Marc Etxeberria Lanz
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Billet de blog 24 nov. 2021

Ces derniers épisodes lumineux d'Hondarribia n'effacent pas l'abomination de 1936

Si l’on ne s'attache qu’à la beauté paysagère, tout y est ou presque. Mais la lancinante complainte de la cloche du sanctuaire de Guadelupe était là pour nous rappeler les atrocités de septembre 1936, fomentées par des bandes fascistes basques, appelées Requétés à l’encontre de leurs frères basques qui, eux, étaient restés fidèles à la République espagnole.

Marc Etxeberria Lanz
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Deux remarques avant de nous lancer :
Même si elles sont de retour, toutes les théories débiles propagées par ces néo-pétaino-fascistes - je vous laisse libre d'établir la liste des nominés - montre bien que la consanguinité ethnique n'a jamais empêché les massacres.

La guerre d'extermination espagnole en est l'exemple historique le plus frappant.

Enfin, il faut savoir que le putschiste Franco a fait inscrire la bataille d'Irun de septembre 1936 au Panthéon de la célébration de ses crimes. 

Et je n’oublie jamais cette évidence chaque fois que je rentre en Espagne par Irun, le pays perdu de  mon père !

Cette mise au point effectuée, nous attendions sur le parking du fort de Guadalupe, l'arrivée du Gamin de Donostia, Tikia plus communèment connu sous son appellation antérieure, Xebo Dolaré de la Forge
Et comme il enseigne le basque en France dans une école publique, il ne travaillait pas ce jeudi 11 novembre 2021 car ce jour particulier est dédié à la célébration de ce qui est sculpté sur le monument aux morts de Gentioux Pigerolles, " Maudite soit la guerre ".


Notre descente aux enfers, imaginée bien sûr puisque aucun Caproni italien ou Junker allemand ne viendra nous canarder, débute à Guadalupe.


Septembre 1936 fut ici-même le début de l'infernal processus de la destruction totale de la République alors que nous descendons en paix ce paisible chemin qui va nous mener sur la côte des merveilles.

Photo rétro Tikia !

Terrible contradiction qui n'a pas fini de faire couler de l'encre.

J'ai toujours pensé que le fasciste Franco était le grand vainqueur de la Seconde Guerre mondiale n'en déplaisent aux puritains, aux faiseurs d'histoire, aux idéologues ou aux grands naïfs. 


Pour preuve de ce que j'avance, Eisenhower se jeta dans les bras du criminel en décembre 1959 à Madrid.

Rencontre obscène que j’ai accompagné de ce dialogue surréaliste : 

«  Hola que tal Francisco ?
− Bien !, i tu Ike ?
− Good, good very good ! »

Et je n'oublie pas que Charles de Gaulle renouvela cet exploit en juin 1970 alors que la dictature ignorée de Franco allait déjà sur ces trente années ! 
Imagine-t-on de ce que cela représente ?
En Espagne ! 
N’oublions pas que Mussolini et Hitler furent sur des soutiens inconditionnels du général Franco.

Or, les deux généraux cités, le ricain de Denison et le frenchie de Colombey furent des adversaires impitoyables de ces deux Perdants radicaux (confère Hans Magnus Enzensberger) !

Depuis, je considère que la géopolitique n'est qu'une farce que les dindons que nous sommes payent au prix fort.  
Tout ça pour tourner des westerns « gratos » dans les Bardenas et poser des bases " espions " en Navarre pour surveiller l'Europe, l’Europe de l'Est et l'URSS.

Et  à ce titre, je serai éternellement un membre de la " Pacific Gentioux Pigerolles " depuis que je sais qu'en général, un général meurt dans son lit alors que le piou piou crève comme une charogne sur les champs de batailles de l'absurdité.
Mais j'arrêtais là mes réflexions car le sentier escarpé que nous empruntions, exigeait de la concentration immédiate.

De plus, il nous délivrait de l’incessante beauté incandescente à perte d'horizon et plus près de nous vers la pointe Bioznar.
C'était st tout simplement féerique ! 
Thierry et Tikia validèrent. 
Bioznar en vue, nous tombâmes les sacs à dos.

Pointe de Bioznar

Thierry ouvrit un Rioja blanc El Coto
Le Pagos de Araitz rouge s'invitera un peu plus tard.

Ce Navarre est fameux, c'est Thierry qui me l'a fait connaître. 
Car le " Navarrais Pur Jus " aurait dit ma mère, possède le même don que mon œnologue préféré valdoisien, Jean-Claude.

Cette pause allait me permettre de reprendre le cours de l'histoire.

Bien sûr avant de taper ces lignes, j’ai repris en différé la lecture du livre de Jean Serre

Été 1936 La guerre d'Espagne de part et d'autre de la Bidassoa.

Ce formidable livre d'histoire que ma mère m’avait acheté en 2006, m'avait permis d’appréhender l'incroyable vague fasciste qui avait englouti toute une histoire, la familiale mais aussi celle d'un pays qu’elle plongea dans une mer de silence !


Dans ce billet, l'ai juste repris les premiers mots du livre de Jean Serre.
Il venait de finir d'écrire un livre sur Boucau-Tarnos ce pays communiste pris dans la tourmente de 1939 à 1945. 
Et il allait parcourir les terrible épisodes de la guerre d'Espagne qui avaient assassiné le Pays basque espagnol au tout début de l’attaque sanglante des généraux fascistes avec à leur tête l'ancien patron de la police, le binoclard Mola qui dirigeait à présent la campagne de destruction totale du Nord de l’Espagne ! 
Ce esquinté de la vie accompagné de deux sbires criminels Beorlegui et Ortiz de Zaraté ne connaitront jamais la fin de l’histoire mais ces militaires fascistes, fussent ils basques pour les deux derniers, avaient permis de faire le lit d’une sale dictature qui n'avait jamais cessé d'exercer son hérésie totalitaire ! 
Et j’ajoute à l’attention de tous ceux qui ont oublié  que la maxime préféré du caudillo Franco était celle-ci  : 

« Garrottez les tous, dieu reconnaîtra les siens ! »

La mer se fracassait contre la paisible paroi ! 
Leurs crimes ne seront jamais engloutis ! 
Quel contraste. 

