Cette chronique reclusienne revisite la fin d’une histoire

La dernière randonnée harmoniste a eu lieu le 8 mai 2018. Ces longues marches se déroulaient dans un espace-temps défini par les deux géographes anarchistes Kropotkine et Reclus. Et même si l’esprit de la randonnée harmoniste n’est pas né en Île-de-France, la traversée de ce territoire fascinant, n’a fait que le développer !

euzkadi-377
 Cet esprit est difficile définir car il s’écarte des canons habituels qui accompagnent les  groupes classiques de randonnée.

Or, dans notre sphère, il n’y avait pas d’association, et donc pas de structures, pas de président, pas de leaders, pas de notion de pouvoir et donc de domination, pas de besoin de reconnaissance et donc d’existence.

Que de la simplicité ! 

Venaient partager un moment harmoniste lié à la marche ceux qui avaient envie et partaient ceux qui ne se sentaient pas à l’aise dans leurs baskets.

Aujourd’hui, ma mémoire sensorielle est saturée ! Et il me serait impossible de restituer le déroulé de ce bonheur partagé sauf à me laisser gagner par la nostalgie ou la mélancolie.

Mais je laisse ces deux artifices aux poètes car je me dois de m’appliquer pour rédiger cette dernière chronique.

Qu’est-qui fait tout d’abord que l’on devienne un harmoniste reclusien ? 

La réponse est très simple : la chance et le hasard !

En ce qui me concerne au niveau de la chance, je suis né dans une  famille de prolétaires où il n’y avait rien, mais à l’inverse il y avait tout ce dont un enfant a besoin pour se réaliser ! Et ça c’est fantastique. Pas de télévision mais des livres ! Pas de superflu mais de l’amour !  

Mon ami Philippe, fils de mineur, a connu ces mêmes conditions particulières, à la fois si rudes et si douces ! Que du bonheur même si c’était compliqué parfois ! 

c-gally-25
Puis un jour à l’âge de 2 ans au Mont Urzumu (le sommet est à peine 200 mètres d’altitude), ma grand-mère avait dit en arrivant au niveau de la table d’orientation : « Marc, ça sera un très bon marcheur ! ». Depuis la prophétie s’est accomplie !

J’ai eu la chance d’avoir eu des parents syndicalistes de combat, avec une mère qui se fichait de tout ce qui portait une barrette.

Des parents qui te disent que la seule nourriture spirituelle digeste est la révolte.

Et lorsqu’ils reposaient leur force de travail ou qu’ils coupaient la Gestetner à produire du tract revendicatif, ils m’ont instruit sur la beauté simple mais magique du territoire landais !

Les Landes étaient une bénédiction pour eux ! C’est la raison pour laquelle j’ai toujours été un amoureux de cette contrée ! Quarante ans plus tard, grâce à leur instruction en science mésologique, je redécouvre le marais d'Orx, les Barthes de l'Adour, les tourbières, la forêt et bien sûr les courants (qui n’a pas longé l’Huchet, n’atteindra jamais la plénitude !), les dunes et le bord de mer !

Si j’avais le temps, je développerai une théorie naturaliste dans la continuité de celle d’Élisée Reclus, qui montre que lorsque le chemineau hiérarchise le paysage et ne s’intéresse qu’à la beauté ostentatoire d’une curiosité naturelle, il ne sera jamais un révolutionnaire puisqu’il est naturellement un conservateur dans l’âme ! J’arrête là mais pensez-y lorsque vous marchez ! 

euzkadi-24
Après cette mise en bouche, toujours en compagnie de mes deux professeurs de vie et de bonheur, voici ce qui leur est arrivé lorsqu’on leur a demandé de structurer la randonnée à Saint Vincent de Tyrosse.

En effet, ils marchaient tout le temps lorsqu’ils travaillaient et habitaient cette petite ville landaise avant leur mise à la retraite !

Un jour, la mairie les avait sollicités afin qu’ils balisent leur itinéraire préféré qui faisait environ 15 km. Mais n'ayant aucune connaissance des règles de balisage édictées par la Fédération Française de Randonnée pédestre, ils étaient  partis la fleur au pinceau et les pots de peinture avec !

