Quelques vers pour des Gilets Solaires

Voici un hommage aux Gilets Jaunes et à la Poésie.

 

4 saisons pour un mois de Décembre.

 

Est-ce un Printemps ? Comme un réveil, ou un sursaut.

Est-ce un Automne ? De couleurs imitatrices d’un été, aux feuilles mortes tombées ?

Ou encore est-ce un Hiver ? Un repli sur soi, et un corps affrontant un désert de givre.

Ou est-ce un Eté, et la pleine puissance solaire.

 

                   Quelle que soit la réponse,  il semble s’agir d’un mois aux idées fertiles, et une saison en ébullition. Quelque chose crie dans le silence, et nos oreilles attentives semblent l’avoir entendu. Qu’est-ce donc ? Un instinct de survie qui se manifeste ? La vie qui veut se sauver elle-même ? L’heure est peut-être aux interrogations, pour des réponses ouvertes.

                   Il se passe beaucoup de choses en ce mois de Décembre. La machine s’emballe, tout va de plus en plus vite. Je sens comme deux grosses mains, cherchant à nous compresser, à nous inviter à ne pas résister à la fusion. Le monde devient de plus en plus petit, nous nous rapprochons de plus en plus.

                J’ai terminé un ouvrage, que j’aimerai publier. Il est composé de lettres et de poésies. La politique, la philosophie, le développement de soi et l'humour réunis pour bâtir des ponts. Mais voilà, ma quête d’être édité rencontre le réel, et ses évènements. C’est pourquoi je souhaite de tout cœur dire bravo à toutes celles et ceux qui portent le soleil en gilet, et qui, tout de jaune vêtus, se battent pour nos droits, pour la justice, et pour que l’étouffante étreinte du pouvoir , dicté par les chiffres, lâche sa proie (à savoir nous), pour se diluer et se fonde enfin dans l’horizon, et l'équité. Pour nous permettre de respirer, car nous manquons d’air. Pour permettre une métamorphose de notre Société. Pour l’avènement de la Démocratie, et que les voix qui se sont si longtemps tues, puissent enfin se faire entendre.

              Voici trois poésies pour rendre hommage aux gilets éclairés et éclairants. Elles sont suivies d’une lettre rendant hommage à la poésie, puis des poèmes, tout simplement.

        Ps : Ces premières poésies ne sont pas une ôde à la violence.  Elles sont la captation neutre de ces formes, de ces mots, de ces agitations bruyantes ou silencieuses perçues par mes sens, puis posées et transformées à l’écrit, par la poésie.

 

 

# Un conte de feu

 

Comme un premier jour du mois, et hors saison

Aux heures pluvieuses, une atmosphère de plomb

Aux muscles tendus, une chair à fleur de peau

Villes grisées, gilets solaires sur le dos

 

Le bruit des plaques traînant sur le bitume

Pour ces dizaines de barricades à tenir

Ces masques, ces cagoules noires et cette brume

Banques en feu, odeur d'insurrection à venir

 

Voitures retournées, chaos organisé

Les avenues sont prises, un arc a triomphé

Aux flèches de la colère des cieux pourfendus

Rêver d'un monde meilleur n'est plus défendu

 

  

# Aux Campagnes

 

J'offrirais bien quelques mots à nos campagnes

Ces petites villes et ces petits villages

Des plaines aux champs colorés, des montagnes

Tous ces paysages traversant les âges.

 

Loin de ces regards hautains, et des préjugés

Loin des villes mondes, des contrées oubliées

Aux vies plus modestes, aux rythmes différents

Rivière de saisons s'écoulant lentement

 

Aux campagnes se trouvent courage et cœur ouvert

Des ponts reliant les grandes villes sont à faire

Pour que ces soleils, et agoras des ronds-points

Aient enfin une voix qui s'entende au loin

 

 

# Barricade

 

Je suis née un fameux soir de tempête

 Où gouttes de pluie se sont mêlées aux pavés

Aux cieux de la rage, peuples et conquêtes

Tous les éléments pour ma vie embrasée

 

D'un assemblage de taule, de bois, de colère

Nourrie d'injustices qui ne se tolèrent

Je naquis sur les routes et sur les avenues

Les flammes de la révolte aux cœurs déchus

 

Mon esprit en brasier, en faim insatiable

Réclame d'avantage de bois et de rage

Aux flammes qui s'élèvent, l'émotion instable

Seule l'eau de source pourra me rendre sage

 

 

 

      Lettre :

 

        Kara - TOGO, 19 Novembre 2018

      Discours à l'Assemblée des Poètes

 

 

