La couverture du procès en appel de Redouane Ikil à Albi

Le‭ ‬28‭ ‬juin‭ ‬2019‭ ‬s‭’‬est ouvert à Albi le procès en appel pour le braquage des bureaux de poste de Toulouse,‭ ‬à Bellefontaine en‭ ‬2012‭ ‬et Saint-Cyprien en‭ ‬2013.‭ Ce procès se tient après qu‭’‬en‭ ‬2017‭ ‬le Ministère Public a fait appel, suite à l‭’‬acquittement de Redouane Ikil.‭ ‬

Les jurés avaient pourtant conclu à l‭’‬unanimité‭ ‬qu‭’‬il ne pouvait avoir commis les faits dont on l‭’‬accuse.‭ ‬Concernant Redouane Ikil : l’élément clé serait constitué de fausses fiches de paie fournies par l’accusé pour obtenir un hlm, alors qu’il était au chômage du fait de sa suspension de la Poste, son employeur. Ces documents étaieraient le portrait de malfrat que l’accusation tente de dépeindre à partir d’éléments épars.

‭Ces éléments s’ajoutent à un dossier déjà mince en ‬première instance.‭ L’‬instruction s’est focalisée sur Redouane Ikil et a a négligé des pistes plus sérieuses,‭ ‬qui auraient pu conduire à la vérité.‭ ‬Sur la base de ce dossier,‭ ‬il est donc difficile de faire la preuve des versions avancées par les parties civiles.‭ ‬C‭’‬est pourquoi dès vendredi le président ont organisé les débats principalement autour de la personnalité de Redouane Ikil.‭ ‬Puisqu‭’‬il n‭’‬est pas possible d‭’‬étayer les accusations de preuves,‭ ‬alors les parties civiles et l‭’‬avocat général vont fouiller le passé de Redouane Ikil jusqu‭’‬à prouver qu‭’‬il serait capable d‭’‬être le cerveau d‭’‬un braquage.

Pour le second accusé,‭ ‬Fabien Detcha,‭ ‬reconnu guetteur de l‭’‬équipe de la seconde attaque et interpellé sur les lieux du braquage de Saint-Cyprien,‭ ‬l‭’‬enjeu est moindre.‭ ‬Il a été‭ ‬condamné à‭ ‬15‭ ‬ans en première instance et aucun nouvel élément n‭’‬a été apporté au‭ ‬dossier.‭

Ce procès mérite une attention particulière,‭ ‬car un élément sort de l‭’‬ordinaire‭ ‬:‭ ‬la durée de la détention provisoire imposée à l‭’‬un‭ ‬des accusés‭ ‬avant son acquittement‭ ‬:‭ ‬38,5‭ ‬mois,‭ ‬effectués par Redouane Ikil.‭ ‬Présentée comme justifiée par les magistrats en charge de l‭’‬instruction,‭ ‬elle a été défendue par la justice de diverses manières au fil des dizaines de demandes de libération de Redouane Ikil‭ ‬:‭ ‬risque de fuite à l‭’‬étranger,‭ ‬dangerosité,‭ ‬risque de pressions sur les témoins... Peu d’éléments ont étayé ces différentes hypothèses.‭
Si la décision de la cour d‭’‬assises de‭ ‬2017‭ ‬était confirmée,‭ ‬il serait définitivement établi que Redouane Ikil a passé trois ans derrière les barreaux pour rien.‭ ‬Et il serait difficile d‭’‬arguer,‭ ‬à posteriori,‭ ‬de la légitimité de cette décision.‭ ‬Et c‭’‬est probablement l‭’‬enjeu majeur de ce procès.‭ ‬Eviter‭ ‬par tous‭ ‬les moyens nécessaires une décision qui sonnerait comme un désaveu du travail‭ ‬d‭’‬instruction.‭

Cela expliquerait‭ ‬l‭’‬orientation‭ ‬étonnante‭ ‬des débats.‭ ‬En effet,‭ ‬partie civile,‭ ‬avocat général‭ ‬et président du‭ ‬tribunal se concentrent‭ ‬en grande partie‭ ‬sur la personnalité de Redouane Ikil.‭

Il‭ ‬sera rendu compte sur ce blog :
‭- de‭ ‬la première audience où‭ les jurés ont été sélectionnés et les premiers témoins ont été entendus.
‬- de‭ ‬la quatrième journée de débats ainsi‭ ‬que des suivantes.‭ ‬

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