Jaurès et le syndicalisme révolutionnaire : la suite !

La résolution de Castres que je vais édicter, repose sur le socle révolutionnaire de Jean Jaurès lorsqu'il va se rapprocher du syndicalisme révolutionnaire dans les années 1905 - 1906.

Grâce à ce nouvel éclairage, j'ai appris qu'il ne fallait pas mélanger l'histoire de Jean Jaurès avec sa déclinaison ultérieure, le jaurésisme.

Mais je vais rester prudent dans mes propos parce que j'en suis encore au stade de la découverte. Je n'ai toujours pas trouvé les livres que j'avais négligés lorsque je fréquentais la médiathèque de Villepinte.

Alors une petite respiration avant de rentrer dans le vif du sujet. Lacaune doublée, Dolorès s'arrêtait à Canac, un village perdu de la vallée du Dourdou.

Une balade de qualité nous attendait dans les Monts de Lacaune. Pas trop longue 12 km, une dénivelé acceptable pour la basquaise, environ 500 mètres, des hameaux perdus qui sentaient bon le maquis et la Résistance, et des points de vue à vous couper le souffle.

Au milieu de la descente infernale du Plo de Canac © Photo Dolorès Au milieu de la descente infernale du Plo de Canac © Photo Dolorès

Seule incertitude la folle descente du mur du Plo de Canac. Ce jour-là, nous n'avons croisé personne, excepté une artiste qui possédait un joli accent anglais et qui vivait dans un hameau oublié !

Dans la descente infernale, il valait mieux éviter de glisser.

(Depuis que je l'avais fait descendre par erreur dans une carrière avant de plonger dans une pente infernale au-dessus du Saleys, Dolorès a des doutes sur mes aptitudes de guide de randonnée harmoniste !)   

Pour l'attendre, je m'étais posé au pied des ruines du vieux château, là où une table nous attendait pour souffler. Et j'ai repensé à mon camarade Pierre Monatte. En 1907, au congrès international anarchiste d'Amsterdam, un de mes syndicalistes révolutionnaires préférés expliquait notre théorie. Je dis bien notre théorie puisque j'ai toujours considéré que j'étais l'arrière-petit-fils déclaré des Pouget, Griffuelhes et Monatte.

La grande différence tient au fait que les trois furent emprisonnés sous la dictature policière infâme de Clémenceau, alors que je n'ai pas fait un seul jour de prison ! Un simple rappel pour ceux qui pensent que la République bourgeoise est un long fleuve paisible.

Vas-y Pierre puisque tu as la parole :  

« Le syndicalisme a proclamé le congrès d'Amiens, se suffit à lui-même. Cette parole, je le sais, n'a pas toujours été bien comprise, même des anarchistes. (...) Le syndicalisme ne s'attarde pas à promettre aux travailleurs le paradis terrestre. Il leur demande de le conquérir, en les assurant que leur action jamais ne demeurera tout à fait vaine.»

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Bien sûr cela fit bondir Malatesta qui lui répondit : « (...) En d'autres termes, Monatte a déclaré que le syndicalisme se suffit à lui-même. Et voilà selon moi, une doctrine radicalement fausse. Combattre cette doctrine sera l'objet de ce discours. »

Bon je n'insiste pas car je ne suis pas sûr qu'un congrès anarchiste passionne les gobeurs de mouche ou les moutons colorés de ce drôle de monde si rationnel pour ceux uniquement qui tiennent les manettes.

Et puis je ne voudrais pas relancer la guerre de ces deux écoles, sachant que pour une fois les marxistes et les anarchistes se retrouvaient ensemble face au syndicalisme révolutionnaire.

Adieu La Haye et j’en passe !  

Avant que Dolorès n'arrive à hauteur de la table de la Liberté, elle, qui n’y entend rien au niveau des querelles d’écoles révolutionnaires, j'en ai profité pour saluer une dernière le Camarade Pierre Monatte avec cette anecdote.

En 1980, lors de ma montée au firmament de la Révolution sociale à venir, la section locale CGT m'avait demandé pour commencer de m'occuper de la Vie Ouvrière. 

J'avais obligé tous les militants sérieux de la structure dirigeante à s'abonner ou à acheter la VO que je vendais toutes les semaines. Car à l'époque je ne comprenais pas comment on pouvait parler au nom de la CGT si on se contentait de lire le Parisien libéré ou même l'Huma ! Et mon sectarisme était tel que je considérais le Monde ou Libé, le canard de l'ex gauchiste à deux balles sartriennes, comme des lectures  à oublier.

