La balade tarnosienne d'Alexandre Viro

Alexandre Viro fut à l'origine de la révolte des métayers. Je vais découvrir son engagement militant en empruntant les chemins et routes de la ville de Tarnos pour m'arrêter sur la place qui porte son nom ! Un véritable pèlerinage révolutionnaire bien plus spirituel que le moindre classique transcendantal à coquille à la de Jakes !

Avant de s'élancer toujours à pied bien sûr , faisons connaissance avec ce syndicaliste révolutionnaire que la ville de Tarnos vient d’honorer en baptisant sa jolie place centrale toute neuve : Alexandre Viro ! 

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Alexandre Viro  était né le 20 mars 1881 dans la ville de Rive-de-Gier (Loire). Mais s'il était aussi un fils d'italien immigré, il était français ! Important cette information pour se rendre compte de la perversité des autorités dites républicaines ! 

Et même si la crapule d’état Clémenceau venait de prendre sa retraite politique après la  veste reçue aux élections du début d’année 1920, comme il avait distillé son poison sécuritaire à l’encontre de tous mes camarades CGT, ses successeurs poursuivaient leur habituelle besogne de serviteurs de l’ordre capitaliste !

Le Préfet des Landes avait dû recevoir des ordres pour déclarer qu’Alexandre Viro était une menace à lui tout seul pour la sureté publique !

Le même loustic signait son arrêté d’expulsion en mai 1920. 

Et de la prison de Dax, le soit disant pays des Lumières l’expulsait vers l’Italie. 

Mais l’Italie qui se fascisait à vue de nez cette année-là n’appréciait guère la venue d’Alexandre Viro considéré comme un anarchiste ou un  socialiste dangereux.

Il fut ensuite refoulé en Espagne à Irun, la ville d’où était originaire un autre paria, mon père. Il fut autorisé à revenir en France en 1924 mais toujours sous surveillance ! Quatre ans d’exil qui le minèrent le camarade Viro !

Alors pour saluer le camarade syndicaliste révolutionnaire rien de mieux que de respirer à pied du bon air en pays communiste !  

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J’ai tracé cette randonnée au gré des chemins et des sentiers du confinement au départ du parc des sports André Maye. Mais on peut débuter l’itinéraire de la plage du Métro, du Square Mora ou de la place de la Résistance derrière l'église des Forges du Boucau.

J'en tracerais une prochaine au départ de l'UL CGT de Tarnos ou du quartier de Forges pour revenir sur une autre histoire de révolte ouvrière que je ne connais pas bien non plus !  

Mais aujourd’hui, je suis parti pour une balade de 12 kilomètres. Après la traversée de la voie de chemin de fer à l’ancienne, je vais bifurquer chez les voisins boucalais via la rue du petit Nanot pour rejoindre la couronne boisée de Montespan avant de descendre via le chemin de la scierie vers l’avenue Lénine !

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Je salue ici Vladimir Oulianov de la part de Nestor Makhno qui n’a jamais compris pourquoi Lénine l’avait reçu en compagnie du camarade Sverdlov en juin 1918 pour ne jamais tenir compte de tout ce qu'il lui avait expliqué en toute franchise sur les défections de l’Armée Rouge contre les suppôts réactionnaires alliés de toute l’Europe !  

Plus amusant que les errements autoritaires bolcheviks : lors d'une première balade dans les environs, un monsieur m'avait abordé pour me demander ce que je faisais avec une carte IGN à la main dans un quartier situé entre Tarnos et Boucau. 

Je lui avais répondu gentiment que comme j'étais natif de Tyrosse, je découvrais des villes de ma jeunesse que je ne faisais que traverser en voiture ou en train à l'époque pour aller à Bayonne !

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Il me faut à présent rejoindre l'ancienne Nationale 10 au tout début de la zone commerciale. 

Il y a plusieurs façons d’y accéder et  à chaque nouvelle balade, je découvre de nouveaux itinéraires.

A présent, direction le parc de Castillon. Je ne m’attarde pas sur sa riche histoire,

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Aujourd’hui, je me contente de faire le tour du lac pour apprécier  les reflets colorés de la lumière matinale avant de ressortir vers une autre porte qui va m'emmener vers le parcours historique et politique de Tarnos.

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Je passe devant l'école Robert Lasplacettes du nom de l'ancien secrétaire de l'union locale CGT de Tarnos.

Je me souviens de quelqu'un de fort sympathique et d'agréable même si je ne l'avais rencontré que deux fois chez mes parents.

Étonnante cette ville qui donne le nom d'une école à un camarade CGT. Bien sûr si j'avais été élu maire d'Amiens, j'aurais rebaptisé l'école de la rue rigollot : École Émile Pouget ou École Victor Griffuelhes !

 Plus loin, je m'arrêtais devant la statue de Salvador Allende, le président chilien assassiné par  la bande de criminels diligentée par l'État américain via cet acronymes de la honte humanitaire : la CIA.

