Sur l'honneur de mon fils

A chaque colloque, à chaque conférence, à chaque « journée co-construite, collaborative et co-créative », Il y a comme une petite voix lancinante qui raisonne, concasse  et fait une petite musique, comme une rengaine. Est-ce la sagesse ? Est-ce l’âge ? Est-ce la matrice que l’on voit tout à coup de l’intérieur, que tout paraît évident, tout à coup, brutalement ? Violemment. Stop !

Oui la vulnérabilité est un marché, oui nos souffrances sont un business, oui, trois fois oui. Combien sont les noms qui se font et les honneurs qui se donnent au nom de mon fils ? Combien d’argent s’échange et combien de médailles sont-elle remises sur son dos ? Car oui, ils sont nombreux les saints qui ne sacrifient rien mais qui représentent et se parent de leurs meilleurs atours politiques pour parler à la place des souffrants, des muets et des tordus de fatigue. Combien sont-ils à se mettre devant et à prendre la lumière tandis que les familles s’épuisent dans le silence des derniers rangs, juste à côté de la porte « sortie de secours » ? Combien de carrières se construisent tandis que celles des familles sont en ruine au pied des estrades, des discours, des éléments de langage et de décoration ?

Je ne voulais pas le croire, je ne voulais pas le voir, j’ai même bien failli tombé dans le piège moi aussi. Mais le constat aussi sévère soit-il, se doit d’être fait sans détour. Mon fils a construit bien plus de carrières pour les autres qu’on n’en construira jamais pour lui et le coup de couteau qu’on lui plante couramment dans sa vie s’appelle l’ambition de se faire une sainteté en son nom. Pour le père que je suis, c’est la dernière des tortures car loin des honneurs je vois le combat que mène ce garçon pour parvenir à lui même, seul, petitement, pas à pas, discrètement et dans le plus immense des courages : le quotidien.

Ha les discours peuvent être beaux, les conférences poignantes, les éloges magnifiques. Ils ne sont que du vent dans la chaleur caniculaire et plombante de ses plaines désertiques.

Mais merci à lui car dans cette époque narcissique où chacun mendie un peu de son paradis à coup de selfies, il n’a que ses yeux ébouriffés qui hurlent en silence depuis sa solitude, "papa, le paradis ne fait pas de bruit " 

 

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