Tyrosse allait pourvoir enfin marcher en toute sécurité !

Hélas, quelques jours plus tard l'adjoint au sport de la mairie, ancien ailier de l’UST, se déplaça en personne pour leur passer un savon :

« Mais c’est du grand n’importe quoi, vous avez balisé le circuit avec les codes d’un GR ! Les balisages« rouge et blanc » des GR  sont des marques déposées en France. Il faut tout refaire ! Là, c’est une boucle municipale ! »

Notre socialiste bon teint profitait-il de son avantage (pour une fois !) pour rabrouer mes deux syndicalistes CGT de parents ? C’est possible car les relations étaient parfois difficiles entre la mairie socialiste et mon syndicaliste de papa !

Mes parents ayant toujours été des gens biens comme le sont les gens de peu, ils repartirent couvrir les marques rouges à l’aide d’un pot de peinture jaune. 

Le conseil général a depuis balisé le sentier historique aujourd’hui connu sous l’appellation « Circuit de Lous Houns ».

007
Mais il m’arrive encore de trouver çà et là les larges bandes blanches et jaunes car mon père n’avait pas lésiné sur la peinture qui devait être de qualité car achetée à un fils de réfugiés espagnols comme lui ! 

Grâce à mon éternelle compagne, la chance, ma mère m’envoya chez les Francas au lieu d’aller  faire la saison comme mes autres copains fils d'ouvriers !

Je profite de ce billet pour saluer les Francas car ces militants de l’enfance ont influencé très fortement ma vie ma vie bien plus que n’importe quelle organisation politique fut-elle d’inspiration révolutionnaire ! 

Les Francas te marquent à tout jamais au fer rouge de l’intelligence et c’est tant mieux ! Voici ce qu’ils revendiquent sur leur site internet des Landes :

L'humanisme : Respecter l'Homme c'est reconnaître la personne y compris l'enfant et l'adolescent, en tant qu'individu singulier mais aussi en tant qu'être social. Cela vaut pour toutes les personnes, sans distinction d'âge, de genre, d'origine, de situation sociale ou de religion.

La liberté : L'autonomie est une condition nécessaire à l'exercice de sa liberté. Mais elle est une conquête progressive qu'il faut permettre et accompagner dès l'enfance.

La solidarité : Elle s'exprime par l'échange, l'entraide, le partage des connaissances comme des richesses. Elle invite à la réciprocité à condition de s'inscrire dans le cadre d'une reconnaissance mutuelle des droits.

Cela a duré six ans et je ne vous raconte même pas les personnes que j’ai rencontrées ! C’était fantastique !  

Pour n’en citer que quelques figures marquantes, commençons par Jean Claude Sescousse (aujourd’hui décédé) dit Coco le maire socialiste de Tyrosse qui redevenait un formidable éducateur lorsqu’il abandonnait au vestiaire sa bure politique pour enfiler sa chasuble de militant de l’enfance !

J’ai eu la chance d'être moniteur en compagnie de Serge et de Bruno, les fils spirituels de Coco  ! Je n’ai pas toujours été correct avec eux  à cause de sérieuses divergences idéologiques ! Car le jeune communiste aux antipodes du reclusien actuel n’était qu’un être borné et suffisant !

J’ai eu l’occasion de faire amende honorable auprès de Bruno lors d’un stage de perfecti

hermes-10
onnement du BAFA à Mourenx. Il me reste plus qu’à retrouver Serge pour m’excuser !

Si un jour vous croisez ma soeur Fafou au Musée d’Antan de Lit et Mixe demandez-lui juste comment je pouvais être  insupportable pour ne pas dire autre chose, elle vous expliquera pourquoi avec Bruno, les deux étant directeurs lors de séjour, ils voulaient me virer du centre aéré de Tyrosse !

Mais à l’époque je marchais dans l’illusion d’un communisme rédempteur et ce n’était pas des sociaux-démocrates dans l’erreur qui allaient faire la loi !

Bon depuis, j’en suis revenu (soupirs !) 

 Voilà tout ce que la chance m'a livré tout au long de mon parcours chaotique du communisme farceur à l’harmonisme structurant de la pensée révolutionnaire ! 

