays dans le monde, Moukhtar Abliasov représente un véritable caillou dans la chaussure des autorités françaises. Un problème dont pourrait bientôt hériter la Belgique.

 

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