L’imaginaire du syndicalisme dit révolutionnaire de la branche historique de la CGT !

Ce billet détaille les raisons objectives qui m’ont amené à écrire ces deux romans : Andoni ; La fuite et " Andoni ; L’enquête » qui s'attarde 50 ans plus tard sur une banale histoire de prolétaires où l'on verra comment un paria espagnol (mon père) s'est réalisé grâce la découverte d'un formidable syndicat, la CGT !

Que ces sujets soient ringards aux yeux des pseudo-winners de cette époque du retour de l’hydre fasciste et de l’abrutissement eugéniste de la pensée !, et je m’en contrefiche … pour ne pas dire je m’en tamponne le coquillard !

J'ai voulu d'abord écrire ces histoires pour me faire plaisir ! 

Fils d’ouvriers, j’ai reçu dans ma jeunesse le plus beau cadeau sociétal que l’on puisse  recevoir puisque mes parents étaient tous les deux, des syndicalistes CGT.

La CGT, le seul syndicat honni par tous les patrons de France et de Navarre mais aussi par les « zeks » aujourd’hui qui sont intoxiqués par la vulgate martelée  par le politique « collabo » du système capitaliste qui s’épanche à longueur d’onde à l’oreille complaisante du laudateur branché sur une fréquence « cuisine ». La connaissance de la fréquence « cuisine » est nécessaire si l’on veut servir correctement la soupe à ces comédiens assermentés. Et ce socle éducatif populaire transmis en héritage m’a permis de ferrailler au quotidien contre ces  voleurs historiques de bonheur !

Pour débuter cette explication de texte, il faut revenir en arrière et se projeter en 1936, lorsque les généraux fascistes espagnols privèrent à tout jamais mon père de son enfance puisque ces dégénérés de l’absurdité inutile exècrent la vie ! Seule la mort (y compris industrielle) peut assouvir leurs passions de criminels psychotiques.

Mes grands parents fichés dans le camp de concentration de Largentière (Ardèche) Mes grands parents fichés dans le camp de concentration de Largentière (Ardèche)

Dans ma jeunesse de révolutionnaire en herbe, je combattais politiquement la dictature franquisme (j’avais dû renoncer à la nationalité espagnole à 18 ans en signant un papier officiel que les services du dictateur m’avaient envoyé ! De toutes les façons, l’armée fasciste espagnole n’aurait jamais accepté dans ses rangs  un descendant de « rouge », et surtout un jeune communiste !

Mais à l’époque, j’avais en tête deux mystères :

Je me demandais comment un homme aussi ridicule que Franco avait survécu à l’effondrement du nazisme à la fin de la seconde guerre mondiale ? Alors qu’il fut un  fidèle partisan de ce régime de terreur, et un allié certain, il suffit pour s’en convaincre de s’attarder sur le compte-rendu de ses entretiens avec Hitler à Hendaye en 1940  !

La seconde interrogation portait sur le lien improbable qui existait entre le Pays basque espagnol d’où était originaire ma famille et la ville de Largentière en Ardèche. Cette énigme était la conséquence du classique non-dit familial. Pour moi c’était la guerre d’Espagne, pour d’autres c’était la Résistance, pour d’autres encore la déportation de leur familles juive.

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Mais la chance ou le hasard allait programmer une rencontre qui eut pour conséquence de me livrer les clefs de cette énigme. Dans le centre dans lequel je travaillais, arriva un certain Nicolas. Et si je connaissais sa « bio » via mes sources syndicales, en revanche, j’ignorais que c’était un authentique spécialiste de la guerre d’Espagne.

Nicolas était aussi l’illustre « libraire amateur » mais ô combien professionnel de l’ACER (Amis des Combattants de l’Espagne Républicaine).

Grâce à cet heureux concours de circonstances, notre connivence historique ou philosophique allait faire sauter la chape de plomb qui obstruait nos relations familiales à cause du traumatisme de la guerre d’Espagne qui avait vu l’Euzkadi mourir sous un déluge de feu et de bombes entre 1936 et 1937 !

Après avoir remercié Nicolas pour m’avoir mis le « pied à l’étrier », je débutais une longue enquête sans savoir où j’allais dans un contexte fermé puisque mon camarade CGT de père éludait systématiquement mes questions sur son enfance oubliée, enfouie dans un inconscient où s’entrecroisaient la douleur et la souffrance !