Gratuitement, sans document certifié, sans contrôles, sans gendarmes, sans satellite-espion ! Que de la marche bio ! 

harc-c-32

Puis le reclusien forcené que j’étais devenu a imaginé autre chose :

J'ai mélangé des groupes et des personnes qui ne se connaissaient pas.

fravci-32

J'ai marché avec des personnes qui étaient aux antipodes de ma philosophie de vie. J'ai marché avec des capitaines d’industries !

grh-498

Et puis un jour tout ce petit monde s'est retrouvé à l'occasion de la fête de la randonnée harmoniste du 8 mai 2018 pour fêter la dernière ! 

agroupir-8-copie-1

Côté Pile, que du bonheur !  Mais côté Face ?

Si j'étais un politique, je dirai que le bilan est globalement négatif.

Partout où j'ai porté la parole du syndicalisme révolutionnaire, j’ai échoué ! Suis-je un mauvais pédagogue ? Un ringard ? Un passéiste ?

mini-1449337099293

Et j’en ai entendu des vertes et des pas mûres à ce sujet !

On  y va ? Non !, ça ne vaut pas le coup. Juste cette insulte qui revenait en boucle : « ouvriériste » et comme je n’ai jamais su ce que cela voulait dire et je n’ai pas cherché à le savoir !

 Dommage car j’ai toujours pensé et je continuerai à penser à une Utopie réaliste !

Le seul problème qui se poserait, ça serait de convaincre les personnes censées, de s’opposer au formatage de la structure éducative imposée et décidée par des dirigeants aliénants aux ordres des capitalistes ?

Le constat est douloureux car s’illusionner sur une transformation  de la violence intellectuelle que l’on encaisse dès l’âge de la scolarité par la réforme, même l’immense Jaurès avait échoué car il s’était trompé lui-aussi ! Alors de là à en faire des adeptes ?

 Je n’ai jamais dit que c’était simple, j’ai essayé d’œuvrer dans ce sens-là y compris lorsque je soldais ma force de travail cognitive aux descendants des revanchards pétainistes qui n’ont toujours pas digéré le Front Populaire !

Mais qui sait si un jour la roue de l’histoire ne brisera pas ce schéma qui est tout,  sauf immuable !

jeanmi-26
Alors que faire pour essayer de s’en sortir ?

Reprendre le cours de l’histoire oubliée ou négligée, car pour le reste, je ne vais pas commencer à jouer les accusateurs publics !

Allons-y  avec ces trois personnages que je considère comme d’authentiques révolutionnaire de la différence.

Non il ne s’agit pas de Kropotkine ou Reclus pour l'anarchie, ou de mes deux camarades CGT, Griffuelhes et Pouget pour le syndicalisme révolutionnaire, j’ai déjà scellé leur sort dans mes précédentes chroniques, je voulais évoquer des personnages qui pensaient autrement et que l’histoire officielle s’est chargée de tuer une seconde fois en les oubliant !  

Commençons par Condorcet

Condorcet fut abattu politiquement en juillet 1793 par les « terroristes », ceux allaient pondre par la suite la fameuse loi du 22 prairial 1794 ! Je l’ai retrouvé mort du côté de Clamart, par hasard en 2018 alors que je clôturais mon tour de l’Île de de France. 

Moi ce qui me plaisait chez ce révolutionnaire, c’était la pertinence de ses idées novatrices ! Par exemple, il souhaitait que l'esprit de la Révolution soit en perpétuel renouvellement afin de pas figer la Révolution ! Comme il pensait bien le camarade révolutionnaire !

C’est au peuple et non à ses représentants autoproclamés de faire vivre l’esprit révolutionnaire. Et c’est une des raisons pour laquelle Condorcet souhaitait « inscrire dans le marbre » le droit à la résistance du peuple. Et voilà ce que lui répondit Robespierre :

« Assujettir à des formes légales la résistance à l'oppression est le dernier raffinement de la tyrannie ! » 

Étonnant de lire ça de la part d’un futur maître en matière de tyrannie.  

