Le petit théâtre confit, né de la Txapela Taldea !

Voici une pièce sans queue ni tête mais qui a reçu le grand prix d’interprétation de l’absurde camusien : La peste y Ferré ! Elle a été jouée à de nombreuses reprises boulevard de La Chapelle puis en tournée dans toute l'Île de France !

La trame de cette pèce s’appuie sur la randonnée encore et toujours. Elle se révèle en quatre actes : Le Vexin, la Commune de Paris, la despedida du Lider maximo et la fin tragique de notre petit corse, Maurice !  

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Acte I Le Vexin

Randonneur harmoniste : «  Le Vexin se mérite ! A ce titre, vous êtes convoqués le samedi 7 juin 2008 à 9 heures à Gadancourt pour effectuer une des plus belles randonnées que je connaisse. Fin de parcours à la brasserie du Vexin. J’attends votre accord ou vos jérémiades habituelles. »

Grand Randonneur de France : « Des mesures énergiques dignes d'un commissaire politique libertaire ! »

 La fée Callipyge :  « Je ne me considère pas comme une relique.  Au lieu de faire une prose que personne ne comprend, Vous tous soyez honnête et ayez le courage de lui dire, tu devrais être plus attentif aux dates proposées. »

Randonneur harmoniste : « Le parcours fut grandiose comme toutes les balades dans le Vexin d’ailleurs. Et les hommes préhistoriques avaient encore choisi un endroit exceptionnel pour enterrer leurs ancêtres, nos ancêtres, vous savez ceux qui n’avaient pas de papiers d’identité, pas de police ou de justice, pas de pays non plus. Vivaient-ils en harmonie ? Nul ne le sait ou ceux qui font semblant de le savoir s’arrangent à dire ce qui les confortent dans leurs théories. »

 Acte II La Commune de Paris :

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 Ivo Alcazar : « Un peu de mal à trouver un restaurant au dernier moment et dans l'urgence. Aussi je suis désolé de vous imposer une adresse que tout le monde connaît. Donc réservation effectuée pour 12H30 précises. Merci de tenir compte de cet horaire dans l'organisation de la balade.

Réservation pour 11 personnes. Possibilité pour plus mais pas moins. En effet ce restaurant est d'habitude fermé le samedi, et ils nous font la gentillesse d'ouvrir pour nous. 

On voulait une  salle à part …. mais là on aura tout le resto !!!!!! 

Repas entre 15 et 20 € vin et café compris. Maintenant pour les hauts le pied, les itinéraires et l'architecture des lignes voir avec Raimond Trencavel le Cathare, il connaît le quartier.  A samedi. Ivo »

 Randonneur  harmoniste :  « Départ de Barbès vers 8 heures 30 ce qui nous donne du temps des cerises, pour évoquer le geste du colonel Fabien. »

Le Grand Randonneur de France, André Gil, a parfaitement résumé la situation en 1870 afin que les événements de  la  Commune se comprennent dans le contexte de l’occupation de l’armée prussienne.

Il est formidable André Gil ! 

C’est un passionné, un raconteur amoureux de l’histoire, une encyclopédie ! Et lorsqu’il commence, on ne l’arrête plus. Il est sérieux lui !, et il ne mélange pas tout, l’ancien et le réel, ne fait pas d’amalgame, ne juge pas les hommes à travers leur idéologie ou leurs bassesses. 

Mais j’aime bien composer avec le camarde André Gil sur la Commune de Paris

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Ensuite nous avons suivi le chemin des communards de Montmartre à compter du 18 mars 1871. Ferré (pas Léo, Théophile), Louise Michel, Dombrowski, Pottier, Clément, Varlin, et tous les autres, les anonymes qui en deux jours ont bouleversé l’idée d’une commune libre même si ce ne fut dans la réalité qu’une belle éphémère de deux mois. L’histoire de la Commune ne supporte pas les faux semblants ni même les faux amis. Et pour reprendre l’expression de Jean Pierre Chabrol dans ce drame : « on est soit du côté de la Commune soit du côté des versaillais » !  