Alors pour éloigner la menace fasciste omniprésente je chantais  : "El pueblo unido jamás sera vencido".

Pour saluer la mémoire de tous les gens assassinés lors de l'intervention américaine et  de son payaso général criminel Pinochet. 

Je saluais les poètes aussi. 

Pablo Neruda, Victor Jara (notons au passage qu'il fut torturé, les doigts des mains broyés avant d'être assassiné le 16 septembre 1973 dans le stade qui porte aujourd’hui son nom !).

J'ai encore la chance de pouvoir écouter la très belle chanson Auròst tà Victor Jara  de l'album de 1975 Monsur lo regent  de Los de Nadau (aujourd'hui Nadau) que m'avait gentiment gravé  Xebo le petit basque de Donostia.

Les fascistes sont des assassins de la poésie : Jara au Chili et Lorca en Espagne pour ne citer que ces deux-là car ces criminels  la Haine au Front détestent car  ce ne sont que des cerbères noirs à élimination directe ! 

Par chance, il me restait encore les Quilapayún et Inti Illimani, car comme disait Pablo Neruda : " Podrán cortar todas las flores, pero jamás detendrán la primavera". Non ils ne seront jamais maîtres du printemps tous ces criminels assermentés !  

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Lors d’une précédente balade, j'avais fait poser mon ami Nico de l’ACER devant la plaque de deux fameux RésistantsCécile et Henri Rol-Tanguy !
Le libraire ambulant de l'ACER, Nico à Tarnos ! Le libraire ambulant de l'ACER, Nico à Tarnos !
Enfin j'arrivais devant le feu d'artifice sculpté de la place Alexandre Viro.

Vraiment étonnante l'œuvre de Vincent Sécheer

Et lorsque j'ai pris la dernière sculpture en photo, j'entendais au fond de ma mémoire Jojo me chanter en gascon ce qui suit en français :

Hardi, hardi, nous sommes les paysans Travailleurs de la terre Et si la graisse ne pèse pas sur nos os Nous avons la dent dure Nous sommes musclés et souples Au diou biban

La pioche au cou, les sabots dans le sac Le cuyoun plein, de tout temps nous sommes d'attaque Nous ne savons pas ce que c'est d'être feignants Au diou biban

Gavés de bouillie de maïs, rassasiés de haricots, La soupe dans un grand pot, le lard à la casserole La viande c'est vrai manque trop souvent, Au diou biban

 Il faut bien huiler, et nous le faisons avec plaisir De temps en temps la pauvre pomme d'Adam Puisque nous avons un faible pour le sud de sarment Au diou biban

C'est sûr, c'est bien mieux en gascon mais on n'a pas toujours Jojo à côté de nous. Et il n'était pas là pour accompagner le bouquet final artistique place Alexandre Viro !

Décidément Tarnos est une drôle de ville, et il fallait une mairie communiste pour accueillir l'œuvre incroyable du sculpteur Vincent Sécheer.

Cadran solaire dédié à Alexandre Viro sur la place qui porte son nom à Tarnos Cadran solaire dédié à Alexandre Viro sur la place qui porte son nom à Tarnos
Au même niveau d'originalité que mes sculpteurs basques préférés Oteiza ou Chillida. Je ne compare jamais ni les œuvres d'art ni les artistes, je me fie à mon sentiment, au ressenti ! Mais au-delà de ses considérations sans intérêt, tout œuvre artistique mérite le respect. 

Et puis Tarnos est une ville Saine pour saluer cette révolte accomplie.

Un  chemin des étoiles à des années lumières des habituels balisés par les ténèbres de la non pensée, alors : 

Salut à toi l'italien !

Salut à toi le cégétiste !

Salut à toi l'embastillé !

Salut à toi l'extradé !

Au centre de la place je constatais  que c'était encore la mémoire des vaincus qui avait triomphé. Mais aussi celle des vainqueurs car on n'imagine pas la portée de cette révolte qui embrasa le Bas-Adour ! Impressionnant surtout lorsqu’on lit la propagande des faussaires, des mestes d’hier et de ceux d’aujourd’hui ! Alors salut à vous tous les métayers révoltés, vos descendants peuvent être fiers de ce passé.

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 Une fois mon pèlerinage effectué, le retour s'effectue au gré de mon inspiration pour descendre les 5 ou 6 kilomètres avant de retrouver mon point de départ.

Ce jour-là, j’ai volontairement emprunté la rue du communard Jules Vallès ! Un camarade lui-aussi au même titre que Jourde ou Varlin pour ne citer que ceux que j’aime bien et qui sont moins connus ! Et un camarade aussi de mon éternel accompagnateur, Elisée Reclus, le Fédéré du 119° bataillon de la garde nationale lors de la Commune de Paris !  

Le 18 mars 2021, on fêtera les 150 ans de la révolte parisienne comme il se doit mais j'en reparlerai le moment venu. 

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