Les basques furent aussi des passeurs de liberté !

On se rend compte de cette évidence après avoir longuement arpenté la montagne basque ! Ce billet est consacré aux passages discrets du Réseau Comète. Je vais arbitrairement appeler ces voies la « Sutar-Elhorga » et la « Florentino » du prénom du célèbre passeur basque !

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Il ne s’agit pas ici de raconter en détail l’histoire du Réseau Comète des deux côtés du Pays basque, l’idée était de se mettre dans les pas des passeurs basques afin de prendre conscience de leurs ordinaires mais ô combien exceptionnels exploits, surtout en ces temps de presque misère intellectuelle en ce qui concerne l’histoire médiatisée sans intérêt !    

Aujourd’hui grâce au travail fantastique mais aussi aux recherches des enfants des passeurs et des enfants des aviateurs qui ont eu la vie sauve, on commence à mieux connaître ces routes de la liberté. Or, durant plus de 30 ns, j’avais parcouru la montagne basque sans me rendre compte que je marchais au cœur d’une résistance permanente. Devenu harmoniste reclusien, j’ai enfin compris que l'individualisme était la seule voie pour s’affranchir des loosers totalitaires ! Car comme dit Anselme ! (C’est qui Anselme ? Allons ! Anselme Belleguarrigue pardi !) :  

« Le droit est l’antipode de la force ; cette maxime ce n’est pas seulement au peuple qu’il faut l’enseigner, c’est aussi au gouvernement. Les peuples ne sortent du droit pour passer à la force que lorsque le gouvernement leur en a donné l’exemple. »

Alors qu’un gouvernement d’une République bourgeoise soit de droite ou de gauche, il ne sera que le serviteur volontaire des tous les oppresseurs capitalistes ! Et qu’importe que ces voleurs historicisés par une pensée destructrice continuent leur massacre humanitaire et planétaire, leurs bras armés, les élus ne sont que des accompagnateurs de la misère ! Qu'elle soit philosophie ou pas ! Qu'elle vienne de Marx ou de Proudhon prime ! Vous me direz que vient faire cette saillie libertaire ?

Sort-elle du contexte historique ? Pas du tout car losrqu’on tolère que des hommes se fassent la guerre et se massacrent au nom d’idéologies qui reviennent à la mode alors que les livres d’histoire en étalent à longueur de pages les monstruosités ; que d’autres hommes financent la fabrication d’armes de guerre, et que l’on recrute encore des esprits subtils pour concevoir ces armes de destruction massive comme disent les criminels par procuration, il  y a tout de même de quoi se poser des questions le long du sentier de randonnée. 

Voilà pour cette introduction pacifique en diable. À présent allons voir du côté de l’histoire pour essayer de se remettre d’aplomb !Comme toujours dans ces cas de figure, c’est le hasard qui va me livrer les clefs de ces histoires oubliées ou perdues au plus profond des Pyrénées.  

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En général, le hasard s’appelle Nicolas, parfois Jordi ! Comme pour la guerre d'Espagne, c’est Nicolas, le célèbre libraire de l'ACER devenu aujourd'hui une véritable encyclopédie ambulante qui avait évoqué le réseau Comète

Information prolongée par ce drôle de concours de circonstances. Nicolas m’avait conseillé de lire le livre d'Émilienne Eychenne « Les Pyrénées de la liberté » avant de passer à Comète ! En vacances du côté de Bayonne, je m’étais mis à la recherche de ce livre en explorant les cinq échoppes des bouquinistes que je connaissais ! 

J’avais fait chou blanc chez les quatre premiers qui n’en avaient jamais entendu parler ! Dans la dernière boutique, je demandais au bouquiniste s'il possédait ce ou ces livres des passages ! Là, tout étonné il me répondit :
« Non je ne l’ai pas mais c’est incroyable, j’ai eu un appel de quelqu’un de Paris qui m’a fait la même demande que vous, il y a moins d’une heure ! ». Je saluai le monsieur et appelai dans la foulée « ce quelqu’un de Paris » qui ne pouvait être que Nicolas ! Oui, c'était bien lui qui avait joint le bouquiniste quelques minutes avant mon passage … en liberté !