Parmi les célèbres contre : Zola, Sand, Flaubert, Taine, Goncourt, Degas. Pour ceux qui doutent de ce fait avéré, je leur conseille Les écrivains contre La Commune de Paul Lidsky pour comprendre et découvrir que ces écrivains bourges n’étaient que des escrocs intellectuels avec mention très bien pour Zola et Sand, qui se disaient de gauche ! Plié de rire … 

Et un coup de béret au bel opportuniste que je connaisse : Karl Marx ! Un coup je te la joue victoire prussienne, supériorité des prolétaires prussiens sur les français, supériorité de ma théorie scientifique sur les délires de ce petit bourgeois de Proudhon et après je joue les pleureuses en écrivant La guerre civile en France ! Mention bien sur mon échelle personnelles ! Un juste Lapin Agile le Karlito  !      

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A travers cette balade politique mais aussi artistique, on aura compris que  même si la conquête de la liberté est un combat perdu d’avance, il est bon de se le jouer de temps à autre comme une pièce de théâtre, surtout lorsque c’est du théâtre de rue.

Un homme formidable que personne ne connait : Eugène Varlin !

Toutes mes balades autour de la Commune lui sont systématiquement dédiées. Car ce n’était pas un bourgeois, un écrivain bourgeois ou un philosophe à la lumière clignotante, lui ! C’était un ouvrier relieur. Je passe sur son activité syndicale de 1864 à 1870 pour ne retenir que sa vision émancipatrice que j’ai réécrite en respectant son idée  : « La révolution politique n'est rien sans la révolution sociale. Toute réforme sociale passe par l’anéantissement du vieil État politique»

Après tout s’accélère pour lui ! 18 mars 1871, état-major de la garde nationale  - 26 mars, conseil de la Commune - 2 mai directeur des approvisionnements militaires. 

Bien sûr, il s’oppose au Comité de salut public en signant le manifeste de la Minorité. Pendant la Semaine sanglante, il se bat à Belleville. 

Reconnu le 28 mai, il est arrêté par un sinistre bellâtre puis roué de coups et lynché. Défiguré et éborgné, on le fusille. Précision qui donne à réfléchir, les mêmes qui l’acclamaient à compter du 26 mars furent les mêmes qui vont le lyncher après la dénonciation du prêtre !

Voir le tableau de Maximilien Luce : La mort de Varlin ! 

Clap de fin pour la Commune ! 

Acte III Despedida du Lider Maximo Béarnais Espagnol 

Béarnais espagnol : « Suite à notre conversation sur nos disponibilités respectives pour fêter le départ du Lider Maximo, j'ai pensé (eh oui camarade, même les staliniens y arrivent!), j'ai reporté mon départ dans ma nouvelle patrie libérant par là-même le samedi 18 juin. L'appel au festin aura été le plus fort ! Voilà pour l'essentiel, pour le reste, la référence à Laval, consciente ou inconsciente me surprend davantage, on ne peut sans arrêt manier le verbe et les références littéraires ou politiques sans risquer, à un moment donné le dérapage. Aimer tes camarades comme tu le dis, c'est aussi les protéger ! »

Lider Maximo : «  N'oubliez pas Antonio Machado : " L'avenir est incertain, qui sait ce qui va se passer, mais le passé aussi est incertain, qui sait ce qui s'est passé. " Adishatz. »

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Marcheur gauchiste : Voici un extrait du journal d’un curé de campagne à propos de la despedida du Lider Maximo que j’ai légèrement retouché :  « Après avoir fricoté avec Dieu et son entourage, François Ambroise devint Ernest Antoine le rouge. Il admira Mao et sa constipation légendaire, Staline pour sa timidité un brin émouvante et Pol Pot pour son coté quand il y en a pour 4, il y en a pour 3. L’homme qui est là devant nous est le contraire d’un tyran, il veilla sur nos pauvres têtes de prolétaires affamés.

