Maurice Rajsfus avait échappé à la mort le 16 juillet 1942 !

Il vient de décéder le 13 juin 2020. Certains ministres de l'Intérieur passés ou les prochains à venir vont ainsi s'éviter des cauchemars comme si ces gens dépourvus de scrupules pouvaient en faire ! J’ai voulu rendre hommage à Marcel Rajsfus en parcourant les routes mortuaires de l'ignominie qui balisaient le parcours fascisant de la France pétainiste !

Afin d’essayer de comprendre ces événements  qui continuent de me hanter, la lecture de Paxton, Rousso, Klarsfeld  et Noiriel pour ne citer que ces quatre historiens, me fut d'un grand secours. On n'aborde pas cette période sinistre où le fasciste faisait l'histoire de France de 1940 à 1944 de façon désinvolte.

C'est  lorsque j'ai habité en Seine-Saint-Denis que je me suis mis à rechercher les traces des crimes de la police de Vichy. Police aux ordres de ce maréchal, le fasciste Pétain !

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Tout commence après son pronunciamiento arrangé, pleins pouvoirs à la clef avec le sordide statut du 3 octobre 1940 dont voici un extrait : 

Loi portant statut des juifs. Nous, Maréchal de France, chef de l'État français, Le conseil des ministres entendu, décrétons :

Article 1 : Est regardé comme juif, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif.

Pour avancer mon enquête historique sur le rôle de la police de Vichy, je met au dossier la déclaration du SS, Helmut Knochen chef de la gestapo  lors de son procès en février 1954 que j'ai tiré du livre "Drancy Un camp de concentration très ordinaire" de Maurice Rajsfus :

« Ce n'est pas avec les 2 000 agents dont je disposais que j'aurais pu tenir la France entière. C’est parce que la police, la gendarmerie et la justice française m'ont aidé que j'ai pu accomplir la tâche qui m'avait été fixée » 

Certains me diront : « Oui, mais comme il voulait sauver sa peau alors il a balancé sur la police française. » Peut-être mais c’est un fait avéré : la police française a exécuté les consignes de la Gestapo jusque dans les derniers jours de juillet 1944 et les premiers jours d’août ! 

Une dernière remarque : les deux criminels SS Oberg et Knochen tous deux  condamnés à la peine capitale n'ont pas été exécutés, ils sont morts tranquillement dans leur lit !

Côté français, le grand exécuteur de ses rafles (c'est terrible d'écrire rafles pour parler des arrestations de pauvres personnes complètement démunies), le secrétaire général à la Police, René Bousquet, authentique criminel policier par procuration n'a pas été inquiété lors de deux procès où il était mis en accusation.

Ayant toujours ignoré la justice de classe ou de caste, tous ces serviteurs de l'inutile, je ne vais pas m'appesantir sur la parodie de procès de 1949 de l’ancien préfet de la Marne devant la Haute Cour de Justice. Il faut juste savoir que c’est René Bousquet qui a revendiqué le 2 juillet 1942 la paternité d'un "Vent printanier" mauvais aux oreilles consentantes du criminel SS Oberg ! (Confère Vichy-Auschwitz  de Serge Klarsfeld).

Des milliers de pauvres hères juifs lui doivent le voyage sans retour vers Pitchipoï. 

Maurice Rajsfus  et sa sœur Jenny ont échappé aux rafles du 16 et 17 juillet 1942.

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Si on aborde ensuite le parcours politique de  Maurice Rajsfus, il est tellement complexe pour un non initié qu’il est préférable de lire sa fiche tirée du dictionnaire du mouvement ouvrier, le célèbre Maitron !

https://maitron.fr/spip.php?article205974

En résumé, cet éternel révolté, qui vient de disparaître le 13 juin 2020, assumera tous ses combats à travers une longue déshérence politique classique de ces années de la complexité révolutionnaire : du parti communiste au PSU en passant par la mouvance trotskiste avec des accointances certaines  avec les anarchistes !

Signalons sa forte implication dans les auberges de jeunesse et tant d’autres mouvements. Une sacré militant Maurice Rajsfus !

