Socialisme scientifique ou socialisme utopique ?

Pourquoi étudier aujourd'hui cette question qui date ? J'y vois une bonne raison : essayer de réhabiliter une certaine idée du socialisme pour s'imaginer une pensée autre qui dépasse le concept "socialisme et barbarie" (clin œil à l'attention de Cornélius ! ), tout en allant à la recherche de nouvelles fresques murales sur les murs des abbayes de Thélème de demain.

Comme me l'avait susurré Gramsci, seule la vérité est révolutionnaire, alors on va essayer de la rencontrer si elle daigne nous accorder une audience ?  

Streat Art du côté de Polo Beyris Streat Art du côté de Polo Beyris
Les socialistes utopiques ont trop souvent pris de grandes bouffes en pleine tronche alors ce pamphlet va me permettre de rééquilibrer la choses car il est bon de temps à autre de savoir relever une mêlée. 

Commençons par brosser le portrait générique des deux socialistes. Je précise que tout ce qui va suivre n'a rien de scientifique, bien au contraire c'est juste une perception partisane des tenants et des opposants de la ou à la "Sainte Famille".   

Le premier, le socialiste scientifique détient la vérité. Il ne rit jamais, ne supporte pas le rap, boit une goute de vin de temps à autre et s'accorde une coupe de champagne à la fin d'un congrès.

Pour faire "peuple", il a lu Zola et connaît Hugo ! Il connaît par coeur Aragon et un peu moins Brassens même s'il ne déteste pas ! Lorsqu'il s'exprime, son phrasé est tellement ésotérique qu'on se demande s'il comprend ce qu'il dit ! Bien sûr, toutes les deux lignes, il fait référence à Marx. 

L'autre, le socialiste utopique, est complètement à l'ouest ce qui n'a rien de nouveau pour clore cette simple remarque introductive !

Il rit de tout, de rien, balance des trucs sans intérêt ! Il aime la bonne bouffe, il picole sec, uniquement du rouge. Le blanc est suspect depuis qu'il a croisé quelques socialistes scientifiques bornés qui détestaient le "rouge prolétarien".

Notre utopiste  peut même aller voir un match de rugby et gueuler après l'arbitre surtout si l'adversaire qui évolue sur le pré est un club de "bourges" ! Il adore le canard gras et le cochon ! C'est même la principale différence entre les deux personnalités, la gestion du gras !

Le premier fait attention  à sa ligne, le second envoie ! Bien sûr si des tenants du socialisme scientifique contestent ce point, il suffit de me le signaler et je rectifierai le billet. 

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Face à nous, un rouleau compresseur, le capitalisme qui s'est engraissé à l'espèce sonnante et trébuchante grâce au colonialisme et à son ignoble modèle d'occupations des territoires, des déportations de populations, des meurtres à gogo, des crimes légalisées et encadrées par les pires polices étatisées, des guerres (l'économie de guerre est la plus juteuse, je le rappelle).

Toute cette mascarade asociale bénéficie à l'enrichissement d’une classe ultra minoritaire qui n’a jamais été aussi puissante qu'aujourd'hui. Alors face à cette déferlante outrancière, où en est notre socialisme ? Socialisme entendu dans sa définition originelle bien loin de celle convenue de ces joueurs de pipeau qui ont dansé tant de slows langoureux avec les défoncés à l'enrichissement personnel : 

« Le socialisme véritable est le contraire de l'État et de l'économie capitaliste. Le socialisme ne peut croître qu'à partir de l'esprit de liberté et d'union par libre volonté, il ne peut voir le jour que dans les individus et dans leurs communes. »

Gustav Landauer dans son Appel au socialisme

Après cette introduction, venons-en à présent à la réalité du socialisme scientifique !

Du point de vue philosophique, le socialisme dit scientifique s’est imposé comme un incontournable. Alors que s'est-il passé ?  

Si je fais appel à mes souvenirs de jeune marxiste lors de mon apprentissage révolutionnaire, j'ai constaté que de brillants penseurs qui nous attiraient dans des cercles rouges, sont devenus à l'âge adulte des fans de la chanson fétiche de Boris Vian, Le Déserteur. 

