Marc-Arthur Kohn : "Jacques Chirac, fut un grand protecteur de l'art"

« Ces peuples, dits premiers, sont riches d'intelligence, de culture, d'histoire. Ils sont dépositaires de sagesses ancestrales, d'un imaginaire raffiné peuplé de hautes expressions artistiques dont les chefs d'oeuvre n'ont rien à envier aux plus belles productions de l'art occidental. »

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Jacques Chirac a longtemps été moqué en raison de son présupposé manque de culture. Pourtant c’était un fin connaisseur d’art que j'ai eu la chance de croiser dans plusieurs salles de ventes. Ce proche du marchand d’art Jacques Kerchache et de l’ethno-historien Jean Malaurie s’est notamment distingué par la défense des « arts premiers ». Un goût en décalage avec la culture classique qu’affectionnaient ses prédécesseurs Valéry Giscard d’Estaing ou encore François Mitterrand - à l'exception notable de Georges Pompidou dont le nom aujourd'hui est connu de tous pour un autre musée mondialement connu...

Véritable amoureux des cultures d'Asie, d'Océanie et d'Afrique, Jacques Chirac, qui s'est éteint ce matin, a développé une passion pour les arts non-européens dès l'âge de 14 ans. Il était alors élève au lycée Carnot. A ce propos, il disait que pour aller de chez lui au lycée, il devait passer devant le Musée Guimet, le musée national des arts asiatiques de Paris. « Alors, j'ai été le visiter. Et je veux à la vérité dire que, il m'est arrivé souvent de m'arrêter au Musée Guimet et de sauter la classe » racontait-il.

Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture de la culture de 2002 à 2004 sous Jacques Chirac, avait une fois confié que cet ancien Président de la République avait pendant très longtemps « refoulé le fonds de sa personnalité culturelle, extrêmement originale, extrêmement attentive, extrêmement engagée ».

Dans un ouvrage intitulé « Un anthropologue nommé Chirac », Alain Nicolas révélait au Français douze ans d’intense et discrète collaboration avec l’ancien chef de l’Etat. L’anthropologue et archéologue y raconte les nombreux entretiens téléphoniques et rendez-vous complices avec Jacques Chirac - un homme toujours disponible pour discuter de sa passion pour l’art papou et de la protection des Indiens d’Amazonie.

Cette affection de Jacques Chirac pour l’art s’est manifesté à travers de nombreuses actions culturelles dès le début des années 1990. Peu après la disparition de Georges Pompidou en avril 1974, il veille à ce que le projet du Musée d'art moderne et contemporain de Baubourg, (NDLR aujourd’hui Centre Georges-Pompidou), voit le jour. Il dira à ce propos : « J'ai fait partie de ceux qui, contre vents et marées, ont imposé la réalisation de ce projet que le président Pompidou avait voulu". Plus tard, il incite le musée du Louvre à inaugurer des salles consacrées aux chefs d'oeuvre des « arts premiers ». C'est aussi sous son mandat que le Centre Pompidou et le Louvre ont vu naître les chantiers de leurs futures extensions à Metz, puis à Lens. Un moyen de renforcer l'égalité des chances des Français dans l’accès à la culture.

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Mais "le vrai héritage que Jacques Chirac laisse derrière lui", estime le commissaire-priseur Marc-Arthur Kohn,  c’est le Musée du Quai Branly, admirable musée des « arts premiers » qu'il a appelé de ses vœux et pour lequel il a aussi lutté âprement. En effet, il a suivi de près chacune des étapes d'un projet qui lui tenait « particulièrement à cœur », selon sa propre expression. Dix ans après sa naissance, le musée consacrait d’ailleurs une exposition à l'ancien président : « Jacques Chirac ou le dialogue des cultures ». Le musée, qui porte a présent son nom restera l’une ses plus beaux testaments.

Marc-Arthur Kohn

 

 

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