Et c’est en le lisant, que de mon côté je me suis mis en marche, activité naturelle à l'époque avant qu’elle ne soit détournée par ce Rastignac des temps modernes, simple commis des grands groupes capitalistes mondialisés. 

Comme j’habitais Villepinte en ce temps-là, j’ai voulu me rendre compte de la représentation d’un camp de concentration ordinaire.

Images du passé ou images de demain, lorsqu'un nouvel ordre autoritaire reproduira les mêmes crimes au nom d'une idéologie de demeurés. Et il me semble qu’il y en a un paquet sur la ligne de départ vu l'appétence actuelle des Français pour ces sinistres néo-fascistes.

Premier arrêt à Tremblay-en-France devant cette fresque  peinte sur un mur.

On poursuit le long du canal de l'Ourcq.

Plus loin, entre Sevran et Aulnay, je découvrais une plaque qui signalait une rafle de jeunes gamins juifs. Mais je suis incapable de mettre la main sur la photo que j'avais prise. Dommage. 

J'avais fini par atteindre le camp de concentration de la cité de la Muette qui avait été ouvert le 20 août 1941. Précision pour les négationnistes de tous bords qui ne manqueraient pas de s’engouffrer dans la brèche,  il y a une erreur sur la stèle.

 

En effet il est indiqué que 100 000 juifs sont passés par Drancy alors que 80 000 juifs ont été déportés en France du 27 mars 1942 au 17 août 1944. Impressionnant tout de même !

Alors maudit soient tous ces  sales fascistes ! Oui Pétain était un fasciste, un authentique, un certifié comme le sont ces criminels de guerre ! Pour ma partie espagnole, je précise que Franco était aussi un criminel fasciste.

Et que l’on ne vienne pas ergoter sur le bon ou le moyen fasciste, je renvoie à la lecture de Zeev Sternhell : "l'idéologie fasciste en France" pour ceux qui veulent s’informer ! Lui aussi vient de décéder en ce mois fatidique de juin 2020.

Ensuite je me suis contentée de faire le tour de l’ancien camp de concentration, l'appareil photo se faisant discret pour ne pas jouer les provocateurs. Je me suis simplement demandé comment on pouvait vivre à l'intérieur d'un tel endroit dont les murs portent la misère humaine et le crime à venir lors de l’étape suivante, la déportation !  

Aberrant d’avoir converti un site historique, un camp de concentration en habitations ! J’avais un peu de mal à comprendre.

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Alors j’ai fini mon périple mémoriel devant l’ancienne  gare de Bobigny qui était comme celle du Bourget une gare de transit des camps de concentration vers les camps d'extermination ! Je me suis casséle nez car il fallait prendre rendez-vous pour visiter le  site !

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La gare de Bobigny fut le lieu de départ de 21 convois pour Auschwitz-Birkenau et la gare du Bourget de 42 convois toujours pour la destination finale du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

À ce jour j'ai découvert six camps de concentration et un camp d'extermination nazi en France !

Tout ce que je peux dire, c'est  non seulement la peste brune responsable de ces délires idéologiques mortuaires n'a pas été éradiquée mais qu’elle continue de se propager avec ce parti bien français authentiquement fasciste qui drape sa tromperie derrière un masque de respectabilité républicaine !

Pour essayer de comprendre cet atroce traitement de l’autre, du différent, du paria,  j'ai sollicité Hannah Arendt car elle savait  de quoi elle parlait puisqu’elle avait été pensionnaire du camp de Gurs.

Lors de la rencontre du 28 octobre 1964 avec le journaliste Günter Gaus, Hannah Arendt répond à la fameuse question sur la polémique qu’avait déclenché son fameux livre « Eichmann à Jérusalem ». La philosophe ne s'attarde pas sur les critiques, ni sur les malentendus ou les insinuations pour son soi-disant manque d'amour pour le peuple juif.

Non, elle va revenir sur un fait qui m’a toujours marqué à savoir que le criminel de guerre Eichmann n’était à ses yeux qu’un bouffon !