Dit autrement, de grands navigateurs qui prenaient le vent de l’opportunisme ! Une constante même chez ces gens-là, car leur dimension révolutionnaire s’effilochait au fur et à mesure qu'ils grimpaient les échelons de l’élévation sociale, qui ne peut se réaliser qu’après une collaboration active avec la classe tant décriée quelques années plus tôt, la bourgeoisie.

Pendant ce temps, je bossais comme un malade "Le Capital (livre 1)" de Karl Marx que j'avais payé 18 francs et des centimes pour l'édition "© 1969, Garnier-Flammarion, Paris" ! Et ça a donné quoi toute cette culture marxiste aux petits oignons ? 

Une déchéance totale qui me voit aujourd'hui contraint par l’état d’urgence, de tourner autour d’une ville toujours communiste, Tarnos

Et pour mieux réfléchir à cet échec patenté, j'ai poussé chez la voisine "bourge", Bayonne, qui étalait sur ses murs de lamentations de nouvelles fresques murales. Malgré les affres des longues dérives politiques qui accompagnent ces errances déstructurées, je suis tombé sur une échoppe extraordinaire où la bouquiniste avait judicieusement placé deux de ces cinq bouquins en vitrine.

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Tout en poursuivant ma balade des " jours heureux ", c’est là que je me suis dit que les capitalistes n’avaient jamais été aussi puissants et que la classe sociale élue qui devait renverser cette irrationalité économique destructrice, le prolétariat, n’avait certainement pas tout compris des présupposées du Moise prussien.

Puis je me suis fait cette bête réflexion. Lorsqu'on entre dans une médiathèque  ou une bibliothèque quelconque, on aura à notre disposition un grand choix de livres des célèbres écrivains bourgeois classiques du XIX ième siècle qui parlent de la misère du prolétariat avec compassion, en revanche, on ne trouvera jamais de bouquins de socialistes utopiques de la même époque ! Et quand je dis pas un seul, ce n'est pas un seul ! 

Je profite de ce petit détour dans le temps pour saluer la formidable équipe de bibliothécaires de Villepinte pour évoquer  une dérive socialiste, le dogmatisme. Le responsable du secteur adulte était un fervent adepte du socialisme utopique; un cador même ! Mais il devait être proudhonien car il était misogyne ! Lorsqu'il est parti, les copines de ma fille qui travaillaient avec lui  sont venues me voir pour me dire :

« Vous savez Marc, il vient de quitter la médiathèque, mais personne ne va le regretter ! Pourtant il avait les mêmes idées que vous ! »

Certes le garçon avait commandé "Le bref été de l'anarchie" et  "Essai sur les hommes de la terreur - Le perdant radical"  de Hans Magnus Enzensberger, "Dette : 5000 ans d'histoire" de David Graeber et deux ou trois Elisée Reclus que j'avais signalés comme indispensables, mais pour le reste nous n'étions d'accord sur rien, en particulier sur ce sujet particulier qui touche à la violence dite révolutionnaire que j'exècre car elle n'a fait que renforcer la violence étatique dite légitime qui n'en avait déjà pas besoin !  (Confère les bien trop célèbres lois de 1893 et 1894 connues sous l'appellation de lois scélérates).

Et voilà ce que j'ai répondu à ces charmantes personnes : 

« Excusez-moi, mais ces personnages qui se revendiquent de l'Anarchie ont un gros défaut, ils ne rient jamais. Or, vous pouvez avoir les meilleures idées au monde, si vous ne riez pas, si vous ne chantez pas, ne sifflez pas la Cucaracha ou Paquito Chocolatero, vous faites peur ! Or il faut savoir que votre collègue comme d'autres militants d'autres chapelles révolutionnaires attendent le go avant de se laisser aller à ce genre de distractions. Et donc votre responsable ne riait que lorsque la Fédération anarchiste lui en donnait l’autorisation. Donc il ne riait jamais puisqu'il voyait la vie en noir ce qui est fort logique pour un anarchiste. »

Et là, elles éclatèrent de rire !

Au revoir mesdames et encore merci pour tout ce vous nous avez apportés lors des fameuses rencontres du samedi après-midi à la Médiathèque; J'avais réussi  à faire rire Thierry Jonquet et pourtant vu son parcours et son air bourru, ce n'était pas gagné d'avance !  

