Pierre de Lancre est revenu hanter la Macronie lors cet hiver 2019-202 !

J'ai étudié la concordance entre les deux mouvements sociaux hivernaux lors de la découverte de la légendaire Pierre de Tinon ! Et entre deux manifestations (encore d'actualité) contre cette arnaque de détournement futur des retraites, cette introspection historique me fut bénéfique pour respirer un air de liberté que les tristes sires actuels tentent de putréfier !

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Lorsqu’on est un hérétique social dans l’âme, on sait que la  violence est toujours du côté du Pouvoir puisque ce dernier dispose de l’armée et de la police pour mater  légalement toute révolte ! Il peut tuer sur ordre et être absous de ce crime par une justice aux ordres !

Mais ce qui me fascine avec le discours de ce premier de la classe parvenu par effraction à la Présidence de la République, c’est lorsqu’il évoque la violence de ce peuple qu’il ne connaît pas !

Son discours convenu m’insupporte : allons les petits, vous, eux, ceux qui n’ont pas traversé la rue au bon endroit, alors qu'il ne fait que pérorer sa propre banalité du « mâle » : « Une démocratie, …, c’est un système politique où l’on choisit des représentants qui auront à voter librement les lois qui régissent la société. Cela a beaucoup d’exigence, cela veut dire que la liberté du peuple et sa souveraineté sont reconnues. ».

Chante toujours beau merle, tu dis ça mais tu fait exactement le contraire. Car visiblement, le garçon n’a jamais lu une seule ligne d’Hannah Arendt ! Instruisons-le à propos de la révolte et de la désobéissance civile, chère à Howard Zinn, hier et à David Graeber, aujourd’hui (pour ne pas remonter à l’instigateur de ce concept,  Thoreau). Hannah Arendt écrit : « la distinction nécessaire entre une violation ouverte et publique et une violation clandestine, entre le criminel qui prend soin de dissimuler à tous les regards les actes répréhensibles et celui qui fait acte de désobéissance civile en défiant les autorités et s’institue lui-même porteur d’un autre droit ! »

La désobéissance civile surtout lorsqu’elle se traduit naturellement par une manifestation collective est une résistance naturelle à l’obsession totalitaire du pouvoir dit démocratique ! C’est à mon avis un principe essentiel de toute société humanisée, à savoir … ? 

Mais après ces considérations politiques, venons-en à l’histoire sociale, un domaine que je maîtrise. Pour l’avoir faite au quotidien en tant que vendeur de force de travail fut-elle cognitive à des capitalistes qui la bradaient  à des usuriers pour me céder une simple obole ! Mais ayant acquis une conscience de classe dans ma jeunesse (un legs de mes parents !), j’ai toujours bridé mon cerveau pour ne céder que 10 % de ma brillance intellectuelle à la spoliation indirecte de mes fonctions cognitives !

Quant à l’histoire purement sociale, je me suis évertué à raconter celle des vaincus : la Commune de Paris ou les Communes libres internationales monstrueusement écrasées par tous les « totalitaires » de tous les dominations usurpées, unissez-vous ! Sans oublier mon modeste passé de syndicaliste révolutionnaire made in CGT ! C’est à ce titre que je considère j’ai toute la légitimité, comme disent les fameux ou les faux experts, pour disserter sur les fluctuations de ce mouvement social donc on ne mesure pas encore toute l'ampleur.  

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Mais avant de me lancer, je reconnais bien volontiers que lorsque les gilets jaunes se sont mis en action, je n'ai pas tout compris du mouvement. Normal, je fais un blocage dès qu'un groupe se signale par un uniforme quelconque, surtout lorsque ce groupe arbore la couleur jaune qui est celle que l’on réservait aux socio-traîtres du mouvement ouvrier ! Les « Jaunes » ! Une courte parenthèse : je n'ai jamais compris pourquoi les célèbres « Moutons noirs » de la CFDT avaient choisi cette couleur à l’époque où ils avaient décidé de s'émanciper en créant le syndicat SUD !