J'ajoute que le phrasé ésotérique de Robespierre mais aussi celui de Saint-Just montre à quel point ces deux révolutionnaires méprisaient le peuple ! Et ils enfantèrent de nombreux adeptes, le Président actuel en est le vivant exemple !

Vous allez me dire ce n’est pas un  révolutionnaire, d’accord, pourtant il a bien écrit un  livre dont la titre est Révolution, non ?  

Vous me direz que le fasciste  Pétain a bien  parlé de Révolution nationale lors de son coup d’état du 10 juillet 1940 !

p1090836

Ne jouons pas sur les mots et redevenons sérieux après cet écart intérieur dans les arènes de Saint Justin !

Oui car il y a bien des arènes à Saint Justin juste  à la sortie de la petite bastide n'est-ce pas Jean Mi ?

Ces arènes permettent d’écarter les problèmes en même temps que les coursières !

Si vous n’avez pas tout saisi des subtilités de  la Course Landaise, j’espère que vous avez senti que j’expliquais que toute dégradation  du processus révolutionnaire vient du fait que l’on utilise des mots dont on a volontairement dévoyé le sens !   

 Il est bon de savoir que toute personne qui utilise un langage ésotérique, ne s’occupe que de sa sphère de domination intellectuelle, alors que le message du libre penseur ne devrait se concentrer que sur l’éducation ! Populaire bien sûr mais pas que … 

 

anarchie-tatave-2
Sylvain Maréchal était le suivant sur la liste des oubliés ! Il n’a pas été abattu ni même guillotiné et pourtant il aurait pu ! il aurait même dû  selon la logique « tyranicienne » des révolutionnaires.

Mais je ne fais pas le malin, car si Octave, mon camarade CGT formateur à la différence, ne m’avait pas envoyé « L'anarchisme sous la Révolution française » d’Erwan Sommerer, je n’aurai jamais su que lepoète Sylvain Maréchal  avait rédigé le Manifeste des Égaux !

Alors était-il un des précurseurs de l'anarchie ? Je ne me prononce pas, je vous le laisse deviner …

 Pour finir, je vous présente Gustav Landauer !

Ce penseur praticien de l’anarchie ou du socialisme, qu’importe les mots, avait participé à la création de la République des Conseils de Bavière en tant que commissaire à l’instruction publique et à la culture (rôle majeur lorsqu’on défend cette philosophie de l’intelligence.)

Et comme à chaque fois que l’on parle simplement de l’intelligence, les fascistes, tous les fascistes « arc en ciel » + le noir sortent leur pistolet et la réduisent au silence pour éviter la séduction populaire !

Les corps francs où l’armée l’ont assassiné, qu’importe ! Hitler n’aura qu’à se servir quelques années plus tard ! 

Le leitmotiv de ces massacreurs de la liberté quelle que soit la guillotine ou l’arme utilisée pour tuer est le même n'en déplaisent à tous les penseurs scientifiques de la Révolution !

Qu'ils complètent par ce : « Maudit soit ce socialisme qui pense autrement la transformation sociale ! Les communautés libres, l’association celui qui arrête de croire que le prolétariat a les clefs du camion révolutionnaire ! Et qu’une avant-garde éclairée va nous sortir des ténèbres ! »

Landauer, Condorcet et Maréchal  à dégager ! Dans les poubelles de l’histoire comme disaient ces fins lettrés bolchevik qui allaient devenir des tyranneaux thermidoriens pour accoucher après la souris Bonaparte d’un gros matou sournois et géorgien, Staline !

 

Car lorsque les grands révolutionnaires sont établis, ils assurent une bonne dictature puisqu’ils n’ont jamais eu confiance dans ceux qui avaient fait la Révolution ! Beaucoup de penseurs de qualité pensent toujours que le populo est un crétin ! C’est possible qu’il y en ait !

A ce bête constat, pour avoir étudié au plus près ces phénomènes d’appropriation illégitime des révolutions par des intellectuels bourgeois, je rétorque que ces loulous qui nous ont flingué les mots communisme, socialisme, je ne parle même pas d’anarchie, étaient aussi de simples crétins ! Bien sûr, il est important que vous critiquiez ces assertions, je ne manquerai pas d’y répondre ou de débattre mais ça ne sera plus dans le cadre de randonnées harmonistes.

m1190681

Constat d'échec ?

