Chronique d'une vie engagée: le marabout de Sidi Ziane

Ma grand-mère eut vent de ce rêve et m’amena, le jour même, au marabout de Sidi Ziane afin d’obtenir la protection du saint.

Ma grand-mère eut vent de ce rêve et m’amena, le jour même, au marabout de Sidi Ziane afin d’obtenir la protection du saint. Le tombeau se trouvait à quelques kilomètres du hameau. Il fallait traverser des collines escarpées, grimper des talus jonchés de cactus et de figuiers de barbarie avant d’apercevoir au loin la coupole verte dans le ciel bleu. Nous abandonnions nos mules en contrebas et terminions la route à pied, les bras chargés de présents. Nous devions honorer les lieux. Le silence régnait. Je me mis face à la tombe, sous la voûte du mausolée blanc immaculé et récitai la première et seule sourate du Coran que j’avais appris par cœur enfant sans en connaître réellement le sens. Ce qui comptait pour moi c’était la magie qui se détachait dans le rituel et qui me rapprochait sans le savoir d’une forme de mystique. Je récitais en arabe ma prière en demandant à Dieu la protection, pour ma famille et moi.

J’entendais Ma Aicha murmurer des prières si douces qu’elles en étaient presque inintelligibles. Ses paroles se transformaient en musique, semblables à des mantras indiens. Le silence autour était ponctué par sa voix, tandis qu’elle tenait un chapelet d’une main recouverte de henné noir, elle se penchait légèrement et à chaque incantation, ses doigts parcouraient une à une les perles. Elle était revêtue de blanc, ses voiles se juxtaposaient et sur son corps et sur sa tête. Elle semblait sortie d’un autre monde, un monde évaporé, comme une aquarelle où les couleurs se mêlaient les unes aux autres et empêchaient une délimitation précise des êtres et des choses.

Tout formait un tout, un seul et même être et une harmonie paisible se dégageait dans la fraîcheur du tombeau du saint. Les tatouages géométriques sur son visage, les losanges sur les joues, les traits sur le front et sur le menton venaient parfaire le mystère, les signes symbolisant un rituel magique, une appartenance, un sens, que seuls les initiés pouvaient connaître. J’étais là, à percevoir la solennité de la cérémonie et pleine de gravité, je me sentais grandie.

 

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