Chronique d'une vie engagée: "Les poils de ma chatte"

Elle entra telle une furie, les cheveux hirsutes, le regard exorbité, une épaisse bave au coin des lèvres.

 

Elle entra telle une furie, les cheveux hirsutes, le regard exorbité, une épaisse bave au coin des lèvres. Elle s’assit sur le bord du tabouret, tout en gesticulant de manière frénétique, levait sa main gauche en effectuant un bras d’honneur vengeur. « ce salaud, ce fils de pute, il m’aura niquée jusqu’au bout ! ». Elle respirait de manière saccadée « c’est quoi cet homme hein c’est quoi ? », et elle reprit de plus belle « c’est un paysan, un minable paysan qui aime l’odeur de la bouse de vache, de la terre et qui vit dans la merde ! Moi, je ne viens pas de ce monde ! quand on a grandi dans la ville hein, moi je viens de la ville, je ne suis pas une paysanne ! » Mais je vais l’avoir, je sais ce que je vais faire là-bas, je vais payer quelqu’un, je vais louer un bulldozer et je vais détruire la maison que j’ai construite avec lui ». Elle reprenait son souffle et repartait de plus belle « ce fils de pute, il m’a eu, je lui ai tout donné, jusqu’à mes poils de la chatte, il m’a tout pris même des poils j’en n’ai plus, il m’a rendue chauve !!! » , elle frappait de sa main son sexe à plusieurs reprises violemment et faisait mine de s’arracher le pubis. Son regard circulait sur l’assemblée médusée, il m’a tout pris, il m’a baisée, (elle refit un bras d’honneur, en levant son index bien en évidence) il a eu ma jeunesse » « et son monde hein c’est quoi ? Ils vivent de quoi hein dans son jbel ? à part la ralcha, le msimine et le couscous, ils connaissent quoi ? les vaches, les ânes, ce sont des ânes qui aiment la merde. Y a quoi là-bas ? Ses yeux roulaient comme des billes dans une orbite. " De la poussière et des poules !" Et elle se mit à imiter le caquètement des poules « cot, cot ».

Nous la regardions, interloqués. « Moi je viens de la ville, chacun son monde, moi je suis allée à l’école, je suis éduquée moi, je suis civilisée, lui il connaît que les insultes, j’ai jamais pu partir, mes affaires ? Je les aurais mises où ? et mon logement, j’aurais dormi où ? J’aurais été à la rue, j’ai porté plainte maintes fois, mais ça n’a servi à rien. Les policiers, ils me disaient « fermez votre porte Madame ! ne le laissez pas rentrer !» je fermais la porte et il passait par la fenêtre comme un serpent ! Je n’ai jamais pu m’en débarrasser jamais. »
Elle ponctuait son monologue d’un bras d’honneur tellement violent qu’on se demandait si elle n’aurait pas des bleus le lendemain, « il m’a battue, ça fait vingt huit ans qu’il me méprise, qu’il me bat et mon fils au milieu ben c’est pareil il prend le parti de son père hein tel père tel fils et moi je souffre toute ma vie j’ai souffert et je ne peux même plus pleurer. J’ai une boule à la gorge, j’ai mal là » et elle montra son cou. « Une fois il a pris le plat à gratin et parce qu’il n’y avait pas assez de sel, il a pris le plat et me l’a mis sur la figure, le plat chaud, écrasé contre la figure. J’ai vécu les pires humiliations. Mais je sais pourquoi je vis ça, hein je le sais moi, c’est la loi de Dieu. C’est Dieu qui m’a donné cette épreuve parce que j’ai goûté à l’amour, à la douceur avec mon premier mari et je l’ai quitté, Dieu m’a apporté l’épreuve, pour que je sache ce qu ‘est le bien et pour me punir du mal que j’ai fait à mon premier mari… » Elle lança cette dernière phrase dans un souffle et se tut subitement. Elle avait l’air hagard, désespéré, nous la regardions, à la fois horrifiés, stupéfaits et touchés par cet être. Elle ressemblait à une démente. Soudain elle se leva et décida de partir, trouver un hôtel, quitter les lieux, ne plus revenir. Elle jeta un dernier regard sur l’assemblée avant de partir. D’une manière théâtrale, elle prit son sac, se dirigea vers la porte, balaya d’un dernier regard la pièce puis s’en alla.

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