Chronique d'une vie engagée: J 'appartenais à la tribu des Apaches

J 'appartenais à la tribu des Apaches

 

J’appartenais à la tribu des Apaches, mais je ne le savais pas encore. Mon corps prenait toute la chaleur du soleil. Ses rayons modifiaient à vue d’œil la pigmentation de ma peau. Je devenais une véritable Peau-Rouge, d’un rouge cuivré. C’est que je suis née dans une région où le soleil cogne très fort l’été et vous accable de sa brûlure douce et brutale à la fois. Mes joies ont pourtant toujours été simples. La cour de l’école, avec ses platanes immenses au large tronc bosselé, présence rassurante de l’immuable traversée des saisons, était ce à quoi je me raccrochais. La main de ma mère, douce, dans la mienne, était le lien indéfectible qui m’unissait à l’existence. Ma mère m’accueillait dans son giron, m’enveloppait de la puissance de son amour. Des pommettes saillantes soulignaient les contours de ses traits délicats et la blancheur de son visage rehaussait sa longue chevelure de jais. Ses grands yeux gris vert avaient une expression profonde que seule la tristesse confère, celle de l’exil et de la solitude, ils se posaient sur moi à chaque sortie d’école et je tressaillais intérieurement lorsque son regard croisait le mien. Une bouche pulpeuse laissait entrevoir des dents blanches. Elle esquissait le sourire des femmes élevées dans la pudeur. Elle savait dire avant d’écrire et son regard portait toute la tendresse du monde. Ce jour-là, elle ne se douta de rien. Comme bien d’autres jours d’ailleurs. Elle livrait son enfant à l’école des « roumis ».

 

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