Une fois les comptes rétablis de la VO, je suis passé à autre chose (accueil des jeunes travailleurs et propagande) jusqu'à ma retirada sommitale  car je ne voulais pas devenir un militant à temps complet ! Je préférai rester un syndicaliste  révolutionnaire de base actif et basta ! 

Mais il fallait que j'accélère ma réflexion car Dolorès venait de me rejoindre. Je lui tendis une gourde tout en lui précisant que nous étions presque arrivés. Elle avait le temps de bien récupérer. Puis j'ai abandonné Pierre Monatte au pied du château en respectant sa règle : si la flamme révolutionnaire pouvait décliner, elle ne devait jamais s'éteindre. Et il savait de quoi il parlait le camarade ! 

Et avant de rejoindre Jean Jaurès, je voulais rendre hommage à tous mes ancêtres SR CGT qui auraient pu mal tourner comme tant d'autres, comme ces fameux conversos ! Non, ceux que je cite ont toujours assumé ; même Pouget qui s'était mis en retrait une bonne vingtaine d'année après cette horrible Union-sacrée de 1914 ! 

Quant à Jean Jaurès comme il a été assassiné au café du Croissant  à Paris en 1914, il n’a pas connu les terribles conséquences de cette alliance contre nature.

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Le lendemain de cette sympathique escapade, nous prenions la route de Castres, sa ville natale sans oublier que nous avions laissé Jean du côté de Carmaux au milieu des grévistes bien évidemment. 

Après un ravitaillement dans les jardins sympas qui surplombent l’Agout, et une virée dans Castres, direction le musée ! La visite commençait par la projection d'un film.

La dame qui était devant moi, me demanda :    

«  Est-ce que Jacques Bel a écrit sur Jaurès ? 

− Oui Madame dans son dernier disque, Les Marquises !

C’est en effet le seul disque de Brel que j’avais acheté car comme j’avais très peu d’argent à ma disposition, j’avais toujours privilégié Ferrat et les Tri Yann. Même Ferré, j’ai acheté ces disques bien plus tard   

Je l'ai retrouvée sur la toile : https://www.youtube.com/watch?v=oOaV69tVaTY

La séance terminée, nous avons fait le tour des salles ! Bien sûr, il y avait un  pavé sur la Charte d’Amiens.

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A présent intéressons-nous  au Jaurès révolutionnaire et pragmatique !

Pour ne pas m'égarer, faisons appel à un véritable spécialiste de cette question, Alain Boscus.

Je l'avais découvert dans le livre :

Regards sur le syndicalisme révolutionnaire, qui résume les actes du colloque de Nérac pour les 50 ans de la charte d'Amiens qui fut rassemblés sous la direction de Michel Pigenet et Pierre Robin !

Eh oui, il y a des chercheurs extraordinaires en histoire qui appartiennent à la CGT !

Pourtant les débuts de la relation ne furent pas simples.

Le 4 janvier 1903, Victor Griffuelhes tacle Jean Jaurès 

 « Un homme né dans un milieu différent qui  cherche à niveler la mentalité ouvrière à la sienne - produit d'une éducation bourgeoise - ne peux que fausser le caractère des manifestations ouvrières. (… ) La qualité du politicien ne confère pas le monopole de la sincérité et du génie. »

Ça commençait fort mais je dois avouer que ce sont des propos que j'ai tenus par le passé et que je pourrai tenir encore à l'encontre de la dictature intellectuelle bourgeoise.

Mais le premier tournant de Jean Jaurès s’opéra aux alentours de 1905-1906. A cette époque, il écrit :

« (...) L'heure est venue pour le socialisme de compléter son œuvre critique par une œuvre organique. Il ne suffit plus de dénoncer les vices et les misères de la société présente et dans démêler le principe. Il faut indiquer comment une société nouvelle pourra être instituée et comment elle fonctionnera. J'ai dit et je répète avec tous les socialistes, il n'y a qu'un moyen d'affranchir le travail : c'est de procéder à l'expropriation général de toute la propriété capitaliste, de toutes celles qui produit des bénéfices, des dividendes, des rentes, des loyers. »

Bon j’arrête là mais à l’évidence les relations tendues entre les CGT-SR amiénois et les socialistes se sont apaisées grâce à Jean Jaurès ! 