Mais là où l'histoire allait rebondir, c'est lorsque j'avais accompagné ma mère et sa copine Cécile à la bibliothèque de Tyrosse. Non seulement la bibliothèque possédait le livre mais cerise sur le gâteau, elle possédait aussi « Les fougères de la Liberté » ! Comme quoi ! Des fois, il ne faut pas aller chercher bien loin ce que l'on a sous la main ! Et vous allez me dire mais quel est le rapport avec le réseau Comète et ces Passages de la Liberté ?
J'y viens !
Nicolas m'avait instruit sur ce fameux réseau dont je n'avais jamais entendu parler. Or il s’agissait de franchir les Pyrénées, barrière naturelle entre la France fasciste et l’Espagne qui l’était aussi ! Après avoir dévoré les livres de l’historienne, je trouvais le livre «  En passant la Bidassoa : Le réseau Comète au Pays basque » de Juan Carlos Jiménez de Aberasturi Corta.

Mais avant de charger le sac à dos et de me mettre en marche, bien avant que l’autre affabulateur ne dénature cette expression, d’autres événements allaient se produire !

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Neveu et fils des fameux passeurs basques, Dominique Aguerre, aujourd’hui vice-président de l’association des Amis du réseau Comète, interrogea mon beau-père Peio Iturrioz  pour savoir s'il connaissait les chemins ou les sentiers du réseau Comète dans le coin (Espelette, Ainhoa).

Logique puisque le beau-père connaissait la montagne basque comme sa poche. Il avait eu le temps de la connaître puisqu’il était instituteur, et comme tout le monde le sait, ces gens-là comme les profs ne travaillent qu'à mi-temps ! Humour libertaire pour faire la nique à tous ces affreux qui chantent l'école du fric pour renouveler leurs élites à élytres de la réaction !

Plus sérieusement, il connaissait le fameux passeur basque Rufino Jauregui. Car cet ancien combattant de l’Espagne républicaine, héros oublié de l’histoire comme tant d’autres, habitait Cambo !

Mais Peio avait à peine entendu parler du réseau Comète. Pour en savoir un peu plus, il alerta Maurice Delpech, le grand ordonnateur d'Atsulaï, autre immense montagnard devant l'éternel. Maurice s'est alors intéressé à son tour au réseau Comète puisque après Espelette, l’axe naturel de fuite passait dans la montagne au-dessus d'Ainhoa, en particulier en dessous du Shoporo et de l'Errebi

Je profite de l’occasion pour saluer Peio Iturrioz et Maurice Delpech car au-delà de leur formidable connaissance du territoire, l'un et l'autre étaient deux formidables magiciens qui ouvraient les portes de la montagne basque à toute personne qui aimait marcher ! Les années ayant fini par les rattraper, ils ne courent plus la montage basque mais lorsqu’on marche entre Cambo et Ainhoa, on ne peut pas les oublier pas car ils furent tous les deux des pionniers dans ce domaine ! Quant à Maurice, en plus sa formidable dimension sociale, ce fut un véritable artiste lorsqu’il balisait ses sentiers d’Ainhoa, les A1, A2, A3 ou A4 ou le GR 10 entre Sare et Ainhoa.

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Venons-en à la dernière surprise qui nous avait accrochés lors des vacances hivernales dans le Loir et Cher.

Ce jour-là, il avait neigé toute la nuit. Une sacrée aubaine pour une famille de randonneurs ! Direction le château de Chambord et les bords du Cosson ! 

Et là je tombais par hasard sur ce panneau qui relatait le sauvetage des aviateurs abattus ayant encore une fois une relation avec le réseau Comète !

Fort de cette documentation (travail des associations et des historiens) et mes cartes IGN, il était temps que je me lance dans la reconstitution des voies du réseau Comète.