Je cite : « (…) Mais je pensais réellement qu’Eichmann était est un bouffon. Laissez-moi vous dire ceci : j'ai lu les minutes de l'enquête de police à son sujet, trois mille six cents pages, je les ai lues très attentivement et je ne sais pas combien de fois j’ai ri - j'ai éclaté de rire ! Les gens ont très mal pris cette réaction. Je n'y peux rien. Mais je sais une chose : trois minutes avant une mort certaine, je serai sûrement encore en train de rire. »

Or, si ce criminel nazi d’envergure n'était autre qu'un bouffon, il était tout de même Responsable logistique de la solution finale, à savoir l'organisation de la déportation des juifs dans les camps de concentration pour finir dans les camps d'extermination.

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Il ne s'agit pas ici de revenir sur la polémique qui a suivi les explications de la philosophe sur ce qu’elle a défini comme suit la banalité du mal :

« (…) ne peut se comprendre que comme une façon de décrire les routines par lesquelles ceux qui recourent à la violence, comme ceux qui en sont témoins, mettent en suspens leurs convictions morales et renoncent à l'examen de leur engagement pratique personnel».

Non, il s'agit juste d'essayer de comprendre comment un personnage aussi  falot qu’ Eichmann a pu devenir un criminel monstrueux. A partir de la lecture de l’œuvre d’Hannah Arendt, j'ai appelé ce phénomène : le syndrome Eichmann.

Lors des rafles des 16 et 17 juillet 1942, les policiers français ont tous été atteints de ce syndrome qui consiste à obéir sans jamais se poser de questions !

Car comment expliquer alors que ces hommes aient pu arrêter un grand-père aveugle en lui précisant qu’ils l’emmenaient en camp de travail ou des petits-enfants parce qu’ils étaient juifs ! 

Qu'importe l'ignominie de mon action, pourvu que l'acte criminel robotisé soit accompli, je n'ai fait qu'obéir aux ordres !

Par ailleurs, je me suis demandé si ce syndrome pouvait atteindre chacun d’entre nous, même l'individu le plus censé, le plus politisé, le plus révolté ? Alors est-ce juste une évidence ou une vue de l’esprit ?

Tout ce que l’histoire nous apprend, c’est que tout dictateur quel que soit son charisme ou son magnétisme sur les foules ne pourra jamais se la jouer solo s'il veut diriger une armée zorglubéenne,  ! Et il me semble que tant que l'on ne traitera pas ce point central de delirium fasciste, le Zorglub d'hier retrouvera un nouvel uniforme pour incarner le Zorglub de demain. Et j’ai les noms de ceux qui sont en liste d'attente en France pour jouer ce rôle mais comme je ne suis pas un accusateur public, je me garderai bien de les donner,

Après Hannah Arendt, sollicitons un autre philosophe Vladimir Jankélévitch toujours pour essayer d’y voir plus clair !

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Son livre « L'imprescriptible – Pardonner - Dans l'honneur et la dignité » aurait pu servir de conclusion mais avant je vais devoir reproduire ce que j'avais surligné à l'époque qui me semble important. Lorsque Vladimir Jankélévitch évoque l'extermination des juifs, voilà ce qu’il explique à propos d’Hitler sachant que le Bouffon-chef (ça c’est moi qui le précise) avait depuis longtemps dit ce qu’il allait faire : 

« Il s’en est expliqué longuement avec ce mélange inimitable de pédantisme métaphysique et de sadisme qui est une spécialité allemande. Le ton doctoral du racisme germanique fait penser à la fois aux communiqués  de la Wehrmacht et au galimatias de M. Heidegger, et l’on sait qu’il est devenu aujourd’hui l’un des signes de la profondeur philosophique … 

Théoriciens et praticiens de l’atrocité scientifique, ils sont les uns et les autres aussi méticuleux que sanguinaires aussi bavards que féroces. L’extermination des juifs (…) a été doctrinalement fondée, philosophiquement expliquée, méthodiquement préparée par les doctrinaires les plus pédants qui aient jamais existé ; elle répond à une intention exterminatrice délibérément et longuement murie ; (…)  

