Les Camps de concentration en France destinés aux indésirables.

Les Camps de concentration en France destinés aux indésirables :

Les Camps de concentration en France destinés aux indésirables :

Ce billet s'inspire de la lecture du Décret-loi du 2 mai 1938 sur la police des étrangers et de ses conséquences : la naissance du camp et de son  corollaire, l'enfermement ! 

Voici deux extraits de la lettre explicative du Président du conseil à l’attention du Président de la III ième République de  l’époque, Albert Lebrun : 

« Et tout d'abord, la France ne veut plus chez elle d'étrangers "clandestins", d'hôtes irréguliers: ceux-ci devront, dans le délai d'un mois fixé par le présent texte, s'être mis en règle avec la loi ou, s'ils le préfèrent, avoir quitté notre sol… »

« … le ministre de l'intérieur pourra assigner à l'intéressé une résidence déterminée qui rendra sa surveillance possible. Si l'étranger indésirable ne se soumet pas

Le monsieur qui a signé cette lettre était le président du conseil, ministre de la défense nationale et de la guerre, Édouard Daladier. 

Voici un bref aperçu d'une histoire tragique (ironie de l’histoire) qui a débuté il  y a bien  longtemps dans ces camps de concentration de population d'indésirables en France !

Ma famille a inauguré les camps de concentration en France dès l’automne 1936 après la chute d'Irùn en Euzkadi. Leur camp était situé dans une ancienne usine de moulinage abandonnée à Largentière en Ardèche !

Oui, ce furent des camps de concentration et non pas des camps de regroupement !

De véritables camps de concentration avec tout l’attirail répressif qui accompagne ce genre de lieux où la Liberté est un mot tabou capable de vous valoir la mort instantanée si vous osez le prononcer. Je renvoie aux travaux des historiens qui ont décrit l’enfer de ce monde qui a accompagné l’avancée du fascisme généralisé et instrumentalisé en Espagne  1936 après le « Golpe » des militaires félons ! 

Or, depuis le début de cette année en découvrant les emplacements des Camps de Sepfonds et celui de Gurs, j’ai pu me rendre compte de l’ignominie de la route de l’enfer que ces républicains espagnols vaincus ont subie.  

Mon propos n’a pas vocation à faire du simple fac-similé d’une histoire arrangée puisqu'il est impossible de reconstituer la souffrance des « indésirables espagnols" qui ont inauguré l’ère du fascisme triomphant, non, le but est juste de réfléchir aux questions qui accompagnent les visites de ces sites oubliés au moment où le cycle historique montre que la « peste noire » est de retour.

Chercher à comprendre ou à ne pas comprendre comment la raison a pu être noyée dans ce gouffre de la non-pensée que furent et que sont encore aujourd’hui ces camps de l’indignité internationale !

Dernier point qu’il est important de souligner, j’ai pu réaliser ces deux reportages (y compris photographiques) grâce au talent historique de mes camarades de l’ACER (Amis des Combattants de l’Espagne républicaine), et en particulier Jordi pour le camp de Sepfonds et Roberto pour le camp de Gurs, sans oublier Nico pour l’ensemble de son oeuvre !

Le camp de Sepfonds :

Je ne vais pas jouer les historiens amateurs puisque il  y a d'authentiques spécialistes qui racontent ces drames bien mieux que je ne pourrai le faire puisque je n’ai aucune compétence dans ce domaine ! Je voulais juste exprimer ce que j’ai ressenti lorsque je me suis trouvé au milieu du long cortège qui allait de la petite gare de Borredon jusqu’à l’emplacement du camp.

Sept kilomètres environ, balisés par une longue banderole passée de drapeaux tricolores de la République espagnole. 

On ne peut imaginer ce que pouvaient ressentir ces vaincus, perdus dans ce coin de France, soustraits au regard inquisiteur d’une population bien conditionnée pour stigmatiser l’arrivée de ces « rouges », et là je sais de quoi je parle !