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En photographiant, cette dernière fresque à la sortie de Bayonne, pour descendre vers Boucau, je repensais à la remarque de mon ami communiste Philippe qu'il m’avait balancée sous la douche après une partie de pelote où il avait très été mauvais pour ne pas dire nul :

« Le prolétariat boucalais est bien plus révolutionnaire que le prolétariat tyrossais ! »  

Pourquoi avait-il sorti cette couilllonnade indigne d’un garçon subtil  comme lui ? 

Vous le saurez en lisant la deuxième partie lorsque j’évoquerai la rencontre de ma mère avec Lise London à la fête de l’Humanité au stand de l’ACER le 15 septembre 2002 !

De retour à Tarnos, je rangeai mes trésors et je commençai à parcourir les textes de Karl Marx qui sont répertoriés dans ses œuvres de jeunesse, ainsi que sa correspondance avec Engels car j’avais besoin de précisions pour écrire ce qui va suivre.

Je dévorai le livre "Les utopistes" de Engels et de Marx avant de m’attaquer à ce livre que j’avais trouvé toujours chez un bouquiniste à Guéret, Pour Marx de Louis Althusser avec un avant-propos d'Étienne Balibar, c'est dire si c'était du sérieux. 

En lisant la présentation du livre d’Althusser qui était considéré à l’époque comme une pointure philosophique marxiste, j'avais noté l'intervention subtile et pertinente d'une très, très grande bourgeoise mais de gauche tout de même, qui avait écrit le 25 avril 1974 :

« Depuis la critique de la raison dialectique de Sartre, Althusser est le seul philosophe à proposer une interprétation vraiment originale des œuvres de Marx. ».

Là, je me suis dit que l’explication de cette sympathique collusion venait peut-être du fait que la très grande bourgeoise d'affaires et l'ancien capitaliste mancunien Engels, appartenaient à la même caste de la transmission familiale de l'héritage ! 

Mais je ne leur jette pas la pierre, j'ai bien conscience  que ces philosophes de la pertinence ont pointé nos propres contradictions alors qu'ils nous avaient tracé une voie royale vers la Révolution avec ce fameux matérialisme historique. 

Sans oublier que Marx a toujours spécifié que les idées des socialistes utopistes avaient perverti le prolétariat français. Et comme le prolétaire, surtout le frenchie, était resté un éternel enfant, il n'arriverait jamais à maturité, et donc à l'âge adulte il ne pourrait jamais devenir communiste !

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Et puis un jour dans le cadre de mon boulot, profitant de l'occasion, je me suis glissé dans la peau d'un socialiste scientifique car j'avais rendez-vous dans un des fleurons du système capitaliste, dirigé à l'époque par cette même philosophe de gauche, amoureuse des écrits d'Althusser et de Marx. 

Pour ceux qui ont survécu à cette première salve, la suite risque de me valoir une sanction qui j'espère n'ira pas jusqu'à l'anathème car Ana était meilleure en version qu'en thème. Tant pis j'assume le risque !   

Cette très belle entreprise capitaliste transpirait le rapport de production apaisé. Pour la première fois de ma vie je découvrais des forces productives heureuses et un capital variable paisible. Cette société se situe encore aujourd’hui avenue des Champs-Élysées à Paris.

J'avais poussé la porte dorée et là incroyable, tout le monde avait la banane. J’étais impressionné. Et je me disais qu’il n’y avait aucun syndicaliste CGT dans cette boîte tellement on respirait le bonheur de travailler. Vous pensez bien que je ne leur ai pas dit que j’étais anarcho-syndicaliste et que en 1958 ma mère, tout en me donnant le sein, me lisait des pages entières du livre de Benoit Frachon "Pour la CGT Mémoires de lutte, 1902-1929".

D'ailleurs dans sa biographie, Benoit Frachon reconnait avoir été anarcho-syndicaliste dans sa jeunesse ! Et il y allait au mastic le Benoit à une époque où un Sarkozy, un Vals, le joueur de poker dont j'ai oublié le nom ou un Darmanin auraient été très à l’aise dans ce type de répression, grande spécialité de tous ces rois de l’écart intérieur. (Confère leur ministère et la course landaise pour les socialistes en manque de référence). 