Pour clore cet acte social de contrition, je reconnais que je n'ai pas eu le flair politique de François Ruffin ou de mon beau-frère, Jean-Michel de Morteau. La France Insoumise a parfois des éclairs d’une froide lucidité politique que ne possèdent pas des utopistes libertaires de mon acabit. Mais ce que j’ai retenu de la rébellion des Jacques de 2018 : aux légitimes questions posées par les gilets jaunes, la seule réponse de ce gouvernement à l'arrêt aux ordres de l’Ubu Roi drapé dans sa toge césarienne, fut l’inouïe violence totalitaire!

Car il fallait voir comme ces reîtres ou ces lansquenets de la République ont signifié à ces briseurs d’enrichissement de rentrer dans le rang ! N'oublions pas qu’il y a eu des morts et beaucoup d’estropiés à vie ! Et ces néophytes dictateurs de demain, avaient dû réviser leurs basiques, soixante ans plus tard, afin d’étudier comment la République avait maté la révolte des classes dangereuses en juin 1848 !

Eh oui Monsieur Macron, ce n’est pas parce qu’on est en République que l’on ne s’interdit pas de tirer sur le peuple !

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Et lors d’une manifestation à Bayonne, lorsque j’ai vu comment les policiers de la République étaient équipés, je me suis demandé s’ils encadraient une manifestation pacifique de salariés, de retraités et d’étudiants, d’avocats et même de syndicalistes basques ou s’ils tournaient un film de science-fiction ou un remake actualisé des guerres coloniales si chères à la République française ?

Puis le soir venu, j’ai repris mes notes de 1995 pour me rendre compte que les mots utilisés par les laudateurs zélés ou serviles du pouvoir de l’époque avaient bien été transmis à leurs successeurs ! 

Un célèbre courtisan capable de s’adapter à tous les régimes du moment que l’on cite son nom (ce que je ne ferai pas tant je déteste la minabilité intellectuelle de ce bonhomme) disait en 1995 :

« C'est que vous n'avez rien compris à la nature du soulèvement. Le but de la grève est la grève, celui du meeting est le meeting jusqu'à l'épuisement des combattants. Irrationnel, absurde, la tentation de la Révolution ne lâche pas si aisément un peuple au cerveau encombré d’images d'Épinal ! »

Aujourd’hui, il ne s'agit pas de faire la révolution, il s’agit juste de remiser dans un placard doré le projet de réforme des retraites.

Du côté de la contestation en 1995, citons le camarade Bourdieu qui était à nos côtés dans la rue : « On ne règle les problèmes tout à fait fondamentaux, trop importants pour être laissés à des technocrates aussi suffisants qu’insuffisants ! »

Une autre grande dame qui créchait et qui doit toujours crécher pas loin de l'Épée de bois du côté de Vincennes déclarait en 1995 : « La CGT, la vieille dame très digne, veuve de toutes les luttes passées de la classe ouvrière, fête son centenaire. Elle a perdu des dents mais celles qui lui restent sont toujours bonnes. »

Et pour clore ce bref résumé du mouvement en cours, après les manifestations montoises et bayonnaises, je me suis dit que rien ne valait une longue traversée solitaire dans la lande marécageuse ! Je voulais vérifier si les dires de mon ami, Jean-Michel de Morteau, garçon adorable au demeurant mais pessimiste en diable, qui pense que tous les mouvements sociaux finissent à vau-l'eau.

Comme lors de nos randonnées communes nocturnes dans les barthes de Saubusse ou plus récemment dans les marécages du courant de Sainte-Eulalie !

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Alors pour essayer de vérifier s’il y avait une quelconque évidence historique à ce phénomène, j’ai décidé de rechercher la fameuse Pierre de Tinon que je n’avais jamais vue de mes propres yeux !

Au départ de la ville de Saint Paul les Dax, je suis parti comme un innocent mais au fur et à mesure de ma quête, je me suis souvenu de cette chasse aux sorcières qui m’a immédiatement fait penser à celle que mène Emmanuel Macron à notre encontre !

