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Le Club de Mediapart sam. 1 oct. 2016 1/10/2016 Dernière édition

Les sciences, de A comme autonomie à Z comme Zététique : F comme « Fraude »

La fraude n’est pas pour la science d’abord une faute, c’est la négation ontologique de son existence même, sa prétention à dire le vrai. Pourtant cela n’a jamais empêché des scientifiques dévoyés à recourir à la tricherie pour asseoir leur réputation ou leur autorité, du moins pas tant que la supercherie n’a pas été découverte…

La fraude n’est pas pour la science d’abord une faute, c’est la négation ontologique de son existence même, sa prétention à dire le vrai. Pourtant cela n’a jamais empêché des scientifiques dévoyés à recourir à la tricherie pour asseoir leur réputation ou leur autorité, du moins pas tant que la supercherie n’a pas été découverte…

Pour mieux comprendre les mécanismes de ces impostures, certaines fraudes historiques sont emblématiques et permettent de mieux en cerner les mécanismes et les modalités

Un premier exemple peut être fourni avec l’exemple de l’homme de Piltdown. Au début du XX° siècle, alors que la France à déjà découvert « l’homme de Cro Magnon » et l’Allemagne « l’homme de Neandertal », un groupe de savants britanniques font une découverte formidable destinée à révolutionner la paléoanthropologie. Dans une carrière du Sussex, ils mettent au jour les ossements du « chainon manquant », le « pré homme » situé entre le singe et l’homme prévu par Darwin. Celui-ci a ceci de remarquable qu’il est anglais et qu’il est doté d’un gros cerveau. Au même moment, on découvrait en Australie l’australopithèque mais on ne le prenait guère au sérieux : d’abord il venait d’Australie, un pays de sauvage, loin de la civilisée forêt anglaise, et il était doté d’un petit cerveau (même si il avait des caractéristiques humaine au niveau de la dentition) Il a fallu que la supercherie soit découverte pour que la véritable valeur de la découverte soit attribuée à l’ancêtre australien, l’homme de Piltdown ne résultant qu’en l’assemblage contemporain d’un cerveau humain moderne et d’un mandibule de singe… Dans ce cas là, le nationalisme avait joué à plein, ainsi qu’un certain racisme…

La découverte des « Rayons N » par le physicien René Blondlot sont également intéressant et permettent de constater les ravages des nationalismes (les fameux rayons permettant de faire pendant aux rayons X découvert par « le boche » Röntgen !) Il est d’ailleurs remarquable que René Blondlot ne subira que peu le contrecoup de cette affaire, et qu’il pourra continuer une carrière académique (sur le mode modeste, cependant)

Un troisième exemple tout aussi emblématique est celui des vrais jumeaux « inventés » par Cyrill Burt pour démontrer ses thèses sur l’hérédité de l’intelligence. La tricherie à été mise en évidence dans ce cas car les séries statistiques qui montraient une corrélation entre intelligence et hérédité étaient « trop » parfaites. Ce n’est qu’une fois que cette manipulation à pu être mise en évidence qu’on s’est « rendu compte » que le nombre de l’échantillon était trop important pour être honnête (rassembler plus de milles jumeaux « vrais » (homozygotes) élevés dans des familles différentes est extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible)

Les méthodes statistiques utilisées dans ce dernier cas allaient avoir un effet paradoxal : celui de montrer qu’un certain nombre de résultats de la science « normale » sont aussi souvent manipulés « pour les besoins de la cause ». C’est ainsi le cas pour les fameux petits pois de l’inventeur de la Génétique Gregor Mendel, ainsi que les chiffres déterminés par Robert Millikan pour mesurer la charge de l’électron.

Ces exemples montrent que le scientifique seul ne peut procéder à ce genre de tromperies s’il n’est pas soutenu par toute une communauté (d’abord scientifique, mais aussi culturelle voir politique) C’est parce que la découverte est attendu, voir espérée, que le chercheur bénéficie déjà d’une prestigieuse réputation (qui fait que les « chers collègues » ne vont pas lui chercher des noises) et que les remarques désobligeantes sont écartées parce que provenant de milieux « réputés hostiles »

Reste que la fraude scientifique se porte bien. Pour deux raisons convergentes qui sont d’une part la concurrence de plus en plus acharnées entre chercheurs, et d’autre part le fait que ceux-ci ne se considèrent plus entre eux comme des « gentlemans » entre lesquels la suspicion n’est pas envisageable. Dans notre univers de technoscience, l’imposture et la fraude scientifique ont de beaux jours devant eux. Hélas !

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un peu hors sujet mais l'australopithèque a été découvert en Afrique australe ;à ce jour on s'accorde à dire que l'Australie n'a été peuplée que bien plus tard par des homo sapiens" voyageurs".

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L'auteur

Marc Tertre

Education populaire (science et techniques), luttes diverses et variées (celles ci qui imposent de "commencer à penser contre soi même") et musiques bruitistes de toutes origines
Ma ville : Partout où ça manifeste - Mon pays : La Terre