Une histoire oubliée de la guerre d’Espagne !

À la fin du formidable film : « Le silence des autres », je repensais à cette violence méconnue qui avait balisé la dictature sanglante qui s’éternisa en Espagne durant une quarantaine d’années après le « golpe » du 18 juillet 1936 !

On a longtemps ignoré le drame qui avait bouleversé la vie de nombreuses familles durant et après la guerre civile ! Ma famille avait fui leur terre natale depuis ce fatidique 18 juillet 1936, elle ne traverserait plus jamais la frontière car Franco avait interdit aux exilés « rouges » de retourner en Espagne !

Dans ma jeunesse, j’avais passé quelques jours du côté de Donostia. Je me souviens des conseils que mon oncle m’avait demandé de suivre à la lettre lorsque je sortais dans la « calle ». Je devais tout simplement éviter de parler car des oreilles franquistes indiscrètes étaient toujours à l’affût de la moindre rumeur ! Mais le sanguinaire dictateur pouvait dormir sur deux oreilles, que je ne risquais pas de lui couper à la sortie d’une éventuelle faena, tant mon espagnol était pauvre ! Et je n’allais pas me risquer à parler français pour ne pas dévoiler mes origines suspectes aux yeux de la Guardia civil ! Et puis j’avais la trouille …

J’avais noté que certains de mes cousins s’étaient bien accommodés de la dictature. Et il n’était pas question de leur parler politique, puisque le fait d’appartenir aux Jeunesses communistes à l’époque m’aurait valu de sérieux ennuis avec la police politique s’ils avaient révélé cet état. Il fallait se méfier de tout le monde dans ce pays englué dans la servitude acceptée du franquisme, servitude bénie par les fanatiques du goupillon !

C’est ainsi que la guerre d’Espagne disparut définitivement de ma vie durant une bonne trentaine d’années jusqu’à un fameux congrès syndical …

Dépositaire de la pensée d’un courant minoritaire, mais essentiel dans l’histoire du mouvement social en France, autrement dit le syndicalisme révolutionnaire plus connu sous l’appellation « anarcho-syndicalisme», j’intervins pour rappeler le but de la démocratie directe à l’intérieur d’un syndicat ayant connu par le passé quelques soucis avec ce concept.

Quelle ne fut pas ma surprise d’être interpellé brutalement par un camarade qui m’invectiva sur les dérives puis sur les trahisons des anarchistes lors de la guerre d’Espagne ! Devant des copains médusés, il me lança à la figure un hargneux : « Tu sais ou tu ne sais pas ? » puisque j’étais dans l’incapacité de me justifier !

Mais quel était le rapport entre une discussion générale lors d’un congrès syndical et la guerre d’Espagne ? Je l’ai compris bien plus tard mais ce qui m’a marqué à tout jamais, c’est la fameuse invective ! Or, je ne pouvais pas répondre puisque je ne savais rien. Je connaissais bien sûr la Passionaria car elle avait des origines basques mais à peine le leader de la CNT, Durruti, quant au reste, nada !
J’étais à l’époque ce fameux ignorant que je stigmatise parfois !

Alors comment s’est opéré le retournement ?

Comme à son habitude, le hasard m’a mis sur la route de celui qui allait devenir mon ami, Nico !
Nico était alors, et il l’est encore aujourd’hui, le grand ordonnateur de la librairie ou de la bibliothèque itinérante de la fameuse association l’AVER-ACER plus connue sous le nom des « Amis des Combattants de l’Espagne républicaine ».

Mieux, un jour il a déniché un livre sur la Résistance française née dans les Cévennes grâce aux guérilleros qui étaient bouclés ou enfermés dans les GTE (Groupements de Travailleurs Etrangers).

À la lecture de ce livre, je comprenais enfin pourquoi dans ma jeunesse, on évoquait parfois l’Ardèche, Largentière ou des cousins lointains qui habitaient Joyeuse.

Loi du silence ou honte contenue ?

Je ne saurai jamais car personne dans la famille n’avait jamais évoqué les camps de concentration ou de regroupement de populations basques où furent internés mon père, ses deux frères et sa mère.

Au bout de presque dix ans de recherche, je suis arrivé au bout de ma quête mémorielle (guerre d’Espagne, camps de regroupement en France, Rue de la Halle à Largentière) !
Mais afin d’éviter la controverse historique, la chamaillerie politique surtout en ces temps de disette où pointe à nouveau l’hydre fasciste, j’ai compilé cette histoire ordinaire de ces temps terribles d’inhumanité (1936-1945) dans un roman en deux tomes intitulé "Andoni", disponible en librairie et en librairie en ligne.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.