Ma montée des marches me mena au coeur de la caverne platonicienne de la communication ! On m’accompagna jusqu’à l'entrée d'un bureau sélect où m’attendait mon interlocutrice. Elle m’accueillit simplement comme il sied à ces gens du paraitre et de la communication formatée. D'entrée de jeu, elle me balança :

« Marc, tu sais ici dans la publicité tout le monde se tutoie.», d'où ma repartie : « Pas de souci MC2 on y va comme ça. Tu vas bien ? » Elle allait bien et elle était très heureuse de faire ma connaissance car elle avait tellement entendu parler de moi !

Ce jour-là j'ai compris qu'il existait des entreprises dirigées par une grande bourgeoise de gauche où le personnel respirait du bonheur à longueur de journée. Puis MC2 me conduisit jusqu'à la machine à café. N'étant pas un grand amateur de café, je fis une exception ! Bien m'en avait pris, je n’avais jamais bu un café aussi bon sauf peut-être en Italie avec Jean-Mi !

Puis nous sommes repartis bosser avec MC2. À la fin du rendez-vous, les contrats signés, les dates de validation pour les promos réservées, lorsque que je suis sorti, j'ai de suite  pointé la contradiction toute proudhonienne que Marx aurait eu du mal à digérer : une alliance contre nature entre le capital et le travail dans une société dirigée par une grande bourgeoise mais de gauche  !

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Poursuivons en étudiant les restes de la pensée féconde de Marx qui avec l'aide d'Engels, a magnifiquement conceptualisé le Capitalisme. Et si je n'ai jamais douté de la sincérité des deux amis pour imaginer une société communiste, ce que je leur reproche, c'est d'avoir enfermé l'idée même du socialisme dans un concept figé qui n'ouvre aucune perspective autre que le dépassement de ce même capitalisme.

Ensuite, je n'irai pas chercher Marx et Engels sur la controverse économique ni sur l'opposition classique avec les utopistes francs-comtois à qui je consacrerai un billet spécial. En effet, j'ai eu la chance de marcher sur leurs terres grâce à Jean Mi (encore !) car ses parents habitaient Morteau dans le Doubs. Notons que ce  formidable syndicaliste CGT que fut Robert Samson était tout sauf un socialiste utopiste même s'il connaissait parfaitement le célèbre quatuor franc-comtois car c'était aussi un brillant historien. 

Je n'irai pas non plus sur le terrain philosophique du docteur Karl Marx de l'Université de Iéna car en ce qui concerne "Hegel et les mouettes", je suis une véritable buse dans ce domaine si particulier ! 

Non là où j'attendais Karl Marx au tournant, c'est sur l'histoire révolutionnaire que ses apôtres ou ses disciples ont tout simplement légendé en occultant toutes les prédictions transcendantales contradictoires du Maître !

L’exemple typique est celui de ce  pamphlet nationaliste indigne d’un penseur socialiste que certains considèrent comme un internationaliste :

 « Les Français ont besoin d’être rossés. Si les Prussiens sont victorieux, la centralisation du pouvoir d’État sera utile à la centralisation de la classe ouvrière allemande. La prépondérance transférerait en outre de France en Allemagne le centre de gravité du mouvement ouvrier européen, et il suffit de comparer le mouvement de 1866 à aujourd’hui dans les deux pays pour voir que la classe ouvrière allemande est supérieure à la classe ouvrière française sur le plan de la théorie et de l’organisation. La prépondérance, sur le théâtre du monde, de la classe ouvrière allemande sur la française signifierait du même coup la prépondérance de « notre » théorie sur celle de Proudhon. »

J'avais découvert ce passage lorsque j'avais lu "L'homme révolté" d'Albert Camus en 1982 en pleine coupe du monde  ! Là j'avais compris que même à Séville, le camarade Marx (ne pas confondre avec Joachim Marx du RC Lens) aurait absous l'agression du gardien allemand Harald Schumacher sur le défenseur français Patrick Battiston ! Et il aurait applaudi le penalty manqué de Bossis ! 