Parvenu au tuc de Tinon, avant de m’estanquer au calme, assis sur deux troncs de pins abattus, j’ai ouvert ma bouteille de Tursan et j’ai trinqué à la mémoire des vaincus car ils nous ont transmis cette révolte légitime que nous devons entretenir contre cette classe de parvenus !

Seul au monde dans ce désert de résine. J’étais tellement bien que j’ai eu du mal à me remettre en … (pas de gros mots), en route !

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Je savais que la Pierre de Tinon se trouvait au croisement territorial des communes de Mées, de Magescq, de Riviére, d’Angoumé et de Saint Paul les Dax d’où je venais. J'avais entendu dire que des histoires de sorcières tournaient autour de cette pierre. Il fallait bien que l'Église se découvre un ennemi, le diable, afin de mener à bien sa mission d’asservissement du troupeau.

On m’avait aussi dit que cette année-là, 1608, le diable ayant pris une année sabbatique, on avait constaté une recrudescence des phénomènes de sorcellerie ! Le Parlement de Bordeaux alerté par cette multiplication de sabbats clandestins, diligenta Pierre de Lancre pour enquêter.

Et Pierre de Lancre allait prendre sa mission très au sérieux : il faisait torturer, après avoir fait appliqué la Question (ancien procédé de la garde à vue actuelle), avant de brûler les sorcières avérées ou celles qui avaient reconnu avoir forniqué avec le diable ! C’est dire si tout ça est sérieux ! Si cela fait penser à certaines images actuelles, pourquoi pas ?

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Au Pays basque, du côté de Zugarramurdi, il s'occupa de cette concentration de Sorginaks ou de Brujas !

Dans les Landes, il régla le sort des Hitilhères qui dansaient des mazurkas avec leurs copines, les Candeles et les Hades sous les yeux du Bécut.  Tout ce que j’ai appris avec cet Adroumilhoun à dormir debout c'est que le Pierrot dans la lune a fini par jeter l’ancre avec l’eau du bain ! Mais entre-temps, il avait fait assassiner des dizaines et des dizaines de pauvres femmes car il avait décidé que c’était des sorcières.

Conclusion : c’était tout simplement un grand malade puisque le diable, les sorcières et même toute représentation divine ne sont qu’à mes yeux de simples illuminations irraisonnées de fanatiques en manque d’illusions !

Comme la mort, la superstition et le pouvoir étaient du domaine de la religion, les sorciers étaient ces hérétiques qui s’écartaient de la normalité catholique : juifs et musulmans expulsés d’Espagne et du Portugal avec l’avènement de la très peu catholique Isabelle et son âme damnée le converso Torquemada. Et les femmes émancipées allaient morfler aussi, le féminisme à cette époque, vous n’y pensez pas  ?!  

Voilà le type de chasse aux sorcières dont les déjantés de la cervelle sont capables d’imaginer lorsqu’ils côtoient la puissance irrationnelle du pouvoir sous l’œil attendri du courtisan !

Oui, cet Emmanuel Macron est un despote qui  s’est arrangé avec un Pierre de Lancre actualisé à l’intérieur ou avec un Torquemada à l’éducation pour imaginer demain un État policier qu’il commence à fédérer en éditant des oukases liberticides.

Il traite politiquement tous les mouvements sociaux comme de simples chasses aux sorcières. Car il n’a pas oublié que la démocratie  à l’occidentale a utilisé les moyens les plus violents lorsqu’il s’agit de faire la guerre aux hérétiques ou de relancer les chasses aux sorcières. D’où cette évidence temporelle entre Pierre de Lancre et Emmanuel Macron ! Liquider la sorcière d’hier et l’hérétique d’aujourd’hui !

La Pierre de Tinon m’avait permis de remettre tout ça  à l’endroit !

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Je contournai le lac de Christus à la tombée de la nuit avant de me rendre le lendemain à la manifestation de mon syndicat, la CGT !

13 février 2020

 

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