                Jouer avec les mots. S’amuser de la cacophonie, pour composer de nouvelles symphonies. Prendre des lettres et inverser les ordres établis. Effacer les hiérarchies, créer et écrire de nouvelles cohérences. Faire chanter les phrases, et profiter de quelques cordes vocales, pour faire vibrer les images photographiées en nos esprits, et  les entendre s'exprimer en mélodies. La poésie n'est pas simplement l'oeuvre de rimes, de vers ou de couplets. Elle n'est pas uniquement non plus l'affaire de rêveuses ou de rêveurs, d'artistes, d'individus détenteurs de pouvoir que d'autres n'auraient pas. Au contraire. La poésie, c'est l'éveil de nos capacités, la mise en lumière de nos obscurités, chercher à créer le possible parmi les impossibles. La poésie, c'est offrir la faculté de percevoir la beauté même là où elle semble cachée. C'est aussi un voile qui se retire. Et des apparences qui se transpercent, par une lame coupante aux tranchants équitables. Aux deux forces contraires se tenant la main, animées d'une volonté d’acier de travailler ensemble. Par une dague affûtée, la poésie peut déchirer le visible, et offrir à la lumière de notre regard, une grille de lecture toute autre, parfois plus profonde, plus transcendante, du monde qui nous entoure, et qui nous compose. Aux mots embrassant une multitude de concepts qui d'apparences, et dans l'obscurité de nos croyances, se prétendaient être des adversaires. La poésie est capable d'établir des ponts entre les mondes, entre les sphères, elle est capable aussi de façonner, et de modeler des liens entre les mots, entre les phrases, entre les définitions, au point d'en produire de nouvelles liqueurs, de nouvelles huiles essentielles. Aux goûts et aux odeurs, aux saveurs bien différentes. Aux pâtes, capables de reboucher certains trous béants. Aux cordes, capables de renouer certains liens défaits. Aux baumes, capables de panser certaines plaies, qui semblaient vouées à nous mener vers l'amputation.

               La poésie, c'est créer un rapport intime avec l'invisible. C'est démontrer par la subtilité, et la complicité du verbe, de l'imagination et de l'intelligence sensorielle, que toutes les grilles de lectures du monde se valent. Et que la vérité est plus aisément à portée de main lorsque nous passons entre les sphères, arpentant les mystères, chérissant les hasards caressant les miracles, et la chance effleurant l'improbable. C’est aussi une liberté qui s’offre à nous, lorsque d'un voyage d'une vie, nous nous rendons compte que plus nous avançons, plus nous découvrons bien plus de mystères que des certitudes. Une vérité sur l'essence du monde se manifeste lorsque la logique s'effrite, lorsque la tête perd le contrôle, et que le corps écoutes et ressent pleinement. Elle se retrouve plus aisément lorsque nous serpentons entre les sphères, par les jeux de mots, par les connections, par des liens malléables et malaxés, par la fluidité du chant de nos idées et de notre innocente voix dissonante.

              La poésie, c'est une ôde au Verbe, une ôde au chant, et une ôde à l'écoulement de notre spontanéité. Une ôde à la captation sensorielle, et au désir de comprendre le monde, non plus uniquement par la tête, mais par l'intelligence de notre corps tout entier. Ainsi la poésie, est ce désir de rencontrer l'autre, le différent, l'incompris. C'est aussi chercher à devenir secrétaire de l'invisible. Porte-parole de l'intuition, et de la douce interprétation. C'est un plaisir de se retrouver face à vous, chères poétesses, et chers poètes. Dans votre façon d'être, par votre parole, et votre simple regard, vous participez à l'ouverture du monde. A son décloisonnement. Vous participez à la réécriture de nos histoires, et vos anciennes ratures sont nos rimes futures. Nous avons besoin de vous. Nous avons besoin de vos mots pour secouer les fourmilières, participer à l'effondrement des ordres établis, et d'ouvrir le langage de nos esprits à de nouvelles cohérences. Nous avons besoin de graines porteuses d'images, à faire germer dans les esprits. Nous avons besoin de faire tomber le règne du mental, celui qui ment et séquestre notre partie animale. Et nous avons besoin d'un amour suffisamment grand, pour qu'il érige deux immenses mains, capables de comprimer cet écart entre la tête et le coeur, de façon à ce que l'âge d'or qui sommeille en chacun de nous, s'éveil enfin. Réveillons les morts. Crions dans le silence, et chantons les louanges de ce souvenir, à la mémoire de ce temps présent, ce temple en soi, ce réveil, qui est enfin arrivé. Pour un claquement de doigt à échelle terrestre, et une réalité plus grande qui s'ouvre à nous. Nos yeux s'écarquillent juste d'avantage, il n'y a pas de raison d'avoir peur. A nous de rendre ces changements plus agréables, plus doux, plus acceptables. Car les résistances entraînent la douleur. Et ce qui ne s'adapte pas, disparaît.

