La révolution du CPL : vers un partage de données sans ondes

L’exposition domestique aux ondes, si elle n’a rien de dangereux pour la santé, inquiète de plus en plus. Aussi, la technologie tente de trouver des alternatives afin de désaturer nos foyers. La solution plébiscitée : le courant porteur en ligne (CPL) qui, après s’être imposé dans la domotique, s’installe dans le quotidien des Français.

Dans un monde d’ondes et de faisceaux, les technologies alternatives de transmission de l’information connaissent une véritable révolution. Sans que la nocivité des ondes des box internet ou des téléphones portables ne soit avérée, elle fait l’objet d’une observation de plus en plus attentive, et les technologies de pointe tentent de s’en détourner. Parmi les innovations transportées par cette mouvance, on trouve la technologie du courant porteur en ligne (CPL).

Elle permet de transporter un signal de haute fréquence en le superposant au signal 50hz du courant électrique qui est délivré par les traditionnelles prises de courant, transmettant les informations numériques sur le réseau électrique 220 Volts existant. Les CPL superposent au signal électrique de 50 Hz un autre signal à plus haute fréquence (bande 1,6 à 30 Mhz) de faible énergie. Ce deuxième signal se propage sur l'installation électrique et peut être reçu et décodé à distance. Ainsi le signal CPL est reçu par tout récepteur CPL qui se trouve sur le même réseau électrique. Il est ainsi possible de créer un réseau Internet local ou à très longue distance avec le réseau électrique d'un logement, et émettre de la même façon que les autres protocoles de communication dits « universels » tels que le Wi-Fi ou le Bluetooth.

Une technologie qui a plus de 50 ans

Historiquement, la découverte des CPL est assez ancienne. Les premiers usages d’un circuit électrique comme support pour faire transiter des informations remonte à 1950. A l’époque, il s’agissait de transferts bas-débit et de signaux simples, pour des usages tels que des télécommandes de relais pour l’éclairage municipal, sur une fréquence de 10 Hz (il permet l'allumage et l'extinction à distance de certains éclairages publics). Il faut attendre la fin des années 90 pour que des recherches plus poussées soient réalisées, et que les premiers tests de transmission de signaux de données sur réseau électrique en bidirectionnel soient réalisés, en Suisse d’abord (ASCOM) puis au Royaume-Uni (Norweb). Il permet la transmission de données numériques à un débit important.

Dès le début des années 2000, les CPL arrivent en France en tant que projet de recherche et développement au sein d'EDF. Après des années de tâtonnement et de développement de produits, la première règlementation au niveau européen est publiée en 2005, encadrant l’utilisation des bandes de fréquence des CPL. C’est au tournant 2010 que les premiers usages effectifs de cette technologie atteignent le grand public.

Des usages nombreux et variés

Aujourd’hui, le CPL entre petit à petit dans nos vies. Pour les personnes soucieuses de notre surexposition à des ondes potentiellement nocives (wifi, téléphone portable, micro-ondes…), il devient une des alternatives de référence. Un des usages les plus astucieux, et surtout récent, est l’introduction du CPL en matière de babyphones. Le babyphone fait partie des accessoires pour bébé les plus utilisés, permettant de suivre le sommeil d’un enfant à distance, et sans risque de le réveiller. Il peut être audio ou équipé d’une caméra, avec laquelle  il est possible de voir bébé de jour comme de nuit. Seulement, il doit être placé à proximité de l’enfant, ce qui l’expose à la diffusion d’ondes qui angoissent certains parents. Et c’est là que la technologie reposant sur le protocole G3 PLC (Power Line Communication) du CPL trouve tout son intérêt. On peut ainsi utiliser ces appareils sans danger.

Une autre utilisation intéressante de cette technologie est la nouvelle génération de compteurs « intelligents » mis en place par ERDF – filiale d’EDF. Le compteur Linky est une révolution de fait dans le suivi de la consommation par les utilisateurs, puisqu’il dématérialise totalement le procédé. Grâce à lui, plus besoin de technicien qui vient procéder au relevés : Linky communique automatiquement la consommation exacte d’un foyer via le réseau électrique de la compagnie. Fini, aussi les ajustements douloureux lorsque les estimations s’avèrent dépassées. Après une phase expérimentale de plusieurs années, le projet Linky vise désormais au remplacement du parc de 35 millions de compteurs dans les foyers français. En plus de cet aspect pratique, les compteurs nouvelle génération présentent des avantages en matière de santé : les émissions de fréquences sont largement contenues dans le réseau électrique, et l’émission n’a lieu que quelques secondes par jour – le temps de relever la consommation quotidienne – avant de redevenir nulle. D’une émission continue, on passe donc à un strict nécessaire. Une avancée qui atteste d’une évolution des mentalités, et une prise de conscience quant au gâchis énergétique auquel notre mode de consommation nous a habitué.

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