L'uchronie est-elle bien trop impertinente ? Oui, peut-être  ? Alors lisez ce qui suit : 

« Ces individus qui ont supporté Badinguet pendant vingt ans, qui, il y a six mois, n’ont pu empêcher qu’il reçût six millions de voix contre un million et demi. Ces gens-là prétendent, à présent, parce que la victoire allemande leur a fait cadeau d’une république (et laquelle ?), que les Allemands doivent quitter immédiatement le sol sacré de la France, sans quoi guerre à outrance. C’est la vieille infatuation ! J’espère que ces gens reviendront au bon sens après la première griserie passée, sans quoi il deviendra bien difficile de continuer avec eux les relations internationales. »

Pas mal, pas mal ! Je voulais relire la "Guerre civile en France en 1871" aux Editions Sociales que j’avais acheté encore chez un bouquiniste mais je n’arrive pas à y mettre la main dessus donc j'arrête là car la Commune n'est pas le sujet de ce billet !  .

Conclusion toute personnelle : après la bataille, c’est toujours facile de compter les morts et de donner des conseils, mais passons, car en matière de prévision révolutionnaire Karl Marx a eu tout faux que cela soit en 1848 comme en 1871, ce qui la fiche mal pour un soi-disant révolutionnaire  !

Dans cette seconde partie, je vais relater la déchéance politique qui a frappé d’authentiques adeptes du socialisme scientifique lorsqu’ils ont été écartés de la voie sacrée.

C’est en ça que le socialisme scientifique dont je fus un adepte dans ma jeunesse a commencé à m’inquiéter. 

Dans un premier temps, je me suis rendu compte que Marx et Engels avaient descendu avec une rare violence verbale tous les gens qui les avaient inspirés dont ils n'avaient plus besoin. Je ne vais pas les tous citer car la liste est trop longue. 

Et puis c’est pénible ce ressentiment à l’encontre de ces cons de prolos, surtout les français qui n’ont ni consacré le plus grand révolutionnaire de tous les temps, ni même aimé Marx de son vivant. Tout simplement parce qu’ils ne le connaissaient pas car ils vendaient leur force de travail pour ne pas crever de faim !  

Voici ce qui s’est réellement passé chez des personnes engagées qui étaient foncièrement "communistes" au sens noble du terme  et qui n’ont jamais versé dans l’opprobre de type marxiste après avoir encaissé les coups.

Premier cas : le Camillo Berneri Occitan ou le CBO du CAB !

Le Camillo Berneri Occitan à la recherche d'une vérité gramscienne ? Le Camillo Berneri Occitan à la recherche d'une vérité gramscienne ?
Ce camarade fut un copain avant de devenir un ami. Au départ sa bio était remarquable. Père Résistant FFI -  Oncle FTP. Adhérent au parti communiste, à la CGT ! Du lourd rien que du lourd et puis un jour tout a dérapé.

Et lorsque sa ligne du parti s'est brisée, une sommité du socialisme scientifique l'a flingué. Un garçon surprenant accompagné d'une brillance toute Robespierriste que j’ai bien connu mais avec qui j’ai toujours refusé de "bretter" car notre perception du rôle révolutionnaire de la CGT était soit aux antipodes soit polaire !

Pourtant mon CBO du CAB a toujours eu un comportement de véritable "communiste". Je n'évoquerai que cette affaire dont il ne parle jamais. Et sans lui demander son avis, je vais le raconter. 

Ce jour-là un véritable prolétaire avait massacré son outil de travail à grand coup de barre à mine. Il ne l’avait pas saboté comme aurait pu le faire un prolétaire conscient selon les préceptes définis par Emile Pouget - oui Jean-Claude, c'est bien celui de la rue rigollot d’Amiens qui fait aussi de l'huile - mais tout simplement parce qu'il avait perdu pied à cause d'une broutille invérifiable ou enfantine ! 

Et alors que tout le monde voulait sa peau, Direction comme camarades prolétaires pour qu’il paye cet acte délictueux, une fois la curée évitée ou les curés éloignés, nous avons réfléchi au calme avec mon Camillo Berneri Occitan. Nous souvenant de nos origines sociales, nous avons décidé immédiatement de sauver le soldat Pseudotsuga

Et lorsque plus tard les deux renardeaux de la CGT accompagnés de Calixte 6, ce pape du bolchevisme, dernier transfuge au mercato syndical de FO à la CGT, sont venus m'interpeller, je leur ai juste rappelé que si le soldat Pseudotsuga était encore en activité, il le devait uniquement au camarade CBO du CAB ! 