 

              La poésie nous invite à créer de nouvelles grilles de lectures du monde. Pourquoi-pas par exemple, ériger l'humilité en tant que hauteur de nos valeurs ? Ou encore, militer pour reconnaître et offrir une nouvelle place au droit à l'erreur, et au droit de ne pas être parfait ou parfaite. Au droit de se tromper, de douter, d'hésiter, et d'avoir peur. Pourquoi-pas aussi, ériger le désir d'être vulnérable, en  tant que véritable force. Cultiver les rêves comme des plantes, les nourrir et les chérirs. Couver la douceur et la tendresse à feu doux. Ici, pas d'enfer, pas de paradis. Seulement des regards et des actes. A nous de contribuer à l'affranchissement de nos esprits. De couper les chaînes de nos têtes, de toquer aux fenêtres, et de garder les portes ouvertes. A nous dessiner des ponts, dresser des échelles, et réveiller les endormis. Les réveiller en amenant la conscience hors de nos sciences. En transformant les barricades de béton, en verre capable de nous montrer la vérité cachée, boisée, verdoyante de nos forêts. Faire sursauter ceux qui ne font que penser le monde, au lieu de le vivre. Montrer que les sociétés, aux lois quelqu'elles soient, n'existent pas. Il n'est qu'un monde du cœur qui veut rassembler et aimer, sans raison. Voilà un bien étrange programme logé en chacun de nous, un programme parfait, qui laisse de la place à la liberté d'agir, et d'être. Une beauté qui ne demande qu'à être révélée. Soyons légions, soyons légers. Soyons les mains et les paroles, les véhicules vivants d'une poésie qui s'offre à nous, nous partage sa légèreté, sa fluidité, et la réalisation de son vœu le plus cher : exister, et faire de la vie une œuvre poétique.

 

 

# Vouloir ne plus vouloir

 

Comme une vie au présent des plus insatiables

Dictée par l'imaginaire, un monde de fables

Régie par des innombrables envies sans fin

Ventre plein et envies à l'éternelle faim

 

Le présent est constamment distrait, projeté

Par les attentes d'une vie insatisfaite

Un voile des illusions et des yeux fermés

Une réalité teintée de nos souhaits

 

La liberté, un bonheur déconditionné

Est comme un grand sentiment de complétude

Vouloir ne plus vouloir en serment scellé

Au sel de l'amour, la joie en habitude

  

 

# Coeur de Congo

 

Il existe quelque part un pays concentrant

Les oxydants du monde composés de diamants

Les ressources pour le confort de quelques uns

Un bonheur porté et du sang sur les mains

 

Paradis et enfer se nomment Congo

Aux trésors enfouis, un pays sous tutelle

A l'ombre des grands arbres, un cœur pris en étau

Un silence de mort et du plomb dans l'aile

 

Le Congo concentre notre goût de l'argent

Notre amour de tout ce qui est superficiel

L'égoïsme rongeant le monde d'un feu ardent

L'incapacité à comprendre l'essentiel

 

Au Congo l'Afrique peut se réaliser

Jusqu'à en faire rayonner le monde entier

Nous offrir et partager le mot liberté

Décloisonnant les individualités.

 

Si le Congo est en paix, l'Afrique...

 

   

# La Bourse ou la Vie ?

 

Voici le pire des scénarios d’Halloween

L’odeur de soufre remplissant mes narines
La fête des morts porte désormais son nom
« La Bourse ou la Vie ? » Mais quelle infâme question !

Vous pouvez ranger tous vos masques terrifiants 
Et profiter de ces quelques friandises
L’horreur est à une autre échelle maintenant
Le cauchemar grandit, il se capitalise

Elle est comme une question d’actualité
Une croissance pour quelques mains sanglantes 
Elle est comme source des inégalités
Aux mains du pouvoir, une planète brûlante

 

 

# Invocation

 

Toutes celles et ceux invoquant les grands mots

Demandant l'acquiècement de la garde des sceaux

D'une main sur le cœur et le menton levé

Prônant haut et fort une façon d'exister

 

Tantôt se ventant d'être ceci ou cela

Prétendant cotoyer la vérité en soi

De la leçon de morale jusqu'aux reproches

Du jugement clair et fluide comme l'eau de roche

 

Parfois nous invoquons de très hautes vertus

Tel le plus beau discours jamais entendu

Et pourtant dans les faits voilà un grand écart

Pendant un instant, la cohérence au placard.

