L’horreur du fascisme au Brésil, une rupture historique

Au Brésil, c’est le chaos fasciste qui se met en place. Par le vote. Par la démocratie pervertie, après un coup d’état institutionnel contre Dilma Rousseff en 2016, c’est donc la première fois de l’Histoire qu’un candidat fasciste, d’une incroyable violence dans ses mots, ses promesses comme par ses soutiens, va arriver au pouvoir par un vote largement majoritaire ce dimanche 28 octobre.

 

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- Signe des temps bruns : Une banderole réclamant « moins d’armes, plus de livres » a été jugée illégale sur un campus universitaire brésilien. Jair Messias (c'est son deuxième prénom...) Bolsonaro a quant à lui déclaré que les artistes étaient des inutiles et qu’il les remplacerait par les militaires. La chasse aux intellectuels est déjà ouverte.

- Bolsonaro a d’ailleurs proféré il y a quelques jours de terrifiantes menaces à l’égard de ses opposants. « Ou vous partez en exil ou vous partez en prison », a-il dit, ajoutant « nous allons balayer ces bandits rouges du Brésil » en prévoyant même de les « mitrailler » et annonçant un « nettoyage jamais vu dans l’histoire de ce pays ». Il a précisé qu’il allait classer le Mouvements des paysans sans Terre (MST) et le Mouvement des travailleurs sans toit (MTST) comme des organisations terroristes, et menacé son concurrent Fernando Haddad de l’envoyer « pourrir en prison aux côtés de Lula ». Le discours de Bolsonaro ? un ultranationalisme totalitaire, vengeur, totalement anti-démocratique. En 1999 déjà, le capitaine Bolsonaro estimait que l’avenir du Brésil passait par une bonne guerre civile et l’élimination de 30 000 personnes (le chiffre officiel des victimes de la dictature militaire argentine), en commençant par le président social-libéral de l’époque, le sociologue Fernando Henrique Cardoso.

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- Le patronat brésilien a, quant à lui, un héros, son candidat : Jair Bolsonaro. A partir de demain, c’est le nouveau Président brésilien. Le patronat brésilien l’a choisi en toute connaissance de cause. Jusqu’à financer abondamment les fausses-nouvelles sur les réseaux sociaux. La logique est là : au patronat, Bolsonaro promet la suppression de toutes les contraintes, sociales comme environnementales. Privatisations à outrance. Un de ses principaux financiers - et il en a beaucoup dans un pays où il n’y a pas de limites aux dons faits aux partis politiques, pas de limites aux dépenses électorales - Paulo Guedes, économiste ultralibéral, a fait de lui la coque­luche des milieux d’affaires. 

- Le patronat brésilien a choisi. Dès ce lundi 29 octobre, la bourse brésilienne va pouvoir s’enflammer. Abílio Diniz, lui, est l’un des magnats des affaires du Brésil, ancien patron d’un grand groupe de supermarchés du pays, racheté en 2012 par le groupe français Casino. Abílio Diniz figure parmi les 700 milliardaires les plus riches du monde selon le magazine Forbes. Il est devenu en 2016 l’un des principaux actionnaires de Carrefour, la multinationale française. Via cet homme, Carrefour finance le fascisme brésilien.

- Aux propriétaires fonciers, Bolsonaro promet le droit de passer en force et en toute impunité face aux petits paysans, aux paysans sans terre, aux Amérindiens, en se moquant des réserves naturelles comme de toute contrainte écologique. Bolsonaro a prévu de laisser le lobby du bois vivre sa vie. Ce sera un désastre pour l’Amazonie, qui peut disparaître à très court terme. À tout ce qui porte uniforme, il garantit le droit de tirer à vue, en toute impunité, sur les « bandits » et la « canaille », qui ont remplacé le « subversif » comme ennemi intérieur : les militants et sympathisants du PT de Lulla. Tout ce qui s’oppose à lui est rangé dans les rangs des « rouges », des « communistes ». 

La violence de rue comme la violence d’état ont déjà la voie libre. Les exactions vont se multiplier. Les assassinats politiques vont devenir la règle. Que ce soit clair : ce ne sont pas là des procès d’intention, du catastrophisme. C’est la pure et simple réalité.

Alors, retenons bien cela  et mesurons-le : pour la première fois au monde et dans l’Histoire, un régime totalement fasciste s’installe au pouvoir de façon démocratique par une large majorité des voix. Les répercussions internationales vont être dévastatrices. Ceux qui disent le contraire sont les héritiers de ceux qui, dans les années trente, prétendaient que les nazis n’appliqueraient jamais leur programme.

Au Brésil, comme ailleurs, la lutte de classe existe bien.

Au Brésil, c’est le fascisme qui vient de la gagner.

La violence et l’horreur sont devant. 

Résultats : Bolsonaro a été élu avec près de 58 millions de voix, soit 55,13% des suffrages, contre 44,87% pour son adversaire de gauche Fernando Haddad.

Le taux de participation s'élèverait à 78,70 %

Le taux d'abstention s'élèverait à 21,30 %

Sur la base des votes exprimés, le taux de bulletins blancs est de 2,14 %.

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