(...)Les premières réactions en direct au départ de notre petit Timonier à nous : 

  • Pierre La Somme : « Au-delà de nos désaccords qui se sont toujours manifestés de façon courtoise et paisible, je salue l’ancien camarade de classes ». 
  • Serge De Senna : « Bien que supérieur intellectuellement au Lider Maximo, je lui reconnaissais une parcelle de cervelle ».
  • Calixte VI le pape bolchevik  : « Bien que représentant de la classe dirigeante responsable de l’écrasement de la commune de Paris, du déclenchement des hostilités en 14, du vote des pleins pouvoirs à Pétain en 40, de l’envoi du contingent en Indochine et en Algérie, de la liquidation de la sidérurgie et de l’industrie navale, du démantèlement de la sécurité sociale du droit de grève et des retraites, le Lider Maximo manifestait une once d’humanité peu commune chez ces bourgeois exploiteurs des masses populaires ».

Lider Maximo : « Ok pour moi avec le repas. Je suis content de vous retrouver ! C'est bon pour moi, pour une fois qu'un béarnais prend des initiatives. N'oublie pas de signaler cet acte à Emmanuel Todd mais explique lui que tu as eu cette idée depuis que tu es espagnol, sinon ça risque de fausser les statistiques et certains pourraient remettre en cause ses délires ethniques !

Béarnais Espagnol : « Si d'aventure Emmanuel Todd tenait à nous honorer de sa présence, malgré tout, je tiens à lui indiquer qu'il serait le 13ième à table avec toutes les conséquences qui en résultent. A samedi donc. Amitiés. » 

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Randonneur harmoniste : «  Photo de classe en 1936. Elle est géniale cette photo, on dirait une bande d’anarchistes se rendant sur le  front  d'Aragon en 1937 pour prendre Saragosse ! Attention tout de même car parmi cette colonne libertaire se cachent un ex marxiste toddien et une bourgeoise de l'UGT qui est venue étudier les méthodes des colonnes affranchies de la bête discipline de toutes les armées. Un infiltré du NKVD (un mec qui va souvent en Espagne), un picard d'adoption pour tenir le central téléphonique d'Amiens, un cathare qui apprend le combat de rue pour conquérir Montségur. Une envoyée de Disney Land mandatée pour installer la  joie et le bonheur après la révolution. Paul, tu ouvlie Valéry, tu deviens Frederica ! Frederica était une grande dame, même si les anarchistes intégristes ont critiqué sa participation à un gouvernement bourgeois de la seconde  République espagnole. Ah, l'idéal anarchiste cher au marxiste toddien repenti !!!! »  

Lider Maximo : « Salut à tous , Le marxiste toddien fut en fait un infiltré socialo - libertaire (si, si ça existe!) chez les cryptos - marxistes. Antonio Tabucchi est mort, c'était le plus grand écrivain italien (si vous voulez  changer de la télé lisez "Pereira prétend", "Requiem" ou "la tête perdu de Damasso  Monteiro", moi je me lance dans "Piazza d'Italia").  Bonne lecture, belles photos...belle équipe !  Adishatz »

 

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Acte IV Alors d'où vient ce fil d'Ariane ? Le décès de Maurice certainement

 C’est en revoyant la belle assemblée au cœur du temple gallo-romain de la forêt d'Halatte qui est situé sur la commune d'Ognon que j’ai repensé  à cette évidence. Certes moi je suis arrivé à la Txapela Taldea comme un cheveu sur la soupe y croûtons puisque nous sommes à Ognon   !

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Mais comme j’ai toujours été un bon acteur et que je fus recruté pour animer la troupe, les camarades m’ont rapidement adopté ! Assis sur le mur du temple votif au début de l'ère de la christianisation ou de la crétinisation, je revoyais Maurice !

La dernière fois que j’avais mangé avec lui, j’avais la photo de Matoub Lounès au-dessus de sa tête ! Assassiné le 25 juin 1998, le poète kabyle surveillait le petit corse qui mangeait son coucous sans appétit ! Il aurait dû m’alerter, Matoub, car la mort rodait ce jour-là. Maurice n’avait pas bu une seule goutte de vin, il avait encore mal au bras droit alors que le docteur lui avait dit que ce n’était pas grave ! Et puis il n’avait pas bonne mine ! 

Deux jours plus tard le Lider Maximo nous appelait pour nous dire que Maurice n’était plus de ce monde ! En écrivant ces lignes, j’ai mis la musique corse de ses deux amis, les deux frères d’Imuvrini qui étaient du même village que l’ancien révolutionnaire de l’UEC !