Mais comme à son habitude ma camarade CGT de mère prit le taureau par les cornes pour m’aider dans l’avancée de mes recherches. Adhérente à de nombreuses associations historiques comme  l’IHS-CGT des Landes ou l’ANACR Tarnos - Seignanx, elle finit par dénicher un premier trésor : « Été 1936 - La guerre d’Espagne de part et d’autres de la Bidassoa  » !

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Jean Serres eut la gentillesse de me dédicacer son ouvrage sans savoir combien ce livre allait m’ouvrir des pistes insoupçonnables pour faire sauter la calamine familiale espagnole.

Ce livre recelait une mine d’informations historiques assez incroyable. A tel point, que je me suis promis depuis que je suis un redevenu un être libre de reconstituer ces batailles en parcourant à pied la montagne basque ou les villes basques assassinées entre 36 et 37.

Avec Jean Michel, mon beau-frère, nous avons déjà visionné les batailles meurtrières autour du fort d’Erlaitz et de San Martial qui scellèrent le sort d’Irun, avant de découvrir un peu plus loin le massacre de Pikoketa, grande spécialité de ces tueurs fascistes d’hier et hélas de demain  ! 

Pour revenir au déroulé de ma quête, évoquons la figure de mon grand-père, Iñigo ! J’avais noté qu’à la fin des repas familiaux, il demandait systématiquement à ma mère de chanter : El paso del Ebro !

 Et elle s’exécutait avec plaisir avec cette voix toute révolutionnaire car elle possédait une voix  à faire flipper le petit patron landais, le grand, le français ou celui qui se croyait grand (comme celui qui descendait d’une famille nazillarde à trois bandes) ou le politique fut-il de gauche ! En revanche, il m’était difficile d’évoquer avec mon cher Iñigo, la face hideuse ou le ventre rebondi du dictateur sanguinaire galicien  puisqu’il ne parlait pas un mot de français et comme  j’étais nul en espagnol et en euskara …  

Malgré ce parcours peuplé d’embûches, je progressais : mon père avait enfin accepté de me livrer ses quelques souvenirs de Largentière. Nous avions programmé de quelques séances d’interrogatoires « magnétophone » qui s’annonçait pénibles pour lui dès mon arrivée à Ordoki. Hélas, il allait décéder une semaine avant que je ne descende au pays.

C’est  en le voyant allongé sur son lit de mort que j’ai décidé d’écrire ce livre ! Son livre : Andoni …

Mais je lui devais bien ça à mon camarade CGT de père car c’était un mec bien ! Un mec qui malgré les fantômes qui l’accompagnaient a toujours été adorable avec nous, ma sœur et moi.

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Pour continuer  à enquêter, il ne me restait plus qu’à acheter les cartes IGN autour de Largentière. Car je savais où se situait l’ancienne usine de moulinage qui avait abrité le camp de concentration. Enfin, ma mère ayant retrouvé quelques vieilles photos de Largentière, il me suffisait d’imaginer la vie de cette famille basque déportée en France comme le sont les vaincus, tous les vaincus, les parias, les immigrés parce que les dominants ne sont que de sales types, de pauvres types !

De la graine pourrie comme il sied à ces minables hominidés parce qu’ils ne gèrent pas leur névrose de parvenus ou de bandits de grand chemin.

En février 2019, pour la première fois de ma vie, accompagné de ma tendre épouse, je découvrais l’Ardèche. J’avais prévu quelques belles balades mais aussi la découverte de Largentière.

Pour la recherche des camps de concentration, je m’étais appuyé sur la lecture passionnante des cahiers de « Mémoire d’Ardèche et Temps Présent », et en particulier  sur le dossier « Des indésirables, les camps d’internement et de travail dans l’Ardèche et la Drôme durant la Seconde Guerre mondiale », que je m’avais mis de côté.  

Ancienne usine de moulinage Ancienne usine de moulinage

Dès notre arrivée en Ardèche, un premier clin d’œil nous accueillit : le propriétaire du gîte que nous avions loué était d’origine espagnole ! Lorsque je lui ai raconté le but de nos recherches, il m’avoua que son père immigré espagnol avait travaillé le long du Rhône (il était lui-aussi lié avec cette forfaiture internationale que fut la guerre d’Espagne).