Mais ce n’était si évident car comme le dit si bien Dominique Aguerre, vice-président de l’association des Amis du réseau Comète (source Sud-ouest du 19/09/2014) : « Les pères ne parlaient jamais de cela. Ce sont les Alliés qui ont fait une enquête pendant dix-huit ans sur les passeurs de Comète pour pouvoir les honorer d’une médaille. C’est en 1962 que ces honneurs ont pu être faits. Les services de résistance anglais sont très renseignés, mais il aura fallu aller aux archives militaires de Washington pour trouver des documents et photos de nos pères

Commençons par la gare de Bayonne avant de nous rendre au quartier Sutar à Anglet d’où partait la voie que j’ai appelé de façon arbitraire la voie « Sutar-Elhorga »  

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Ce jour-là, malgré la pluie, rien ne fit plus plaisir que de découvrir la plaque apposée sur le mur de l’école qui rendait hommage à la famille Elhorga (Pierre et Marie qui fut la directrice de cette école) ! Voyant la scène, une institutrice s’approcha et me demanda ce que je voulais en découvrant mon appareil photo en bandoulière. Je lui ai expliqué que je découvrais un des points de départ d’une des voies du réseau Comète en désignant le témoignage sur la façade de l’école. Rassurée sur mes intentions pacifiques, elle  m’avait souhaité une bonne journée avant de retourner exercer son métier !

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Quant à moi, je vissai mon béret sur la tête et chargeai le sac à dos. Je devais retrouver le chemin de halage le long de la Nive. J'avais décidé de boucler ce parcours seul car il ne présentait qu’un intérêt historique. J’avais juste galéré pour contourner le golf de Bassussary car ma carte IGN ne correspondait plus avec cette verrue verte sur le terrain !

En revanche, la pluie ne me gênait absolument pas, car chaque fois que les conditions météorologiques ou la violence de la pente m'interpellent, je pense à tous ces hommes courageux qui risquaient leur vie. Car en cas d’arrestation, la méthode allemande avec leurs auxiliaires de police français était radicale : arrestation, torture puis camp d'internement de Mérignac-Beaudésert annexe de la prison politique fort du Hâ, Drancy (voir le billet consacré à Marcel Rajsfus)  pour finir dans un camp d’extermination. Oui il fallait être rudement courageux en ces temps-là !     

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Je quittai le chemin de halage avant d’arriver à Ustaritz pour remonter vers Hérauritz, comme le faisaient les passeurs.

La pluie cessa de tomber au niveau du four à chaux. Une belle pièce de collection que je pris en photo. Je traversai le hameau en prenant le temps d’admirer cet endroit charmant n’ayant aucune police politique ou asservie à mes trousses !

Parvenu au lavoir à la sortie du village j’essayai de me représenter le territoire de l'époque. Puis utilisant ma carte IGN, j’imaginai les chemins qui se frayaient un passage secret ou discret dans les bois de Larressore avant de rejoindre les rives du Latsa.

Où ?

Pas évident à matérialiser avec ces nouveaux lotissements ! 

Lors d'un repérage précédent, voulant enfin trouver la fameuse borde Mandochineko, j’avais traversé le ruisseau à gué comme le faisaient les passeurs.

Mais la  borde, je ne risquais pas de tomber dessus puisque j’évoluais à l’opposé de l'axe du passage et de plus, je marchais sur la mauvais rive.

Ce premier itinéraire se finissait au pont du Diable, là où se trouve la stèle qui rend hommage aux passeurs basques des environs !

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La seconde partie du parcours,  je l'ai effectuée en compagnie de Jean-Michel et de Pascal et récemment avec Thierry toujours à la recherche de la fameuse borde Mandochineko. Nous aurions pu la trouver mais nous n’avons pas osé traverser la bergerie !

Comme toujours pour ces randonnées mémorielles, je mixe le tracé théorique des passeurs avec des diverticules variés afin de profiter à plein de l’ensemble paysager !

Depuis le pont du diable, entre Larressore et Espelette, comme nous ne pouvons traverser les prairies où  se trouvent les fameuses bordes, il suffisait de remonter la petite route qui se faufile au milieu des champs de piment avant de retrouver le Latsa près du camping !