 

Les grands mots sont des appels, des invocations

Pour combler nos vides, nos désirs d'incarnation

Celles et ceux qui se sont tu, ont su ces vertus

Qui découlent de leurs êtres et leurs actes comme jus

 

  

# Nous regarder penser

 

D'un jeu d'observation et de curiosité

D'un mélange d'amusement et d'écoute

D'une douce attention hors de nos pensées

S'ouvre la beauté humaine en clef de voûte

 

Nous sommes si fascinants ! Semblons débordés

Comme les victimes de l'imagination

Nous exprimant, nous sommes tels des possédés

Incarnant nos mots par des gesticulations

 

Détenteurs d'une pensée qui nous dépasse

Nous sommes si beaux, si touchants et attachants

Au soleil de notre esprit, nos yeux se perdant

Jouant avec l'invisible qui se prélasse

  

 

# A la dérive

 

Comme un navire à la dérive perdu en mer

Portant les voiles de nos souvenirs glorieux

Un corps de bois mort ne rêvant que de terres

Aux espoirs déchus, échoués à mille lieux.

 

Egaré sur les eaux de l'infini pensée

Naviguant à l'aveugle en quête de clarté

Nos fantômes et démons en équipage

Méandres du doute en unique voilage.

 

A la dérive, les vices à notre merci

Ils nous chuchotent, nous murmurent leurs envies

L'appel des phares prend une teinte livide

Lumières vidées, par des ténèbres avides

 

Sous les serres, les crocs, l'étreinte de la pensée

Et ses boucles se répétant à l'infini.

Sans une beauté pour la rendre abasourdie,

Lointains paraissent les rêves de liberté

 

A la dérive, et la vie en pain rassi

Nos joies ne sont rien de plus qu'un ciel assombri

Sourire teinté de tristesse aux yeux vitreux

L'Être heureux comme le plus lointain de nos vœux.

  

 

# Semer des graines

 

Semences d'idées, graines d'envies ou de pensées

Sentences de germes, douceur verte d'une tige

Comme une pluie de graines, un esprit inspiré

Des bourgeons plongeant dans des cieux sans vertige

 

A terre un jardin blanc, vide et fertile à tout

Où amour et patience sont de grands atouts

Portant les graines de nos rêves à réaliser

A nous et à nos mains de se mettre à pousser.

 

Toute idée est une graine qui peut se planter

Elle peut germer, pousser, grandir et puis fleurir

Elle ne souhaite qu'une terre où s'épanouir

Faire dans la matière, ou l'idée concrétisée

 

La graine devenue plante se nourrie de l'eau

En puise l'inspiration de l'hêtre ou du roseau

Rosace de l'être, aux vives vertus vertes

Aux fruits de nos œuvres, déguster comme quête

 

  

# De l'Amour

 

Comme particule portant un monde entier

 Comme pleurer de joie à en mourir essoufflé.

Comme haleter de bonheur à n'en plus pouvoir

Une fontaine de larmes et un abreuvoir.

 

Comme un rire où les pleurs ne sont jamais bien loin

Comme un sourire figé aux lèvres embrassées

Comme une extase silencieuse aux yeux fixés

Ou deux contraires rencontrés se tenant la main.

 

Comme une présence qui comble tout vide

Pouvant rendre l'inébranlable, timide.

Comme une frontière de peau qui s'efface

N'offrant que le meilleur, un moi qui se dépasse

 

Il est un aimant, un mot pour un sentiment

Portant nos rêves, il nous met en mouvement

Il est si irrésistiblement attirant

Sans frontière, sans limite, la vie se surpassant.

 

Les mots sont un piège pour l'indéfinissable

Une prison pour la plus douce des fables

Pour cette passion, pour ces flammes ardentes

Pour ce si doux baiser, aux glaces fondantes

 

Pour ce miel doré, composé d'étoiles

Scintillantes à en faire frissonner nos poils

Un séisme intérieur ébranlant la douleur

Affranchi des peines, un cœur dansant de bonheur

 

Voici de petits mots, comme grains de poussière

Pour tenter de mettre en forme cet univers.

 Cet état créé pour que l'Existence soi

Que se perpétuer, soit un agréable choix.

 

Il est l'architecte et toile d'araignée

Etoiles tissées, et tresses d'un monde entier

L'aimant maintenant les éléments en ordre

Au fruit d'un présent, un « maintenant » à mordre

 

 

Lomnava

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