Certainement.

Sentiment d’échec ?

Oui tant que la même éducation du gavage de la cervelle à la Huxley sera au programme !

Et puis après tout, j’ai remisé Rocinanté  à l’écurie pour cesser de me battre contre des moulins à vent depuis ma défaite en trois manches près du Nez-de-Jobourg (magnifique) !

Ayant échoué, j’ai choisi le redoublement volontaire pour m'initier à la philosophie stirnéeene qui n’intéresse personne ! Mais c’est mon école de la seconde chance même si ce n’est pas celle qui avait ma préférence !

Mais j’ai tenu à finir cet ultime billet sur une note joyeuse !Il s’agit d’une petite victoire intellectuelle qui peut vous paraître ridicule, j’en suis conscient, mais qui pour moi aura toujours le charme du « bisque-bisque rage ! ».

On se contente de peu lorsqu’on appartient au camp des vaincus de l’imaginaire d’un autre monde ou d’une autre philosophie !  C’est parti, les doigts sur le clavier ! 

Lors de mes études, on n’avait pas cessé de me bassiner avec ce magnifique philosophe, ce brillant écrivain, ce sacré révolutionnaire, le dénommé Sartre qui causait si parfaitement du peuple comme tout intellectuel bourgeois qui se respecte !

Vous vous rendez compte, un type qui écrit  sous un hêtre à propos du néant, ça vous classe un bonhomme. Je cite : « Être libre n’est pas choisir le monde historique où l’on surgit – ce qui n’aurait point de sens – mais se choisir dans le monde, quel qu’il soit. »

Là, tu te dis respect, les mots, il maîtrise ! à te donner la nausée ! Moi je ne comprenais rien à ce qu’il racontait le maestro ! Le populo est crétin, dans ce cas j’assume ! Sartre, sa crise existentielle je ne comprenais pas la moitié des mots qu’il  écrivait ! C’est en lisant le camarade Fanon, Les Damnées de la Terre que j’étais tombé sur la préface de Jean Paul !

xebo-40

C’est à ce moment que j’ai cherché à essayer de voir d’où venait cette reconnaissance internationale et cette aura de ce « Cause du peuple » des temps modernes. Et là, en creusant je me suis rendu compte qu’on avait oublié d'évoquer certaines choses dérangeantes chez ce maître de la pensée révolutionnaire. Le brave Jean Paul aurait-il eu les mains sales pour avoir dit ou écrit, qu’importe, qu’il n’avait jamais été aussi libre sous l’Occupation ?

Alors comment interpréter cette phrase moi qui n’atteindrait jamais le niveau de la réflexion d’un philosophe pour classes secondaires ? 

Sans pousser des cris d’Onfray car je n’ai pas le niveau, pour essayer d’y voir clair, je me suis référé à la loi du 3 octobre 1940 « portant statut des Juifs » !

 Et là j’ai compris pourquoi dans le même temps un certain Jankélévitch moins libre de penser sous l’Occupation que Jean Paul, fut destitué en décembre 1940 de son poste de prof de philo à cause de cet immonde « statut des juifs ».

Ce philosophe-là devint Résistant par la force de l’état fasciste français qui avait fait  allégeance à l’Ubu-roi nazi taré Hitler depuis la séance d’adoubement de Montoire  !

Premier arrêt sur images !

Pendant ce temps, en 1941 Jean-Paul Sartre enseignait la philosophie dans la khâgne du lycée Condorcet à Paris ! (Je ne développe la polémique qui tourne autour de la révocation de l’ancien professeur Dreyfus-Le Foyer parce que juif, car tout cela est parfaitement  expliqué par Ingrid Galster  dans son livre : « Sartre sous l'Occupation et après. Nouvelles mises au point »).

Tranquille, Jean Paul écrit, boit des cafés au café de Flore ! Bref il s’occupe gentiment à Paris durant l'Occupation d’où ce sentiment de liberté qui n’appartient qu’à lui !