Après avoir mis un coup de canif à la filiation philosophique doctrinaire allemande qui, dit-il, portait l'empreinte de Nietzsche et dans laquelle s'était reconnu Heidegger, le Résistant Jankélévitch conclue :

«  Qu’un peuple débonnaire ait pu devenir un peuple de chiens enragés, voilà un sujet inépuisable de perplexité et de stupéfaction. On nous reprochera de comparer ces  malfaiteurs à des chiens ? Je l’avoue en effet : la comparaison est injurieuse pour les chiens. Les chiens n'auraient pas inventé les fours crématoires, ni penser à faire des piqûres de phénol dans le chœur des petits-enfants … »

Ce que j’ai toujours traduit lorsqu’on me bassine avec la remarque absurde du philosophe anglais  à propos du loup, imagine-t-on  un Canis lupus construire un camp de concentration afin d'exterminer des moutons sans raison ?

Avant de refermer ce billet sur la fameuse interrogation à propos de ce syndrome qui peut atteindre le policier landa, je conseille d’abord d'écouter la chanson « L'épave » écrite et chanté par l'anarchiste Brassens et de lire les raisons qui l’ont poussé  à écrire cette chanson (la fameuse pèlerine d’un flic singulier !).

Comme tout le monde, j'ai croisé toutes sortes d'individus qui possédaient ou pas ce syndrome surtout lorsque la fonction autoritaire ou régalienne te la fait  développer naturellement ! Des gens parfois sympas, corrects ou à défaut compréhensifs. Il m’arrive même parfois de discuter avec eux. De les avoir remerciés chaleureusement pour la gestion parfaite de l’accident de voiture de ma fille avec ses deux enfants à un endroit particulièrement risqué sur l’A3.

Mais …

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Mais le citoyen du monde que je suis a toujours pensé que l’ordre « inaturel » de la chose sociétale développait ce fameux syndrome qui ne profite qu’au Maître du temps capitaliste et  à son associé, le dictateur zorglubéen ! En tant qu’harmoniste reclusien, il ne me viendrait jamais venu à l'idée de tuer un homme !

Et je vais donc conclure ce billet sur cet épisode qui m’avait révulsé !  Ce 24 décembre, j'avais quitté le travail vers 20h30. Pour reprendre le train de banlieue, je longeais les quais de la gare du Nord.

La veille de Noël diront certains, moi Noël je m'en suis toujours tamponné le coquillard. Soudain, sur le quai complètement désert, je découvrais trois policiers malmenant un pauvre gars qui n'était autre qu'un clochard. J'ai ralenti pour écouter toute la violence minable des propos tenus à l'encontre du pauvre hominidé qui n'en menait pas large. Je ne sais pas si c'est mon arrivée impromptue ou le regard haineux que je leur ai jeté mais ils  se sont rendu compte du grotesque de la situation. Trois gaillards ayant serré un clochard aviné tenant à peine debout.

Je me suis arrêté presque à leur hauteur ! Ils se sont calmés et ont fini par lâcher leur proie.

Je suis persuadé qu’aujourd’hui, mon attitude m’aurait valu une interpellation sachant qu’à l’époque mon costume de cadre m’avait évité le fameux : « Circulez y a rien  à voir ou papiers ! ».

Étaient-ils porteurs du syndrome d’Eichmann ?  Je ne le saurai jamais  …

Alors comment traiter cette dégradation catastrophique actuelle ? Comme je n'en avais aucune idée,  je me suis juste contenté de relater  l’histoire terrible que m'avait inspirée  le décès de Maurice Rajsfus.

Comme j’ai beaucoup appris en le lisant, je vous certifie que la lecture de ses livres vous immunise à tout jamais de la peste brune.

Pourrait-on en conseiller la lecture à certains pensionnaires de l’hôtel de la place Beauvau ?

Certainement, ils apprendraient  à leur tour que la pandémie fasciste lié au syndrome d’Eichmann a fait bien plus de dégâts dans l’histoire de l’humanité que le Covid 19 !

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