Car lorsque tu appartiens au camp des vaincus et que tu as baigné dans le camp « rouge » depuis ton enfance, combien de fois n'ai-je entendu ces litanies absurdes balancées par de pauvres « décervelés » historiques, conditionnés  par la  répétition voulue d’un discours mensonger propagé par  ceux qui tiennent les ficelles de la domination convenue ?

Pendant que nous marchions, Jordi me racontait l’histoire de son père qui avait été interné dans le camp de Judes sur la commune de Sepfonds ! De mon côté, j’avais appris que François Tosquelles était passé par le camp de Sepfonds avant de continuer sa route de "révolutionnaire en tout", du côté de Saint Alban ! C’est en finissant le livre « Ecrits sur l’aliénation et de la liberté » sur Frantz Fanon que j’avais appris la relation forte entre les deux psychiatres née du côté de Saint Alban entre 1951 et 1952 !

Tout en marchant aux côtés de Jordi, je me disais que ces camps de l’enfermement de la pensée que je découvrais, avaient vu disparaître des tas d’êtres humains tout ça parce que des militaires fascistes avec l’assentiment d’une coalition hétéroclite ne supportaient pas l’intelligence !

Un mois plus tard, je prenais la route des Pyrénées pour me rendre à Gurs !  

Le camp de Gurs :

Dimanche dernier, j’ai participé à la journée mémorielle qui se déroulait à la sortie du village de  Gurs en direction d’Oloron .

Et alors que rien ne pouvait perturber cette journée, mis à part le voyage, je fus réveillé par un sale cauchemar comme quoi le conditionnement du cerveau par des événements déclenchés par les fascistes l’imprègnent durablement ! 

J’ai eu juste le temps d’enregistrer le cauchemar avant de me lever :

« Une horrible gorgone se dirigeait à la tête de ses troupes, conduites par Poltron de Xaintrailles et Etienne de Vignobles dit La Colère, vers la statue d’une hystérique, qu’un prélat d’origine corse, certainement Dom Rémi, le spécialiste des clovisses et des palourdes, avait … », et c’est là que je me suis réveillé en sursaut, en pensant aux assassinés d’Haymarket Square, du 1 mai et de la gorgone !

Comme cette année-là, je n’eus pas la chance de découvrir le fameux tableau de la Gorgone lors de la visite de la Galerie des Offices à Florence  puisque la salle du Caravage était fermée, ce manque devint une obsession chez moi, d’où ces spasmes incontrôlés lorsque je visite l’histoire des massacres et des tueries des fascistes !

Au terme de mon voyage, je retrouvais Roberto à l’entrée du camp de Gurs !

Après les interventions des différentes communautés qui avaient vu leurs familles payer de leur vie leur enfermement à Gurs ou plus tard dans les camps d’extermination nazis, la découverte du camp, du cimetière, je pensais à Hannah Arendt.

Oui, Hannah Arendt, ma philosophe « préférée »,  avait été internée un temps à Gurs ! Comment s’en était-elle sortie ? Comme je manque de sources sérieuses à ce sujet, je préfère ne rien écrire. Simplement, il faut se dire que le fait d’avoir échappé à la persécution nazie, a été un cadeau pour la réflexion politique et philosophique en réponse au crime organisé de ces idéologies du « Viva la merte » du siècle précédent !  

A l’inverse, son ami  Walter Benjamin ne recevra pas ce coup de pouce du destin qui avait sauvé Hannah Arendt, mais j’en parlerai une autre fois lorsque j’irai de l’autre côté des Pyrénées.

Pour clore ce billet, je suis persuadé que le chaos de juillet 1936 n’a pas fini d’étirer ses tentacules fascistes, 80 ans après son attaque délirante en Espagne.

Mais plus inquiétant, je me demande parfois à quoi peut bien servir l’histoire s’il faut à chaque fois aller à Florence pour se délecter du talent du Caravage ? l

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