Pour clore cette controverse, Jankélévitch avait dit : « L'engagement de Sartre après la guerre a été une espèce de compensation maladive, un remords, une recherche du danger qu'il n'avait pas voulu courir pendant la guerre. »

 Venons-en au second arrêt sur images !

Il ne s’agit pas ici de juger l’attitude de Sartre, je laisse cette affaire aux spécialistes ! Non là où j’interviens c’est sur  la dérive totalitaire intellectuelle de Sartre et de ses disciples ! Et surtout le marketing qui a entouré cette fameuse lézarde qu’il n’a jamais pu refermer ! Je trouve un peu fort du café ce qu’il a écrit dans la préface du livre de Fanon « Les Damnés de la Terre » :

« Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois sent  un sol national sous la plante des pieds. »

Je ne reviens pas sur le contexte politique en Algérie  ni sur le drame que vivait Frantz Fanon au moment de l’écriture du livre (il est atteint d’une leucémie), si j’ai insisté sur ce passage c’est  parce qu’une fois de plus le donneur de leçons pour les autres s’est réveillé (il dormait en 1941 !). Et ce qui m’insupporte aujourd’hui, c’est le fait que Sartre soit devenu un marqueur de la réalité communiste alors que je ne le vois que comme une représentation actualisée d’un Torquemada, d’une autre église, d’une autre foi, d’une autre religion, d’un autre Dieu ! 

Quant à l’utilisation de la violence dans la praxis révolutionnaire, je vous laisse avec vos certitudes ou vos doutes, j’ai déjà évoqué le sujet !

Dernier arrêt sur images !

Ce jour-là François Noudelmann venait présenter son livre à la Médiathèque de Villepinte : « Le toucher des philosophes » ! Vers la fin de son intervention, je l’ai interrogé pour savoir ce qu’il pensait de l’attitude de Sartre lorsqu’il s’était mis à épouser toutes les causes perdues du totalitarisme ! Un échange courtois s’est établi avant que ma voisine ne me coupe  sèchement la parole en me disant : 

« Monsieur, je ne vous permets pas de parler de Sartre en ces termes ! Sartre était un Révolutionnaire ! »

De quoi je me mêle, ce fut à mon tour de lui couper la parole à cette dame !

« Sartre était révolutionnaire comme le furent tous ces grands hommes dont on n’arrête pas d’arranger la légende pour mieux les porter au pinacle rouge de la Révolution falsifiée. Or Sartre comme ces Légendaires n’ont jamais fait la Révolution, madame, il faudrait que vous appreniez que c’est le Peuple qui fait la révolution, les icônes qui arrivent en second rideau comme des assureurs pour constater les dégâts, vont simplement la confisquer. Si je peux me permettre, je vous conseille la lecture de la Grande Révolution de Kropotkine, vu vos lacunes c’est pas mal pour commencer !»

Et ça elle n’a pas apprécié ! C’en était trop : 

« Monsieur, ça suffit ! Vous insultez Sartre et  vous m’insultez, vient dit-elle à son fils ou à son amant je ne saurai dire, on a en a assez entendu ! On s’en va ! »

004

A la fin du débat, nous avons échangé calmement avec François Noudelmann ! Il connaissait tout de Sartre. C’était un aficionado ! Rien à dire.

Je lui ai exposé ma position. Il m’a donné sa version. Depuis cette séance, je suis devenu un modèle de tolérance ! 

La médiathèque m’a ensuite offert le livre de François Noudelmann qu’il m’a signé avec ce clin d’œil ! Puis la conversation a naturellement dévié vers la  politique en général et sur le courant libertaire en particulier, courant auquel n’appartient pas le philosophe (je le précise pour éviter les amalgames faciles !)   

 Depuis cette bien agréable rencontre, j’achète régulièrement  les livres de François Noudelmann.

Et j’attends avec impatience la sortie de « Un tout autre Sartre » prévu en juillet 2020 pour essayer d’aller un peu plus loin et peut-être réviser l’image encore floue  du passant du « sans-soucis » durant l’occupation du côté du café de  Flore ! 

 Ainsi se terminent ces haletantes chroniques reclusiennes !

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.