Tout autre Fouquier-Tinville autre que le camarade directeur, comme il en existe tant, car  utiles à cette caste de premiers de la classe ou de cordée, n'aurait pas hésité une seule seconde à actionner la grande faucheuse. C'était juste une simple remarque à l'attention de tous ces grands donneurs de leçon qui savent tout sur tout, car la réalité des choses ne doit jamais être oubliée afin que l’histoire s’écarte enfin de la légende.

Sauver quelqu'un du naufrage n'a rien d'exceptionnel, c'est juste un geste naturel. 

Deuxième cas qui a concerné principalement ma mère.

Ce jour-là, je finalisais l’adhésion de ma mère à l’ACER à la fête de l’Huma et je l’avais laissé en compagnie de Lise London. Elles n’arrêtaient pas de tchatcher toutes les deux, de la guerre d’Espagne et d’autres choses mais elles n'avaient jamais fait allusion à leur agression politique par la doxa en vogue lorsqu'on les avaient torpillées. J'ai volontairement pris un terme de sous-marin car ça convient parfaitement à ce type d'attaques en mer noire ou rouge ! 

Ma mère l’ex-jociste et mon père le prolo espagnol, tous deux militants CGT, ont  été violemment attaqués idéologiquement par le Parti Communiste Français dans les Landes ! Pour évoquer cette affaire puisque je l'ai vécue en direct, j'ai hésité entre "l’Aveu" ou "j’accuse".

En revanche, en ce qui concerne la délicieuse Lise London, je n’ai pas assez de pièces à conviction pour me permettre de parler de son histoire personnelle.

Avec Jordi au centre pour ne pas toujours faire la part belle à Nicolas lorsque j'évoque l'ACER ! Avec Jordi au centre pour ne pas toujours faire la part belle à Nicolas lorsque j'évoque l'ACER !
Pour revenir à mon ami Philippe, si ce dernier avait pu me sortir cette ineptie de supériorité du prolétariat boucalais sur le prolétariat tyrossais qui rappelle étrangement une autre ineptie marxienne, c’est qu’il avait entendu cette fable du côté de Tarnos ou du Boucau, qui voulait que des responsables CGT de Tyrosse, mes parents, fassent du tort au Parti Communiste Français de l'époque ! Car ces non adhérents au PCF ne favorisaient pas l'implantation du parti chez les ouvriers des usines du pays tyrossais. 

Philippe qui travaillait pour la CGT Energie à Pantin, ne connaissait absolument pas les travailleurs tyrossais mais il balançait. Il aurait mieux fait de garder le filet du Trinquet car il avait pris une avalanche de pelotes dans le coin gauche. Est-ce que je lui ai dit que c'était à cause de la faiblesse à gauche du PCF que nous avions perdu la partie ? 

Je comprends que ça la fichait mal pour le PCF, mais peut-être que les landais sont plus socialistes gascons que communistes jacobins ? 

Ce qui a profondément choqué ma mère, c’est de constater que des personnes qu’elle appréciait, qui venaient  à la maison, discuter, boire l’apéritif, parfois manger lui ont tourné le dos après cette cabale parfaitement orchestrée !

En voyant ce petit manège détestable et ne comprenant pas son acte d'accusation, la solide et redoutable cégétiste qui se foutait comme de l'an quarante  de ces lignées patronales fussent-elles à trois bandes comme l'allemande-alsacienne à l'époque, a rendu tous ses mandats ! Mais comme la bonne "Jociste" qu’elle fut dans sa jeunesse, elle avait simplement ajouté : "Je pardonne mais je n’oublie pas ".

Je précise tout de même qu’il y a eu au coeur de cette affaire quelques communistes authentiques qui ne lui ont jamais tourné le dos, c’était important de le dire.

