Sites de streaming illégaux, attention danger !

Alors que la cyberattaque WannaCry soulève à nouveau la question de la sécurité sur Internet, l’association Ennocence s’inquiète des dangers qu’encourent les jeunes internautes se rendant sur des sites de streaming illégaux.

De nos jours, les attaques informatiques peuvent toucher n’importe qui et presque n’importe quoi. En janvier dernier, le ministre de la Défense français estimait à 24 000 le nombre de cyberattaques visant son administration en 2016. En février, c’est le mouvement d’Emmanuel Macron, En Marche !, qui déclarait au journal Le Monde que son site avait fait l’objet de 4 000 attaques informatiques durant la présidentielle.

L’attaque par le « rançongiciel » WannaCry a de son côté eu un retentissement mondial. Et pour cause : d’après le chef d’Europol, Rob Wainwright, cette attaque « sans précédent » aurait touché plus de 200 000 machines dans quelque 150 pays. Des hôpitaux britanniques du service public ont même été forcés d’éteindre complètement leurs systèmes informatiques, phénomène qui aurait pu mettre en danger la vie de nombreux patients.

En Allemagne, des passagers ont posté sur les réseaux sociaux des photos de panneaux d’affichage ferroviaires avec la demande de rançon en lieu et place des horaires des trains. Pendant ce temps, en France, l’usine Renault de Douai (Nord), l’une des plus importantes du constructeur automobile, a dû cesser toute activité en raison de cette fameuse attaque.

Si dans le cas de WannaCry, ce sont principalement des entreprises et des établissements publics qui ont été touchés, les particuliers sont loin d’être à l’abri d’une telle attaque. Demandes de rançons, logiciels malveillants ou détournement d’objets connectés, sur Internet, des attaques ont lieu en permanence et n’importe quel objet connecté à un réseau informatique est potentiellement vulnérable. Permanente, la menace peut également s’aggraver du fait de la généralisation de certaines pratiques : visionner des filmes sur un site de streaming illégal peut s’avérer particulièrement risqué. 

Risques techniques et psychologiques

Selon un rapport de l’Association of Internet Security Professionals (AISP), 80 % des sites de streaming illégaux hébergent un ou plusieurs des 160 000 virus qui sont créés chaque jour dans le cyberespace. Pas moins de 500 millions d’ordinateurs (soit un ordinateur sur trois) seraient actuellement infectés dans le monde, une contamination qui se manifeste par des spams, des logiciels malveillants ou des fenêtres publicitaires « pop-up » qui s’ouvrent inopinément à l’écran et renvoient vers des sites proposant bien trop souvent des services frauduleux.

L’objectif de ces attaques : récupérer les données privées des internautes (photos, documents personnels, listes de contacts, informations bancaires, historiques de navigation, etc.). 

Mais ce n’est pas tout, ces sites mettent également à mal le développement psychologique des plus jeunes en diffusant à tout va des publicités à caractère pornographique qui viennent côtoyer les derniers dessins animés Pixar et Walt Disney…

Regarder des vidéos en streaming sur des sites illégaux constitue le nouveau passe-temps des plus jeunes. Ces derniers s’intéressent particulièrement aux séries TV, films et évènements sportifs. Or, la majorité des contenus publicitaires qu’hébergent les sites de streaming illégaux renvoient directement à des sites pornographiques. Un phénomène qui inquiète de plus en plus parents et associations.

Un véritable fléau

D’après les résultats d’un sondage réalisé par OpinionWay pour l’association Ennocence, l’âge moyen d’un enfant lorsque celui-ci est confronté pour la première fois à une image pornographique en ligne est de 11 ans. Deux tiers (66 %) des parents interrogés affirment que leurs enfants leur ont déjà parlé d’images à caractère pornographique qu’ils avaient vues sur un site de streaming ou de téléchargement illégal, et 79 % de ces mineurs déclarent avoir subi ces images involontairement.

Or, une exposition trop précoce à des images pornographiques peut être lourd de conséquences. Dépression, tentatives de suicide, échec scolaire, complexe d’infériorité, banalisation de la violence… D’où l’appel que l’association Ennocence lance à la société civile et aux pouvoirs publics afin d’enrayer ce fléau.

Pour Gordon Choisel, président d’Ennocence, s’en prendre judiciairement aux plateformes de streaming est inefficace, la plupart d’entre elles étant hébergées à l’étranger. « Notre angle d’attaque est différent. Nous allons tenter de couper leurs rentrées financières en attaquant prochainement en justice l’une des régies publicitaires qui jouent les entremetteuses », révélait-il au Parisien.

Les nouvelles générations se rendent sur Internet depuis leur plus jeune âge, mais elles n’ont jamais appris à l’utiliser et se retrouvent dès lors en proie à de nombreux risques, tout autant techniques que psychologiques. Ajouté à cela une absence d’action des pouvoirs publics pour sécuriser La Toile, et ce sont des milliers d’enfants qui se retrouve chaque jour exposés à des images à caractère pornographique.

 

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