La Mairie de Brazzaville est conquise: JJB ou l'épopée d'une affirmation politique

En réalité qui est Jean Jacque Bouya ? Jusqu'où veut il aller ? Directeur National de Campagne ? Premier Ministre ?

L'année 2019 s'est clôturée par le congrès, tant attendu, du parti au pouvoir au Congo-Brazzaville. Le Parti Congolais du Travail, en sigle PCT, est fondé en 1969 par le défunt président Marien Ngouabi. Entre marxisme-léninisme à sa création, parti unique sous la république populaire du Congo et désormais d'obédience gauche en adoptant la sociale démocratie avec l'arrivée du pluripartisme, le parti cumule 43 ans de gestion de l'état. Toute une histoire, une école, une vie, une fabrique des cadres de la république et parfois ou souvent une machine politique qui a connu le passage d'illustres hommes qui ont marqué de leur emprunte la république, leur temps, leur époque et leur génération. Le PCT était simplement le parti de tous les congolais, là où il fallait servir le peuple et la nation, c'était l'époque où la devise ultime était "tout pour le peuple, rien que pour le peuple". C'est dans cet esprit que même avec l'arrivée du multipartisme, les formations politiques qui se sont constituées se sont majoritairement alignées à gauche dans leur choix idéologique.  Positionnement qui en réalité repose sur l’âme communiste. 

Le congrès de décembre 2019, se voulait un congrès du renouveau, 50ans d’existence, renouveau des instances dirigeantes mais pas seulement, un renouveau des pratiques et des façons de faire était aussi appelé de tous ses vœux par une classe politique de plus en plus rajeunies, pleine d'aspirations et d'ambitions. Une façon plus moderne de faire la politique s'impose, plus transparente et plus dynamique, c'est le ton et la cadence amorcés par le nouveau secrétaire général et l'équipe qui l'accompagne. Le PCT réputé, à tord ou à raison, comme conclave des conspirations ou des machinations ose le pas de la contemporanéité. Plusieurs courants et clivages internes se consolident de plus en plus, avec désormais un espoir réel de voir éclore les ambitions portées par des leaderships internes qui peinent à s'affranchir des continences pesantes des vielles habitudes et des vieux tabous du parti. Le président de la république, Denis Sassou Nguesso, président du comité central du parti, en chef de troupes, exerce un leadership participatif sur son parti et la gestion de l'état. Les cadres du parti sont pour la plupart responsabilisés dans la gestion de la chose publique, ministres, directeurs généraux, préfets, ambassadeurs et autres hauts cadres de la républiques sont pour nombreux membres du PCT et apparentés. C'est dans cette kyrielle de responsabilités que les courants se constituent selon des proximités pas toujours facile à lier. Au vue de l'actualité publique avec l’élection du nouveau maire de Brazzaville, il est important de s'intéresser au courant mener par le ministre de l'Aménagement, de l'Équipement du territoire et des Grands Travaux, Jean Jacques Bouya. 

Le candidat unique (du consensus), désigné par le PCT pour briguer la présidence du conseil départemental et municipal de Brazzaville et de fait être maire de la ville capitale, est monsieur Dieudonné Bantsimba, jusqu'à lors directeur de cabinet du ministre Jean Jacque Bouya. Une désignation pleine de suspens et expectative, ce n'est qu'à trois heures de l'élection qu'une information officielle du parti sera twitté par Parfait Iloki, secrétaire permanent à la Communication et aux NTIC, pour citer le nom de celui qui a décroché la timbale. Que aura valu autant d'attentes ? est ce les tractations ? les présumées primaires ou simplement l'établissement de l'objet du consensus ? Une chose est importante à retenir, le profil et les affinités des autres challengers dans les rouages du pouvoir, témoignent d'une bataille de désignation qui n'était pas mince affaire. De cela il s'impose de retenir que cette belle et grande bataille politique remportée par le ministre Bouya, révèle qu'il est assis et investi dans les réseaux de sa famille politique et du parti. A l'orée du scrutin présidentiel de 2021, l'exercice non négligeable auquel s'est prêté le PCT pour désigner son candidat unique, révèle combien d'aucuns sont disposés à monter au pinacle. Était ce un essai pour émuler les leaderships en vue d'identifier le probable futur directeur national de campagne pour le compte de l'élection présidentielle de 2021 ? Mais en réalité qui est Jean Jacque Bouya ? et jusqu'où veut il aller ?

L'homme n'est plus à présenter, pour certains il est le neveu du président de la république, pour d'autres il est son cousin, mais tout le monde s'accorde à dire qu'il est l'un de ses plus importants collaborateurs au vu des responsabilités qui sont les siennes et des dossiers qui lui sont confiés combien même la transversalité de ses responsabilités n'est pas établie à priori. Jean Jacque Bouya est donc l'homme des grands dossiers, celui qui matérialise la vision de bâtir du président de la république, mais aussi celui qui négocie pour le pays et l'engage à l'étranger. C'est le profil le plus simple qui puisse être fait de lui. Il a l'avantage d'être jeune parce que né après les indépendances, et sa discrétion au quotidien nécessite qu'on s’intéresse de plus près à son mystère. Que désire JJB comme l'appellent ses intimes, où le leader comme l'appellent ses protégés ? Il place, il nomme, il pistonne, il donne des opportunités, dans tout l'appareil de l'état il positionne ses hommes, mais à quelle fin ? Pour exercer un leadership nouveau ? Tente t'il de se démarquer de ses compères ?  Envisage t'il de développer une coalition des cadres de la république dans un courant pctiste ? mais à quelle fin ? A moins d'un an de la présidentielle 2021, quel était l’intérêt de cette bataille de positionnement à travers la désignation de son directeur de cabinet comme candidat du parti ? Se positionne t'il comme prochain directeur de campagne du candidat Sassou ? où simplement envisage t'il de s'affirmer pour avoir la pertinence d'être positionné comme premier ministre du prochain mandat? Si tel est le cas, sur quoi reposerait son optimisme quand la clameur publique dit que le président de la république étant originaire du nord du pays, par géopolitique son premier ministre doit être du sud. Comme si l'état n'était pas un tout où la pertinence doit primer sur les considérations susceptibles. A quoi pense exactement JJB ? 

D'interrogations en interrogations pour tenter de saisir l'homme et sa démarche. Il est très sélectif dans le choix de ses collaborateurs et des ses lieutenants, ont tous en communs la discrétion et ne se livrent pas aux outrances qui indisposent et heurtent le quotidien des compatriotes. JJB ne se livre pas ouvertement aux défis et challenges prétentieux, mais il avance en silence et dans le calme, il gère au plus haut niveau des dossiers importants de la république et s'applique à promouvoir une élites qu'il se choisit. Mais la question reste la même, à quelle fin ? Etre directeur national de campagne ou futur premier ministre ? Ou veut il simplement les deux ? Veut il relever le challenge de briser la pseudo géopolitique de clivage entre la primature et la présidence ? Sommes nous entrain d'assister à la fin d'une ère de politique-fiction longtemps ancrée dans l'esprit populaire ? 50 ans après, le pct n'aura pas cessé de nous surprendre, où nous mènera cette nouvelle ère aux courants complexes et parfois si imprévisibles?   

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