Quant à moi, j'ai eu un peu de mal à digérer ! Dans les années 80, j'allais régulièrement à la fête de l'Huma pour faire la fête principalement et écouter les brillants artistes qui s'y produisaient. Cette année-là, en compagnie de mon camarade et beau-frère, Jean-Mi, nous avions été boire un coup à un stand landais. Et lorsque j'avais dit au camarade qui nous servait que j'étais originaire de Tyrosse, il m'avait demandé mon pedigree avec le nom et les prénoms de mes parents pour voir s'il les connaissait ?  

En découvrant ma fiche signalétique, il m'avait asséné : " Ton père est un anticommuniste primaire" et et comme je ne pouvais lui expliquer que le paria espagnol sorti de l'enfer avait trop de lacunes historiques pour être communiste même s'il avait relevé la tête grâce à la CGT, je lui ai simplement rétorqué : " Je crois que le fils est encore pire que le père ! "

À présent, je savais tout de l’affaire et du montage grossier. Mes parents étaient considérés comme de fieffés anticommunistes ! Ce qui était bien sûr ridicule, ma mère ayant toujours eu une grande sympathie pour le PCF et surtout pour ses militants ! J'ai toujours en ma possession parmi tant d'autres, le livre de Jacques Duclos : " Ce que je crois ! "  par exemple.

Je connaissais tous les personnages de cette affaire, les grands comme les marionnettes mais comme j’avais passé un pacte avec ma mère de ne jamais révéler le contenu de toutes les lettres reçues y compris celles qui étaient positives, à sa mort, j’ai tout détruit avec ma soeur comme témoin ! Tout sauf bien sûr l’histoire syndicale CGT que j’ai remis en mains propres à la "Mémoire Historique Sociale Vive" de l’IHS CGT des Landes et de l'Aquitaine, Jojo Darricau ! Et au diable s’il râle en lisant cette nouvelle appellation. 

En revanche, j’ai récupéré les deux livres d’Élizabeth Ricol épouse London que j'ai relus en 2020 avec beaucoup d'émotion en repensant à leur fameuse rencontre au stand de l'ACER. Elle racontait sa vie magnifique d’engagement, de courage, d’histoire et de vie ! Et en plus c’était très bien écrit.

Lise London lui avait dédicacés les deux livres :     

Dans La mégère de la rue Daguerre, elle avait signé : 

« À Marcelle Etcheberria pour la mémoire ! Bien amicalement Lise London »

et pour Le printemps des camarades :

« À Marcelle Etcheberria, mon vécu des combats de ma génération, antifascistes "pour changer le monde". Bien amicalement Lise London. »

J’ai eu la chance d’écouter Lise London de son vivant en conférence à Eaubonne en compagnie du brillant historien Remi Skoutelsky spécialiste de l’histoire des Brigades Internationales, histoire que Lise London avait plus que vécue. Là aussi, je me permets de souligner combien il est important de lire son livre : L'espoir guidait leurs pas.

Et toujours à Villepinte du temps où la mairie avait une basquaise de gauche  à sa tête , la crèche municipale porte le joli nom de Lise London !  

J'exprime un dernier regret que je viens encore d'évoquer au téléphone avec Nicolas, mon confesseur préféré : je ne comprends pas comment avec tout cet attirail politique y compris celui de Marx, la déliquescence politique continue d'effilocher la quenouille socialiste.

Avec en tête de gondole, un perroquet lunaire qui pense que lorsque la République est en danger, elle se réfugie à Versailles dans le bubon le plus réactionnaire et le plus stupide de France et une gorgone hystérisée qui en bonne fasciste qu’elle est, passe toutes ses vacances à Vichy et à Montoire avec la main sale sculptée du "maréchal Putain" (confère "La Compagnie des spectres" de Lydie Salvayre superbement adaptée et surtout jouée par  Zabou Breitman).

Pour conclure : Communiste je fus, communiste je resterai avec ces airs de ne pas y toucher !

Photo de Aude pour une randonnée spéciale du Chouchou ! Photo de Aude pour une randonnée spéciale du Chouchou !
Toujours par rapport à cette descente aux enfers des idées pour le plus grand bonheur des capitalistes qui n'arrêtent pas de dresser des feux de la saint Jean après les avoir allumés, voici en quelques lignes ma propre descente aux enfers puis ma renaissance finale toujours liée aux fluctuations du socialisme !