Puis vint cette seconde rencontre inattendue lorsque nous déambulions avec Kattalin dans les rues imaginées de Largentière. Rues qui avaient vu ces immigrés espagnols se faire discrets comme il sied à l’indésirable ou à l’indésiré (un anti Naïa !) avant de déboucher sur le marché de Largentière !

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Là, à l’entrée  du marché de Largentière, des camarades CGT tractaient contre la politique économique du Pisitrate actuel dont la fonction présidentielle consiste à briser toute velléité de contestation, en appliquant sa légitimité toute wébérienne de violence légalisée (il exprimera au mieux ce dégoût des classes populaires un peu plus tard lors de la crise des gilets jaunes !).

Je signais la pétition à l’encontre de ce Rastignac, paltoquet ou foutriquet des temps modernes (je vous laisse choisir le nom en fonction de votre sensibilité politique) avant de converser avec un longiligne responsable CGT. Lorsque je lui signifiai que j’étais moi aussi un camarade,  il me demanda d’où je venais avec ce béret sur la tête !

Et bien figurez-vous qu’il était lui-aussi d’origine espagnole ! Il n’avait jamais entendu parler du camp de concentration de Largentière. En bon étourdi que j’ai toujours été, j’ai laissé ses coordonnées sur la table où il avait posé les pétitions ! (J’enverrai ce billet à l’IHS CGT  de l’Ardèche à Privas).

Photo de la classe d'Andoni et de ses deux frères. Photo de la classe d'Andoni et de ses deux frères.

Et pour ne rien vous cacher, nous avons réussi à débattre du fameux congrès d’Amiens de 1906 en bons syndicalistes CGT à l'entrée du marché !!! 

Était-il un syndicaliste révolutionnaire ?  Je ne le pense pas …

Bien sûr avec ma retenue habituelle, je ne lui ai pas parlé des histoires que j’avais pondues avec la série des Andoni ! Comme je n’en ai pas parlé au libraire de la magnifique échoppe de Privas où nous avons été après la reconnaissance du camp de Chomerac !

Pourquoi ?

Tout simplement parce que le but de ces livres "Andoni" est de raconter des histoires du temps passé ou à venir (le fascisme est en France comme en Europe une véritable institution même si le rimmel qui coule sur le visage déformé de la Gorgone hystérique essaye de la jouer « moi, je t’aime mon peuple français ! ». Certainement pas d’en faire un quelconque écrit pour ne pas dire un écrit quelconque car …

Et puis par pudeur aussi !

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Passons au tome 2 : « Andoni ; L’enquête » !

Là,  j’ai voulu aussi raconter une histoire familiale  banale,  à savoir le combat de syndicalistes CGT au quotidien ! Certes ils ne furent pas des « Che Guevara » ou des artistes de la Révolution qui se l’écrivent à défaut de la faire !

Mais au niveau de la Praxis, ma mère fut une authentique révolutionnaire CGT et elle entraîna mon père dans cette mouvance. Elle n’a pas théorisé la Révolution sociale, elle l’a pratiquée tous les jours (et je sais de quoi je parle !).

Le roman était la forme parfaite pour transcrire cet héritage !  Bien sûr, le tome 2  a un lien avec la guerre d’Espagne. J’ai  donc imaginé un journaliste d’investigation de papier que j’ai mis à la disposition de mon imagination mais aussi de ma sensibilité politique ! 

Pour anecdotique que cela paraisse, je me suis régalé à revenir plus d’un siècle en arrière pour me plonger au cœur du fameux congrès d’Amiens qui s’est déroulé dans l’école de la rue Rigollot à Amiens. J’étais assis à côté de Victor Griffuelhes, d’Emile Pouget, d’Alphonse Merrheim, de Pierre Monatte, d’André Bladusky, mon envoyé spécial à Amiens et de Georges Yvetot dont je reparlerai lorsque j’écrirai un billet sur le pacifisme !

Normal de faire un clin d’œil  à Georges même s’il n’était le plus avenant de la bande ! 