Et les moutons paissaient dans des champs iodés au milieu de paysages de rêve.

Le retour se fit vers la représentation la plus typée du fascisme, le sanctuaire de Guadalupe !

(Sans commentaires, je ne développe ni l’irrationnel ni la victoire de l’agnostique Franco devenu le bras armé de l’église !). 

Le jeudi suivant, Tikia était retourné  à l'école exercer sa profession. 
Toujours en compagnie de Thierry, nous étions retournés sur les lieux du crime pour achever cette boucle de la mémoire des vaincus sur les hauteurs de Hondarribia . 
Car Thierry est aussi le petit-fils d'un syndicaliste révolutionnaire de la CNT fusillé par les fascistes mais j’aurai l’occasion de préciser ce point lors de notre prochaine balade en Navarre.

La voiture abandonnée sur le parking qui borde la merveilleuse plage d'Hondarribia, désertée par les touristes à cette époque de l’année, nous découvrions tous les deux le port de pêche de la cité. 


Port classique avec ses grands tonnages et ses petites barques colorées ! 


Au repos, dans la baie balayée par un faible soleil levant qui avait même du mal à éclairer les fragiles falaises de la baie de Loia.  
Il finit par se réveiller pour chasser les dernières brumes.

Hondarribia


C'est à ce moment que je reçus un SMS du Szgab
Le Szgab jouait le soir même à Cambo-les-Bains.
Trop tard, nous n'irons pas l’entendre faire péter Le Feu, No Pasaran, Guerre d'Espagne ou En Avant
Le talentueux poète de l'ACER est aussi un adorable compagnon de randonnée mais les aléas sanitaires imposés nous avaient éloigné de la classique trajectoire révolutionnaire en ligne brisée !
Une autre fois le Szgab !

Pour écrire ces quelques lignes, j’ai enlevé le CD Un air, Deux Familles (Les Ogres de Barback et les Hurlements D’Léo ) pour poser Guerre d’Espagne des Szgaboonistes, le groupe du révolutionnaire professionnel du communiste, John Szgabounian !
Car je voulais écouter la première chanson du Szgab que j’avais entendue, rue des Vinaigriers à Paris lors d’une fête bien agréable de l’ACER :

Le Feu !

Alors écoutons : 

" Il nous cloue
Nous pilonne 
Nous écrase et nous rend fous 


LE FEU LE FEU 

Mais on tient 
On s’en fout 
On rendra coup pour coup 

LE FEU LE FEU 

C’est la bataille de l’Ebre …
 
Merci le Szagb et à bientôt ! 

Parvenus à hauteur du mythique Higuer où le début des Pyrénées, on découvrait une mer déchainée qui crachait une violence incontrôlée.
C’est beau, très, très beau !

Thierry fit crépiter son appareil-photo ! 
Tant mieux car c’est un excellent photographe.
Splendeurs inattendues enfin révélés d'un GR espagnol en territoire dit basque !

Thierry !


Et je repensais à mes obsessions. 
Cette volonté absurde et conventionnelle de déclencher des guerres ! 
Surtout lorsque tu te poses dans une crique où le spectacle d'une mer pointilliste au sens de Signac ou de Pissarro, qui te crache  à la figure de l'embrun déchiqueté à te faire pâmer à l'incroyable. 

Oui c'est phénoménalement beau !
Naturel !

Le Caproni, c'est de l'acier
Le Junker, c’est de l'acier 
Les ingénieurs ? Des hommes à fabriquer de la mort à venir !
Des ouvriers ? Des hommes à l'assembler.
Et les politiques ? Des hommes à la valider.
Et mes "copains traditionnels" ? Des hommes à la bénir.
8 août 1936 et la trahison française !   
Les uns s'étaient travestis en Autruche pendant que l’autre taré à la moustache ridicule se la jouait en toute discrétion, Autriche.
La pièce n'avait pas la Cot, et pour ne pas donner de l'eau au Moulin de ceux qui espèrent la rejouer comme en 36, je rappelle que la seconde guerre mondiale s’est soldée par de 50 millions de morts ou plus !  
Décidément que l'homme est petit !
36 et les fachos en Espagne, 2020,et les fachos en France, et ça continue encore et encore ! 

Pourtant ici tout est beau, même le dernier chemin encore forestier qui nous ramenait à bon port était fantastique.

Il te délivrait du panorama à longueur d'hectomètre tout en jouant à cache-cache avec les arbres pour nous révéler le balai des vagues ourlées qui se fracassent au bas de la falaise qui finirait bien un jour par s'effondrer   !

Et malgré ça, il  y aura toujours un abruti sorti du bois dont on fait les flutes de paon pour susurrer à demi-mot au début de son ascension programmé Viva la Muerte avant de l’éructer à satiété devant des robots mis au pas ou cons sentant !
Hitler, Mussolini et Franco étaient de sinistres pitres et pourtant … 
Ils ont bien existé !

Salut Hondarribia et encore merci pour tous ces cadeaux historiques !  
La mémoire t’es revenue et c’est tant mieux … 
       

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