Aujourd'hui, comme j'ai commencé à l'âge de 15 ans, j'ai rencardé la Praxis marxiste pour consacrer mes dernières années à la logorrhée parlée ou écrite car elle n'est qu'un flot de paroles plus ou moins cohérent. 

Car ces évènements vécus ont fini par m'ostraciser la pensée révolutionnaire. 

En 1980, je suis au firmament  ! J'ai terminé mes études marxistes que j'ai suivies sur mon temps de loisirs car vous pensez bien que ce n'est pas l'éducation toute bourgeoise qui prépare les fils de prolos à la révolte.

Lors d'un congrès CGT où j'avais été sélectionné, j'ai eu l'outrecuidance de porter un avis sur un bilan que je considérai comme globalement négatif. Et là un vieux militant m'arrêta : " Petit, tu portes le même maillot que nous ? ", me demanda-il. Non je ne portai pas le célèbre maillot rouge floqué d'une faucille et d'un marteau. Alors il ajouta : " Alors dans ce cas-là, tu te la fermes !". Cette première claque ne fit qu'ouvrir la lézarde que j'avais déjà perçue en lisant des ouvrages dont je n'ose même pas citer les titres ni les auteurs car ils auraient dû être brulées au nom de la rose ou lors des autodafés de mai 1933 en Prusse et ailleurs !

1983 seconde claque, connue, répétée où une prof' d'histoire anarchiste qui ne riait pas elle non plus me démolit pour finir par me traiter de "sale petit stalinien"! J'avais 25 ans et je rappelle qu'au même âge, Marx ne connaissait pas le mot "communiste" !

Là, j'ai déchiré le maillot noir et je suis parti en pèlerinage. Ce n'est pas ce qui m'attirait le plus mais comme j'aimais bien ce qu'écrivait Pierre Rosanvallon et André Gorz, j'ai mis un maillot rose dans le sac à dos !

La randonnée débutait à Vieux Boucau. Elle traversait le forêt landaise pour atteindre en toute discrétion bergerie de Latche. Je voulais naïvement vérifier si François Mitterrand était vraiment de gauche ?

Comme d'habitude, il n'y avait personne dans la forêt mis à part un chevreuil mais arrivé à environ un kilomètre de l'ancienne bergerie, je fus arrêté par deux pandores armés jusqu'aux dents. J'eux beau leur dire qu'il me semblait que nous étions en pleine forêt, ils ne voulurent rien entendre. Et je dus faire demi tour en entendant déjà le talkie walkie cracher des remarques qui pouvaient devenir des ordres si j'insistais à vouloir pénétrer dans le territoire de sécurité ! De retour à Vieux-boucau, j'ai déchiré mon maillot rose. En fait je voulais juste approcher Latché par la forêt pour faire des photos car j'avais des copains socialistes mais je ne m'attendais absolument pas à rencontrer les forces de l'ordre dans ce coin perdu.

C'est ainsi que je suis devenu petit à petit un harmoniste reclusien car à présent je ne porte plus de maillot de couleur seyante ! Même si je continue à promouvoir la fameuse maxime du vieux camarade CGT, Victor Griffuelhes : « Le bonheur se réalise et se conquiert. Il ne se donne pas. »

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Et j'essaye cahin-caha de diriger mes pas vers une Utopie que tout révolté se doit d'enseigner et de transmettre même si elle est passée de mode pour certains. En attendant, je laisse la conclusion à une authentique et adorable socialiste scientifique à qui j'emprunte une nouvelle fois sa maxime qui l'utilise  à chaque fois que ses démonstrations font pschitt et qu'elle est en ruptures d'argument : " que le cul vous pèle ! "  

Encore merci Dany la Rouge pour ce © d'anthologie car je le fus plus souvent qu'à mon tour en rupture d'arguments !  

Dany la Rouge est une authentique révolutionnaire et si Dany le Délavé s'était approché d'elle  y compris en 1968, il se serait échappé car au niveau dialectique et rhétorique, la girouette qui fut anarchiste comme je fus évêque de Bilbao dans une Espagne apaisée, ne lui arrive même pas à la cheville.  

Marc Etxeberria Lanz 

 

 

 

 

 

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