Homéostasie libertaire pédestre ou randonnée harmoniste stirnérienne ?

Après une semaine de randonnée en Dordogne, j'essaye de comprendre pourquoi l’ "homéostasie" libertaire qui était jusqu’à présent la juste déclinaison de la randonnée collective, a aujourd'hui des dérivations incontrôlées. L'homéostasie libertaire est née pour ce groupe harmoniste, du côté de Saint Brice la Forêt, dans un Trinquet du temps où l’on frappait la pelote basque à volonté.

C'est la personnalité différente des acteurs qui a façonné ce groupe humain malgré un évident écart dans la graduation d'une pensée gauchisante assumée. Le socle commun vient du fait que nous partageons le même esprit et la même philosophie de la randonnée collective (pas de structures, pas d'associations, bref, pas de choses inutiles qui encombrent le politique et l'économique du quotidien).
Juste de l'improvisation, et une liberté de marcher en liberté, ..., et totale de penser.

L’homéostasie libertaire débute par le petit déjeuner. Lorsque tu te lèves (et je ne suis jamais le dernier), tu constates que le café est déjà passé ! Le pain est sur la table. Le beurre, la confiture et le miel aussi. Ensuite tu charges ton sac à dos et tu marches. Pour ma part, j’ai toujours considéré ce type de balade collective comme une résistance pacifique à l’accélération de l’accumulation capitaliste meurtrière et destructrice de vie !

On ne sourit pas, on résiste comme on peut …

Surtout lorsqu’on évolue au milieu d’hominidés qui, pour certains, choisissent l’asservissement volontaire et pour d’autres, la pseudo égalité fantasmée à la liberté. Alors arrivé à un âge certain (surtout lorsque tu es membre permanent du camp des Vaincus), tu te contentes d’une résistance larvée à minima sachant que la désobéissance civile chère à David Henry Thoreau ou à Howard Zinn, est d'une toute autre dimension.

Après une bonne quinzaine de kilomètres, on s’arrête pour se délecter d’un rosé de Navarre  ou d'un Pouilly Fumé bien frais, surtout lorsque la canicule s’invite comme ce fut le cas. Ensuite on coupe en tranches le meilleur saucisson d’Europe originaire de Vic Bigorre !, puis on poursuit les agapes avec du pâté (béarnais, landais ou basque), puis des cakes maison avant de terminer par un sublime Ardi-gasna acheté au marché de Lit et Mixe !

Ces dernières années, la limitation du coût du superflu privilégiait le lieu fixe. Et le tracé en marguerite a ainsi supplanté la structure rigide et mercantile d’une randonné en ligne ! Un évident constat qui a permis de libérer l’esprit et de le concentrer le soir sur de vastes sujets. Débats qui s’inscrivaient entre deux bouchées d'un confit-cèpes, sans oublier la dégustation de nectars vinicoles issus de différents vignobles qui se doivent d’accompagner ces mets de notre enfance ! 

Que des choses simples même si l’harmonisme pédestre stirnérien a toujours eu ma préférence …

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Alors, est-ce le fait que je ne vends plus ma force cognitive de travail à ces trop célèbres accapareurs depuis déjà deux ans ? Que j’ai pris l’habitude de marcher seul ?

Car au-delà de la banalité de la marche, se pose le problème d’évoluer en société … 

De s’opposer collectivement à ces phénomènes de domination que légalise cette classe de parvenus, phénomènes qui s’amplifient de façon exponentielle et outrancière de nos jours !  Toute la différence entre le pacifisme de la Randonnée et la violence étatique wébérienne lorsqu'on se met en marche ... (confère de drôles de messieurs dit respectables à la solde opportuniste d'un chef de bande véhément adoubé par les urnes qui gère cette usurpation démocratique sans aucun scrupules ni remords surtout lorsque la violence dite légitime dégénère !)    

Là, je vais radoter mais il me semble qu’autrefois, on composait plus facilement avec son infortune individuelle afin de réaliser un assemblage de Gueux, de Parias, de Jacques, de Prolétaires et même de Zeks ! Lors de l’hiver 1995, j’ai défilé un bon mois et demi au milieu de gens qui criaient « tous ensemble, tous ensemble, ouais, ouais » contre les mesures détestables du Fakir du Plumaçon, tout ça pour mieux aider les accompagnateurs d’un révolté individualiste à théoriser par la suite ces phénomènes acceptés, tolérés ou admis dans les limbes du néant.

La seule évidence, pour  l’harmoniste stirnérien, est d’avoir passé au filtre historique tous les forfaits  de ces esclavagistes des temps modernes et de leurs cohortes de courtisans parasites officiels pour comprendre  comment ces affreux se chargent de tuer le bonheur et le plaisir de la majorité.Et les derniers événements de ces derniers mois montrent combien le gouffre de 1995 s’est déchiré pour aujourd’hui laisser la place à un gigantesque cratère.

Quant aux marxistes ou réformistes frustrés, je comprends mieux leur névrose puisqu’ils ne peuvent imaginer que la réalisation collective d’une autre société passe par le développement de l’individualisme harmoniste ! Pourtant dans la vie, tu n’as pas le choix, soit tu es rentier, soit tu vends ta force de  travail ! Et le corollaire de cette évidence est soit la révolte, soit la soumission ! A défaut la collaboration … Et pas besoin d’aller visiter le musée des Rencontres de Montoire pour en être un adepte au quotidien. Entre chien et loup auprès d’une fontaine, on a vite fait d’avoir le col pelé.

Pour commencer, il faut mesurer individuellement son taux d’aliénation. Après tu peux te mentir et te faire croire que tu es résistant alors que tu n’es que l’asservi participatif de ce système déjanté et mortifère !

Il faut savoir qu’après toutes les révolutions, de nouvelles oppressions ont supplanté les anciennes ! (Confère Simone Weil, la philosophe qui s’engagea dans la colonne anarcho-syndicaliste Durruti !). Et il en sera de même à l’avenir tant que la révolution personnelle de l’individu ne l’aura pas poussé à analyser son positionnement sur l’échelle de la soumission imposée, légalisée et encadrée par ces faussaires de la démocratie confisquée !

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Alors pour conclure : homéostasie libertaire pédestre ou randonnée harmoniste stirnérienne ?

Je vous laisse le choix des larmes …

Pour ma part, le camarade Elisée Reclus a tracé une voie historique et géographique qui me convient même si j'ai tout à fait conscience qu'elle figure au dernier rang au hit parade de la Société du spectacle. Et le restera à l'avenir même si Guy venait à changer de bord ! 

Et pour ne pas tomber dans une dépression post historique (Commune 1871, Espagne 1937),  hier je me suis dit que même l’homme le plus puissant et le plus riche de la planète ne verrait jamais les merveilles que j’ai dégustées dans les barthes et les tourbières landaises !

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Simple évidence harmoniste, alors au diable leur dystopie délétère ...

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Au plaisir compañeros senderistas !

Marc Etxe 

 

 

 

 

 

 

 

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