La peur de la Police

Je me promène dans les rues avec mon attestation m'autorisant une activité physique. Et pourtant, quand je croise une voiture de police, j'ai peur...

Aujourd'hui, je fais une première sortie sans le but d'acheter des produits de première nécessité, mais pour une activité physique. L'envie me prend soudainement : il faut que je sorte ! Dehors, il fait beau, le crépuscule approche, cela fait deux semaines qu'on ne sort plus juste pour le plaisir, alors j'y vais ! J'ai bien mon attestation, je suis en règle pour une heure (17h30 - 18h30), cette sortie est nécessaire à mon équilibre psychique et pourtant... Place du Carrousel, je vois deux véhicules militaires. Dois-je les éviter ? Non, je suis en règle, même si je suis à 1,02 km de chez moi. Puis-je avoir une amende si j'ai légèrement dépassé la limite autorisée d'un kilomètre ? Est-ce que le militaire qui risque de me contrôler va vérifier si je suis à plus d'un kilomètre de mon domicile ?

Bon, personne ne me contrôle, les véhicules quittent la place sans m'accorder la moindre attention. Ils ont sans doute autre chose à faire, je vois écrit sur leurs portières "Plan Vigipirate".

Je rentre de mon activité physique par la passerelle Senghor. Certains piétons ont un rythme de promenade, d'autres sont assis sur les rares bancs, tous respectent la distance minimale d'un mètre. Je viens de quitter la passerelle quand une camionnette de la police nationale s'arrête juste devant. J’accélère le pas puis observe si les policiers contrôlent les promeneurs de la passerelle. Non, les policiers restent dans leur véhicule. Mais, je ne traine pas. Sait-on jamais, ils peuvent me trouver louche si je traine trop.

Enfin, je décide par terminer mon activité physique intense en remontant la rue de Babylone tant qu'elle est au soleil. Quand j'atteindrai l'ombre, je ferai demi-tour. Mais, je croise encore une voiture de police, garée devant Matignon. Si je fais demi-tour, et que je la croise à nouveau, les policiers vont me trouver louche, me contrôler. Et comme je suis un peu juste dans mon horaire, je fais finalement un grand tour, passant par la rue de Sèvres.

Je découvre donc aujourd'hui cette peur diffuse que nous pouvons avoir de la police, censée nous protéger. Cette peur qui habite en permanence les étrangers, les irréguliers, les réfugiés, les sans-papiers. Je me souviens d'un collègue iranien étudiant en médecine comme moi. Quand je promenais avec lui dans Paris, tout d'un coup, il changeait de direction, de trottoir ou accélérait. C'était toujours quand il remarquait des policiers : il en avait assez d'être contrôlé. Pourtant, il était en règle.

J'ai croisé aujourd'hui deux personnes qui m'ont dit "bonjour" avec un grand sourire. Un homme m'a fait aussi de grands signes d'un balcon. C'est bien de croiser quelquefois de la complicité.

Je ne peux pas m’empêcher de publier quelques photos de Paris vide. On en voit plein en ce moment, mais quand même. Pour ne pas oublier. J'en ferai d'autres demain, mais aujourd'hui, ma batterie de téléphone a lâché.  Ah, cette technologie qui nous fragilise tant !

Place du Carrousel, Paris, mars 2020 © Marc Jamous Place du Carrousel, Paris, mars 2020 © Marc Jamous

Jardin des Tuileries, fermé un samedi de mars 2020, pendant le confinement. © Marc Jamous Jardin des Tuileries, fermé un samedi de mars 2020, pendant le confinement. © Marc Jamous

 

 

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