C’est au moment où nous étions devenus de véritables complices qu’il est mort ! On devait aller marcher dans le Vexin mais au-delà  Maurice m’avait livré toute son histoire révolutionnaire. Encore une fois, je fus un privilégié ! Car sa dimension intellectuelle était incroyable mais il était d’une discrétion absolue sur ce sujet ! Il préférait passer pour le producteur un peu benêt, ça l’arrangeait !   

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De toutes les leçons apprises au contact de Maurice, j'en retiens trois !

Il était resté profondément communiste et  il me charriait sur mes déviances anarchistes que je n’ai jamais cachées ! Dès qu’il arrivait pour me saluer,  il chantait (bien d’ailleurs comme ses frères corses) la Makhnovtchina : Makhnovtchina Makhnovtchina, Tes drapeaux sont noirs dans le vent Ils sont noirs de notre peine Ils sont rouges de notre sang ...

Lorsqu'il m’avait prêté Sept cartouches, le premier roman du formidable Gébé, il avait ajouté : « Tiens lis ça, une société parfaite anarchiste comme tu la conçois. Pas de flics, de justice ! Que du beau, du bien, des citoyens ! Et je jour où il y a un crime, ils sont bien emmerdés … Tu vois que ça ne peut pas marcher tes utopies réalistes ! »

Le jour où lorsque je suis revenu photographier le temple de la forêt d'Halatte, j’ai croisé un cerf qui est venu me saluer. Alors l’esprit de Maurice est revenu me titiller car jamais plus je ne pourrais converser avec ce puits de science révolutionnaire !

Oui, j’ai pleuré la mort de Maurice lors de son enterrement sur son île où nous avions été avec le Lider Maximo ! Encore aujourd’hui en tapant ces lignes, j’ai dû mal à retenir les larmes car le petit corse, nul au ping-pong, est mort bien trop tôt !

Un jour, il m’avait mis une autre soufflante car je n’avais jamais entendu parler de Benoit Broutchoux   ! 

« Tu es anarcho-syndicaliste et à la CGT et tu ne connais pas Benoit Broutchoux ! »

− Désolé Maurice, connais pas !

−Alors bosse, interrogation demain ! »

On avait entamé des discussions sur la guerre d’Espagne (je lui avais passé Les Soldats de Salamine) et les Abolitions de l’Esclavage de Marcel Dorigny !

A propos de ce dernier livre, lorsque nous avons été en visite chez sa femme avec Ivo Alcazar, Raimond le Cathare et le Lider Maximo, je n’allais pas lui demander de me redonner le livre ! Elle avait vraiment d’autres soucis en tête la pauvre ! 

Et puis un jour à la fin de notre traversée des Alpes Mancelles sous la houlette de Txomin le presque régional de l’étape, une sacrée surprise m’attendait  ! Comme à mon habitude, pendant que le comité central faisait le tour de la ville d’Alençon, je suis rentré dans une librairie ! Comme d’habitude lorsque je suis un peu pressé, j'ai ciblé randonnées, philosophie et histoire ! J’avais acheté L’orne … à pied  avant de filer au rayon histoire ! Et là je suis tombé sur le livre de Marcel Dorigny ! 

C’est ainsi que j’ai bouclé mon continuum historique avec mon ami Corse !    

Le marcheur gauchiste, ce génie de l'absurde et du comique que nous avons eu la chance de côtoyer, a adressé nos remerciements posthumes à l’intention du petit corse puisque chaque année on se réunit pour comme il dit : « trinquer à sa santé. »

Fin de la pièce ! Le public debout applaudit à tout rompre ! 

Certains m’ont demandé si la pièce était de Boris Vian, d’autres de Camus ? 

Non c’est celle de l’amitié de la Txapela taldea ! 

Que de l’improvisation et encore tout le monde de s’est pas exprimé. Comme c’était déjà trop long et comme j’étais le scénariste alors j’ai coupé !  

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Au fait, comment s’appelle la mère du castor en basque ? Castor Ama évidemment !

Marc Etxeberria Lanz 

 

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