Un sentier de randonnées appelée « Le chemin des Familles » vous ramène vers le centre d’Espelette.

Pour les parcours suivants, il existait plusieurs options pour franchir la frontière.Nous en avons retenu deux à partir du col de Pinodieta !

La première que nous avons repérée en compagnie de Pascal et de deux jeunes éducatrices spécialisées Aude et Liza, suit le tracé du GR 10 dans cette zone. La borde Gainekoborda aujourd’hui qui sert de refuge, était aussi un point de passage obligé en cas de grosse fatigue ou en cas d’alerte.

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Au col de Zuhar (Zuhareko lepoa sur la carte IGN), il faut abandonner le GR 10 pour remonter les crêtes somptueuses du Bizkarluze jusqu’au Gorospil. C’est à la borne frontière 75  à côté du monolithe du Gorospil que nous avons tombé les sacs à dos à la frontière des pâturages d’Espelette, d’Itsassou et ceux du Bastan (Navarre).

Après cette halte bienvenue, il nous fallait dégringoler l’arête douce d’Haizegerri jusqu’à la délivrance qui se situe à la borne frontière 74.

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J’avais emprunté un autre tracé de fuite avec mon neveu Maxime, et là je m'étais lamentablement perdu dans des fonds de la vallée ! Une dernière borde avant abandonné tous ces chemins mangés par la végétation ! Maxime avait été obligé de sortir le GPS pour nous sortir de ce piège. C’est dire la difficulté de ces passages clandestins. Les passeurs devaient connaître tous ces parcours pour éviter ces embûches car les traversées clandestines se faisaient la nuit ! Impressionnant !

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Le second parcours depuis le col de Pinodieta semblait plus accessible mais il fallait contourner Ainhoa. Nous venons de le boucler cette fois-ci en compagnie de Thierry et de Gabrielle. Derrière la Chapelle de l’Aubépine, il faut suivre le très beau sentier qui passe à flanc sous l’Errebi avant de descendre le long du chemin des bordes.

La traversée du célèbre ruisseau Lapitxuri qui sert de frontière entre la France et l’Espagne se faisait au niveau de la borde de MikelenBordan, aujourd’hui mondialement connue !  

Passer la frontière était une chose mais rejoindre Gibraltar en était une autre aussi complexe car il fallait rester en permanence aux aguets, le fasciste Franco pouvant à tout moment renvoyer les évadés dans les griffes nazies.

Quant aux aviateurs anglais, Churchill, dit-on, aurait tapé sur la table afin de calmer les velléités franquistes de bloquer la grande traversée mais comme cela sort de mon domaine de compétence, je n'irai pas plus loin.

 

Pour conclure ce billet : J’ai rompu le fameux serment des passeurs basques : ITZA-ITZ ! (La parole était donnée, il ne fallait jamais parler !).

Nous n’avons fait qu’effleurer en partie  leurs exploits le long de la voie théorique Bayonne-Anglet. Quant à l'autre voie stratégique au départ de Saint Jean de Luz-Ciboure, que j’ai appelée, la « Florentino » du prénom du célèbre passeur basque Florentino Goikoetxea, elle fera l’objet d’un prochain billet car il nous reste encore à parcourir des parcours inédits en Navarre sur les lignes du réseau Comète !  !

 

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Afin de compléter, cette histoire, il suffit de consulter les sites qui évoquent le réseau Comète ou d'acheter les livres qui racontent ces sacrées aventures si je peux utiliser ce terme. Sur le terrain, afin de se rendre compte de la portée des exploits des passeurs basques, il suffit juste de se munir des cartes IGN : la 1344 OT Bayonne, la 1345 OT Cambo et la 12 45 OT Hendaye, ainsi que la carte Côte basque de Miguel Angulo pour les marches du côté espagnol. À partir de tous ces documents, chacun peut tracer ses propres itinéraires à sa convenance, car ces sentiers de la mémoire méritent le détour ! 

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