Il a ouvert les colonnes de son journal, L’Humanité, aux camarades car il était aussi un partisan de l’unité ouvrière.

Jaurès a toujours reconnu la spécificité du syndicalisme révolutionnaire ! Il parle lui-aussi d’expropriation capitaliste qui ne peut aboutir qu'à la disparition des classes sociales et à l’abolition de la propriété privée !

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Jaurès est venu à Mazamet, le 4 avril 1909, en pleine grève. Victor Griffuelhes, est arrive à Mazamet le 6 avril. Il y restera un mois Jusqu'à la victoire en participant activement à cette longue lutte contre ce baron du coin dont toute la toute puissance "reille" le parquet.

Il est évident que le baron qui dirigeait toute la région de Mazamet ne connaissait pas cette date du 4 août 1789 dite historique ! Encore une conséquence d’une nuit du 4 août bien mal interprétée !

Jaurès incitera les ouvriers à se rassembler et à adhérer à la CGT qui avait largement soutenu la grève.

Oui, les deux hommes se sont bien rencontrés. Que se sont-ils dit ? Je vous laisse deviner …

Grifhuelles et Jaurès, hommes de terrain, se sont réconciliés dans la lutte.

C'est comme ça que j’interprète leur rencontre historique à Mazamet.

Je finissais de regarder les panneaux et les photos qui relataient tous ces combats passés. Dolorès me prit en photo devant le panneau qui évoquait la charte d'Amiens et les syndicalistes révolutionnaires.

Puis la visite se terminait par les tableaux qui représentaient Jaurès. 

Comme j'avais noté que le musée vendait des ouvrages, je revins à l'accueil pour constater en regardant la vitrine que celui que je cherchais n'y était pas !

J'ai alors interrogé la charmante dame qui nous avait ouvert les portes du musée :

« Auriez-vous en réserve le livre de Madeleine Rebérioux, " Jaurès, La parole et l'acte ? "

− Désolé mais  il est en rupture de stock ! »

J'étais déçu bien sûr alors je me rattrapais en achetant un autre livre qui m'intéressait au plus haut point : L'affaire Ferrer !

J'avais déjà quelques ouvrages en réserve sur Francisco Ferrer y Guardia.

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 Mais trouver ce livre dans un musée national consacré à Jean Jaurès était assez étonnant.

Et c'est en le lisant plus tard que j'ai compris.

J'avais retrouvé Dolorès qui m'attendait dehors. Bien sûr nous sommes passés par la rue Francisco Ferrer ! 

Décidément Pelloutier à Albi, Ferrer à Castres chez Jaurès, ce n'est pas au Pays basque que l'on rencontrerait ce genre de rues !

Peut-être qu'un jour que j'écrirai quelque chose ici ou là-bas sur cet étonnant pédagogue différent.

Ferrer s'était entouré de sacrés personnages qui comme par hasard ont toujours accompagné ma sphère éducative !

Je vais en citer quelques-uns car on ne les croise jamais dans une école dite normale de la République bourgeoise.

Louise Michel, Élisée Reclus, Jean Grave, Pierre Kropotkine, Léon Tolstoï pour ne citer que ceux qui sont plus ou moins connus !

 De retour au gîte, j'ai commencé à dévorer l'affaire Ferrer ! Et là surprises ! 

Madeleine Rebérioux avait écrit pour sa partie : Manifester pour Ferrer. Paris octobre 1909

Et Alain BoscusL'affaire Ferrer dans le midi toulousain d'après la Dépêche et la presse tarnaise !

Je viens de terminer d'écrire ce billet ce dimanche 19 septembre 2021. 

Il pleut à Tarnos.

Alors je prends je prends L'Humanité des débats que j'avais mis de côté. Il y a quelques articles intéressants qui m'attendent.

Sur le bandeau rouge du titre historique, on peut lire : Le journal fondé par Jean Jaurès !

C'est sur cette dernière remarque que je vais suspendre provisoirement ma longue plongée dans une histoire méconnue en espérant retrouver les livres recherchés sur Jean Jaurès !

Je me suis levé, j'ai pris mon sac à dos et au diable la pluie, deux cents mètres plus loin je passais devant cette école primaire. . 

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