Quant à ceux qui ignorent tout de cette histoire car on ne l’apprend pas à l’école formatée de la République, j’aurai aimé qu’ils aient un plus de retenue lorsqu’ils crachaient sur ce syndicalisme qu’ils exécraient ! Mais bon, ne rentrons pas dans une polémique stérile car j’ai appris depuis que lorsque tu n’as pas lu une seul ligne de La Boétie, ou que tu ne sais pas qui est Spartacus tu ne peux que te douter que 1906 est une date qui compte dans l’histoire sociale du pays où tu travailles …  

Mes camarades syndicalistes révolutionnaires CGT ont été combattus par un social traître (un drôle d’ami de Louise Michel) que je considère, au vu de son palmarès, comme un simple criminel d’état. Par la suite, il fera des émules parmi les ministres spécialistes de l’écart intérieur y compris ceux qui avaient la démarche gauche après leur dernière tumade ! 

Je ne cite pas le non de ce scélérat puisque la majeure partie des avenues ou des rues des grandes villes de France portent ce nom comme une insulte aux camarades morts pour leur émancipation !

Ce sale type balançait des mouchards dans les organisations syndicales, les payaient pour déclencher des émeutes avant d’arriver avec la cavalerie sabre au clair pour mieux les mater ou les tuer ! Non seulement ces méthodes ont perduré mais elles ont été développées par tous ces ennemis de la Liberté.

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 Pour revenir à ce texte fondamental incompris par tous les tenants d’institutions figées qui se chargeront d’encadrer l’aliénation, il a été écrit pour inventer une autre société …

J’ai eu la chance de travailler à Amiens et aussi de rencontrer un historien social  du coin !

Il m’a fait découvrir le parcours des congressistes de 1906 du buffet de la gare jusqu’à l’école de rue Rigollot, à l’endroit où s’est tenu le fameux congrès. Et malgré ma tête coiffée d’un béret basque, les institutrices m’ont laissé pénétrer à l’intérieur de l’école, prendre des photos des bâtiments.

Étaient-elles, elles aussi, des syndicalistes révolutionnaires ? Je le suppose puisque elles m’ont perçu comme tel en me gratifiant de jolis sourires !

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Depuis notre récente migration à Tarnos, c’est mon ami Patrice qui se charge de guider les découvreurs de cette histoire oubliée !  

Dernier point : lorsqu’un travailleur souhaitait devenir un camarade CGT, je lui filais la médaille du centenaire (bien sûr après 1995 peu de temps avant la Révolution sociale avortée de l’hiver de la même année) et j’ajoutais la copie du texte intégral de la motion d’Amiens plus connue sous le nom de la Charte d’Amiens.

Parler de la Charte d’Amiens, ce n’est pas que pour faire joli. C’est ma façon de concevoir ce que demain ne sera peut-être pas, mais qu’importe ! Tiens à ce propos, pour mon prochain livre j’avais besoin de lire la bible, je n’y ai vu aucun intérêt alors que la charte d’Amiens est  une évidence pour moi !  

Histoire familiale de notre CGT © Marc Etxeberria Lanz Histoire familiale de notre CGT © Marc Etxeberria Lanz

 

Avant de clore définitivement, la série des « Andoni » (guerre d’Espagne et histoire familiale CGT)  et de passer à ’autres sujets, je voulais revenir une dernière fois sur ces drôles de concours de circonstances qui m’ont permis d’écrire ces histoires.

Comme je suis un fan de l’éducation populaire contrairement à l’éducation dite nationale pensée par une cohorte de dirigeants élitistes en diable, il n’y a aucune obligation de lire ces deux ouvrages.

Je me suis fait plaisir en écrivant  à ma sauce une certaine histoire sociale des combattants de la Liberté qui a pour origine l’anarcho-syndicalisme, autrement appelé syndicalisme révolutionnaire. Ce courant est plus connu en Espagne car on oublie qu’en France, il a été systématiquement combattu, génocidé parfois  (confère la commune) par tous les dominants aliénants parfois aliénés  de la bourgeoisie de droite comme de gauche, et ce depuis la Révolution (confère l’ouvrage « L’anarchisme sous la Révolution française » d’Erwan Sommerer).

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A présent que j’ai réglé mes comptes avec ce non-dit familial et que je poursuis mon boulot d’historien social à la reclusienne, j’évoquerai d’autre sujets qui me tiennent à cœur dans les prochains billets.    

Marc Etxeberria Lanz

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